24 Avril 2026 : Tous Mobilisés !
Par CCAF • 4 avril 2026 • France
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme.

En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.

“ A Paris, on lève les yeux vers le ciel pour voir le soleil. A Téhéran, on les lève pour savoir si l’on va survivre ”. Je pense à ma cousine en ces heures sombres et à toutes les personnes qui tentent de vivre tant bien que mal dans une capitale qui sent la poudre et le sang. Ma cousine habite juste derrière l’église Sourp Sarkis à Téhéran, où un missile s’est abattu aux premières heures de l’attaque israélo-américaine, début mars. C’est curieux comment l’être humain peut réagir face à une situation éprouvante : j’ai paniqué en apprenant la nouvelle et passé ma journée à essayer de joindre ma cousine. Il faut savoir que les autorités du pays bloquent Internet et menacent de poursuites ceux qui tentent de contourner les restrictions. Le black-out d’Internet dépasse désormais les 120 heures, avec une connectivité qui demeure au point mort. Après plus de 48 heures angoissantes, je réussis, je ne sais comment, à la joindre, et alors que ma voix trahit une angoisse réfrénée, la sienne traduit un calme absolu : “Ne t’inquiète pas, je vais bien, je suis en vie… Je suis habituée aux explosions, j’ai vécu la guerre Iran-Irak. Ça passera”. Mon cerveau reste bloqué devant ce qu’elle me dit et je cherche à comprendre : est-ce que tous les habitants pensent la même chose ? Comment faites-vous pour sortir faire les courses alors que les missiles tombent à l’aube, en journée et durant votre sommeil ? Parvenez-vous à dormir ? Nombreux sont les citadins à avoir acheté de la nourriture sèche, à avoir collé des bandes de rouleau adhésif sur les fenêtres, à avoir disposé des matelas dans les couloirs de leurs appartements et préparé un sac à dos rempli du strict minimum près de l’oreiller. Dans cette capitale surpeuplée qui ne dispose pas d’abris en cas d’attaques, chaque frappe signifie un danger imminent pour ceux qui y vivent. Les quelques rares images envoyées de Téhéran montrent des voitures carbonisées, des immeubles dévastés, des vitres soufflées, et certains quartiers touchés semblent sortis d’un film aux scènes apocalyptiques. Et, malgré tout, des femmes et des hommes vivent et ne renoncent pas à leur humanité. La voisine iranienne de ma cousine lui prépare des petits plats et les dépose devant sa porte, sonne deux fois et disparaît aussitôt. D’autres voisins de l’immeuble qui possèdent une villa au bord de la mer Caspienne insistent pour qu’elle se joigne à eux. Dans cette ville pétrifiée où le bleu légendaire du ciel ne resplendit plus comme avant, Iraniens et Arméniens partagent les mêmes épreuves, les mêmes moments de répit et d’espoir, un espoir chevillé au corps, un espoir que tout passera, tout s’arrangera, que la paix renaîtra, la joie reviendra dans tous les cœurs selon l’ancienne croyance persane. Avant de perdre le contact avec ma cousine, je retiens ce qu’elle me dit, je me hâte de griffonner ses paroles sur un bout de papier, pour qui, pour moi, pour me rassurer ou pour conjurer les forces invisibles en action ? Peut-être pour semer ces mots comme on sème des graines, dans l’attente incertaine d’un printemps. “ On traversera aussi cette épreuve, nous sommes forts. Pour le moment, je regarde le ciel bleu, je regarde la lumière et je me dis que tant que je les vois, j’ai de la chance. Rappelle-toi la beauté du ciel bleu de Téhéran… ”. Je retiens ses paroles et je ravale l’émotion qui m’envahit. Je regarde une vidéo envoyée par une habitante de Téhéran, après une énième frappe. Une femme, sous le choc, attend. Attend les secours. Une femme perdue au milieu des décombres, seule, l’air hagard. Quand vont-ils arriver ? Que peut-elle espérer ? Que puis-je faire ? Je suis assis à la terrasse d’un café par une belle matinée ensoleillée, le ciel de Paris est bleu. Je regarde une dernière fois la vidéo sur mon téléphone : le ciel de Téhéran n’est plus bleu.

