Sport

Sport – France Arménie

par Penjamin Hagi Manougian 1 avril 2026
Longtemps absent du paysage sportif arménien, le rugby amorce aujourd’hui un retour progressif. Entre initiatives locales, projets éducatifs et mobilisation de la Diaspora, les premiers jalons d’un renouveau se mettent en place. A près un développement ponctuel dans les années 2000, cette discipline s’est progressivement estompée, laissant derrière elle un vide que la relance actuelle tente aujourd’hui de combler. Derrière ce travail de reconstruction, il s’agit de rebâtir des clubs, structurer leur fonctionnement et relancer l’activité rugbystique. À Erevan, plusieurs initiatives ont récemment vu le jour. Deux clubs proposent déjà des entraînements réguliers, tandis qu’un troisième poursuit sa structuration. Les responsables s’attachent à formaliser leur organisation, à répartir les rôles entre encadrants et bénévoles et à poser les bases d’une pratique appelée à se développer. Pour l’instant, les activités privilégient avant tout la découverte du jeu : tournois informels, rencontres entre générations ou séances d’initiation. Ces premières expériences visent ainsi à attirer de nouveaux pratiquants et à créer les conditions d’un développement plus large. La formation des entraîneurs constitue notamment un enjeu central. Lors de son dernier déplacement en Arménie début février 2026, Nicolas Ancelin, ancien joueur d’origine arménienne en France et aujourd’hui vice-président de la Fédération de rugby arménienne, a réuni une dizaine de personnes disposant déjà d’une expérience rugbystique, le plus souvent acquise à l’étranger. “ Leur présence constitue une opportunité précieuse : ce sont sur ces expériences et ces parcours que repose l’essentiel du développement de l’encadrement ”, insiste Ancelin. L’objectif est désormais d’organiser une formation officielle permettant à une quinzaine d’encadrants d’obtenir une certification reconnue. “ Nous sommes encore dans une phase de fondation ”, explique-t-il. “ Les clubs commencent à s’organiser, les entraînements existent, mais il reste encore beaucoup à bâtir pour que la discipline s’installe durablement ”. Faire connaître le rugby Au-delà de l’encadrement, un autre défi consiste à faire découvrir le rugby au public arménien. Dans un pays où dominent traditionnellement les sports individuels, la discipline reste largement méconnue. Pour accroître sa visibilité, plusieurs initiatives sont envisagées. Un premier match pour les seniors pourrait être organisé à Erevan à la fin du mois de mai entre le Yerevan Lions Rugby Club et un club de rugby chypriote, tandis qu’un « Armenian Rugby Day » est prévu à la mi-juin afin de présenter la discipline au public à travers des démonstrations et des rencontres. La Fédération mise également sur le développement du rugby dans les écoles. Selon Nicolas Ancelin, l’introduction du rugby dans les établissements scolaires représente la clé d’une diffusion plus large. Des séances d’initiation ont déjà été menées dans certains établissements privés, suscitant l’intérêt des élèves. “ Dès que les élèves découvrent ce sport et observent leurs camarades jouer, la curiosité s’éveille très rapidement ”, précise-t-il. L’accès aux écoles publiques reste toutefois complexe en raison des exigences réglementaires imposant la présence d’intervenants diplômés de l’Institut national du sport arménien. Les responsables du projet espèrent donc établir un partenariat avec le ministère de l’Éducation arménien afin d’introduire progressivement la discipline dans le cadre scolaire. La promotion du rugby féminin fait aussi partie des priorités. Si la pratique reste encore marginale, les responsables souhaitent encourager une approche inclusive et ouvrir la discipline à tous. Parallèlement, une autre étape essentielle consiste à structurer officiellement la discipline. L’Arménie ne dispose pas encore d’une fédération de rugby pleinement reconnue par les autorités sportives. Une équipe d’une douzaine de bénévoles travaille actuellement à mettre en place une organisation capable de représenter la discipline au niveau national. “ On a besoin d’organiser, de structurer la fédération, puis de travailler avec le ministère des Sports, de définir un plan d’action et travailler avec le ministère de l’Education, pour toute une promotion autour des écoles et universités ”, confie Nicolas Ancelin. Diaspora, ambitions internationales et espoir d’un renouveau Le développement du rugby arménien repose également sur la mobilisation de la Diaspora. De nombreux joueurs d’origine arménienne évoluent dans des clubs européens et pourraient contribuer à cette dynamique, notamment par des échanges sportifs ou un soutien matériel. En France, l’association Ovalian a récemment été relancée par d’anciens joueurs internationaux et des bénévoles afin d’accompagner la reconstruction du rugby arménien. Son objectif est de soutenir concrètement les initiatives menées en Arménie et elle prévoit notamment des partenariats entre clubs français et arméniens. Un premier projet sera ainsi la mise en place d’un échange entre un club français et une équipe d’Erevan. L’ambition est d’élargir progressivement cette dynamique à l’ensemble de la Diaspora présente en Europe. À plus long terme, les responsables du projet espèrent voir réapparaître une sélection nationale arménienne sur la scène internationale. Un objectif qui nécessitera encore plusieurs années de structuration, mais qui pourrait offrir une visibilité nouvelle à la discipline. “ Nous allons essayer d’avancer plus rapidement, car il est important que la fédération se fixe un objectif ambitieux et fédérateur, qu’elle puisse proposer à l’ensemble de ses membres ”, affirme Nicolas Ancelin. “ Il donnerait également une visibilité importante à la discipline ”. Pour ce dernier, le rugby peut aussi jouer un rôle social important : “ Ce sport repose sur des valeurs de coopération et de respect ”, souligne-t-il. “ Il peut contribuer à rassembler les gens et à créer une véritable communauté. C’est un outil d’éducation et de solidarité ”. Le rugby semble ainsi offrir une seconde famille aux participants, un espace où l’esprit collectif prime sur l’individualisme et où la compétition s’accompagne de convivialité et de camaraderie. Dans un pays confronté aujourd’hui à de nombreux défis, cette dimension collective pourrait jouer un rôle significatif. “ Le rugby peut devenir un facteur unificateur ”, conclut-il. Si la reconstruction n’en est encore qu’à ses débuts, l’engagement des bénévoles à travers la Fédération et le soutien de la Diaspora laissent entrevoir pleinement la possibilité d’un enracinement durable du rugby dans le paysage sportif arménien. Pour suivre l’actualité et les activités de la Fédération arménienne de rugby : Instagram: @armenian_rugby LinkedIn: Armenia Rugby Federation
par Aren ZAREHDJIAN 8 janvier 2026
Entretien avec Hratch Sisserian, ancien membre du bureau mondial du Homenetmen, ancien président du Homenetmen France qui a porté à bout de bras le projet de construction du centre sportif et culturel du Homenetmen France. France Arménie : Depuis combien de temps vous aviez cette idée de bâtir un complexe propre au Homenetmen ? Hratch Sisserian : Ça fait à peu près 40 ans que nous avions l’idée de bâtir quelque chose. Nous nous étions rendu compte que nous ne pouvions pas avancer si nous n’avions pas notre propre complexe sportif et culturel. D’ailleurs, depuis que notre section a été fondée (1977), nous stagnions, nous restions toujours aux environs des 150, 200 membres (section Paris). Pour mes collègues du comité des sages et moi, ce n’était pas un rêve, nous savions que nous allions réussir. C’était un objectif, et puis nous nous sommes tellement entêtés depuis tant d’années. Qu’est-ce que le comité des sages et quel est son rôle ? Le comité des sages a été fondé par notre assemblée générale en 2015. Son travail consistait à chercher un terrain et essayer de bâtir quelque chose… ce que nous avons réussi. Dans le comité des sages, sur cinq personnes, il y a quatre anciens présidents. A présent, le comité sera responsable du gymnase, c’est-à-dire qu’il doit trouver le financement, l’entretien, l’organisation… Pourquoi avez-vous choisi la ville d’Issy-les-Moulineaux ? Nous cherchions un endroit depuis longtemps. Il y a une trentaine d’années, nous avions sollicité plusieurs villes, sans succès. Finalement, le destin a fait que monsieur Santini a accepté notre demande. Je vais vous donner une anecdote : en 1981, j’étais à Montréal pour les jeux du Homenetmen, et là-bas j’ai été impressionné par le fait que tout était regroupé sur une même place : le complexe sportif, l’église et l’école arménienne. Et nous nous sommes dit à l’époque, lors du tournoi de basket, que ce serait bien si un jour nous arrivions à faire de même en France. Ce n’est pas sur la même place mais en un seul lieu. Avec qui avez-vous travaillé sur ce projet ? Seulement avec des membres du Homenetmen. Nous sommes un groupe, nous savons comment s’organiser. Chacun savait ce qu’il devait faire, comment faire. Il n’y avait pas de calculs. Quand nous demandions de l’aide, le lendemain beaucoup de jeunes qui n’étaient pas membres ou les scouts étaient là. Nous n’avons pas eu d’aide extérieure. Tous les membres ont travaillé pour ce projet. Quelles ont été les principales difficultés pendant ces années de travaux ? Avoir assez d’argent pour construire quelque chose. Il y a eu des moments où les travaux n’avançaient pas comme nous voulions, ensuite il y a eu des grèves, les gilets jaunes, le Covid… Normalement, le centre devait être prêt fin 2022, nous avons eu trois ans de retard à cause de ces aléas. En quoi ce complexe répond-il aux besoins de la jeunesse arménienne ? Ce complexe doit être la maison, point de repère des jeunes à partir de 5, 6 ans, où quand ils ne savent pas quoi faire ou comment s’occuper, ils ont un lieu où faire du sport, parler à d’autres jeunes ou manger un bout quand nous aurons notre restaurant. Nous voulons proposer des cours de cuisine, créer une chorale pour eux, un endroit où ils auront presque tout ce qu’ils désirent pour ne pas aller ailleurs ou scroller sur leur téléphone du matin au soir. Pensez-vous qu’il devienne le cœur de la communauté ? En trois mois déjà, il y a beaucoup de mouvement. Des personnes que nous ne connaissions pas nous posent des questions, viennent voir le complexe et demandent comment inscrire leurs enfants. En plus, il y a aussi l’école Hamaskaïne-Tarkmantchatz qui a commencé à collaborer avec nous. Ils envoient leurs enfants. Les jeunes de l’école viennent les mercredis après-midi pour des activités sportives comme dans un centre de loisirs.
par Aren ZAREHDJIAN 8 janvier 2026
L’attente a été longue, mais le résultat en valait la peine. Le 22 novembre 2025 restera comme une date historique pour le Homenetmen France : celle de l’inauguration de son nouveau centre culturel et sportif à Issy-les-Moulineaux, après plusieurs décennies et sept longues années de travail acharné. L’association dévoile enfin à ses membres son propre complexe de 3 000 m2, véritable symbole d’un rêve devenu réalité. Cette inauguration, unique en Europe, a rassemblé plus de 800 personnes, un chiffre impressionnant quand on sait que les gradins du gymnase n’en accueillent que 300, un dispositif énorme. Une affluence qui en dit long sur l’enthousiasme entourant cet événement, marquant un nouveau chapitre pour le Homenetmen France. Dès leur arrivée, les invités étaient plongés dans l’histoire de l’association grâce à une exposition de photos retraçant son évolution, de sa création (section de Paris) à aujourd’hui. Un parcours visuel qui rappelait que le Homenetmen n’est pas qu’une simple association : c’est une institution dont l’héritage s’est construit au fil de plusieurs décennies. L’importance de cette journée était également marquée par la présence de nombreuses personnalités, notamment Hagop Khatcherian, président du Bureau mondial du Homenetmen et Hussam Hariri, fils de Saad Hariri, qui témoignent de la portée internationale et symbolique de cette inauguration. Pour cet événement exceptionnel, dix tableaux retraçaient l’histoire arménienne et celle du Homenetmen de 1915 à nos jours. Au programme, discours, représentations artistiques et défilé des scouts. Ermonia, talent révélé dans la saison 5 de The Voice Kids, a interprété « La Bohème », de Charles Aznavour, un titre personnel : “ C’est la chanson que j’ai interprétée lors de la finale de The Voice Kids, avant de poursuivre : “ Elle m’a accompagnée durant mon enfance et elle m’accompagne encore aujourd’hui ”. Essaï Altounian, un pur produit du Homenetmen, n’aurait manqué pour rien cette cérémonie : “ Le Homenetmen fait partie de mon identité, de ma construction personnelle et morale. Etre présent, c’était rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont porté cette vision pendant des décennies ”. 1918 : création du Homenetmen Au début du XXe siècle, une nouvelle génération d’intellectuels arméniens aspire à structurer l’éducation et le sport au sein de la communauté. Inspirés par le mouvement scout européen, ils souhaitent l’adapter aux jeunes Arméniens et s’appuient sur Marmnamarz (éducation physique), la première revue sportive arménienne créée par Shavarsh Krissian qui marque un tournant décisif. Certaines figures, dont Hovhannès Hintlian, Krikor Hagopian et Vahan Cheraz posent les bases d’une organisation mêlant sport, culture et scoutisme. En 1918, l’organisation se structure sous le nom de Homenetmen “ Hay marmnagrtagan enthanour mioutioun ” et voit la création de sa première section à Constantinople, autour de la devise devenue emblématique : “ Élève-toi et élève les autres ”. Le mouvement se développe rapidement avec aujourd’hui plus de cent sections à travers le monde, dans plus de 25 pays, regroupant 25 000 membres. Les étapes fondatrices en France 1977 marque la création de la section parisienne par Souren Mouradian, entouré d’anciens membres et de jeunes passionnés. Le but : former des citoyens responsables et fiers de leurs racines à travers des programmes diversifiés. Le scoutisme devient la première activité structurée et démarre aussitôt. En 1980, le 2e jamboree international est organisé à Clamart, sous l’égide du Comité mondial. Lors de cette même année, deux équipes sont formées et engagées dans les championnats départementaux : une en basketball, une deuxième en football. 9 ans plus tard, un voyage historique en Arménie est organisé pour un camp scout à Dilidjan, marquant le premier déploiement des drapeaux arménien et Homenetmen sur la terre patrie. L’association s’étend ensuite dans les grandes villes où la Diaspora est implantée : Lyon, Marseille, Valence et Nice, avec à chaque fois la création d’équipes sportives et de groupes scouts. En France, on compte pas moins de 850 membres Homenetmen. L’année 2025 marque un tournant avec l’inauguration, à Issy-les-Moulineaux, du premier centre Homenetmen d’Europe, une infrastructure communautaire moderne, symbole de transmission, de pérennité et d’avenir pour la jeunesse arménienne.