Les premiers pas du rugby arménien en reconstruction

par Peniamin Hagi MANOUGIAN

Longtemps absent du paysage sportif arménien, le rugby amorce aujourd’hui un retour progressif. Entre initiatives locales, projets éducatifs et mobilisation de la Diaspora, les premiers jalons d’un renouveau se mettent en place.

Après un développement ponctuel dans les années 2000, cette discipline s’est progressivement estompée, laissant derrière elle un vide que la relance actuelle tente aujourd’hui de combler. Derrière ce travail de reconstruction, il s’agit de rebâtir des clubs, structurer leur fonctionnement et relancer l’activité rugbystique.
À Erevan, plusieurs initiatives ont récemment vu le jour. Deux clubs proposent déjà des entraînements réguliers, tandis qu’un troisième poursuit sa structuration. Les responsables s’attachent à formaliser leur organisation, à répartir les rôles entre encadrants et bénévoles et à poser les bases d’une pratique appelée à se développer. Pour l’instant, les activités privilégient avant tout la découverte du jeu : tournois informels, rencontres entre générations ou séances d’initiation. Ces premières expériences visent ainsi à attirer de nouveaux pratiquants et à créer les conditions d’un développement plus large.
La formation des entraîneurs constitue notamment un enjeu central. Lors de son dernier déplacement en Arménie début février 2026, Nicolas Ancelin, ancien joueur d’origine arménienne en France et aujourd’hui vice-président de la Fédération de rugby arménienne, a réuni une dizaine de personnes disposant déjà d’une expérience rugbystique, le plus souvent acquise à l’étranger. “ Leur présence constitue une opportunité précieuse : ce sont sur ces expériences et ces parcours que repose l’essentiel du développement de l’encadrement ”, insiste Ancelin. L’objectif est désormais d’organiser une formation officielle permettant à une quinzaine d’encadrants d’obtenir une certification reconnue. “ Nous sommes encore dans une phase de fondation ”, explique-t-il. “ Les clubs commencent à s’organiser, les entraînements existent, mais il reste encore beaucoup à bâtir pour que la discipline s’installe durablement ”.

 Faire connaître le rugby
Au-delà de l’encadrement, un autre défi consiste à faire découvrir le rugby au public arménien. Dans un pays où dominent traditionnellement les sports individuels, la discipline reste largement méconnue.
Pour accroître sa visibilité, plusieurs initiatives sont envisagées. Un premier match pour les seniors pourrait être organisé à Erevan à la fin du mois de mai entre le Yerevan Lions Rugby Club et un club de rugby chypriote, tandis qu’un « Armenian Rugby Day » est prévu à la mi-juin afin de présenter la discipline au public à travers des démonstrations et des rencontres. La Fédération mise également sur le développement du rugby dans les écoles. Selon Nicolas Ancelin, l’introduction du rugby dans les établissements scolaires représente la clé d’une diffusion plus large. Des séances d’initiation ont déjà été menées dans certains établissements privés, suscitant l’intérêt des élèves. “ Dès que les élèves découvrent ce sport et observent leurs camarades jouer, la curiosité s’éveille très rapidement ”, précise-t-il.
L’accès aux écoles publiques reste toutefois complexe en raison des exigences réglementaires imposant la présence d’intervenants diplômés de l’Institut national du sport arménien. Les responsables du projet espèrent donc établir un partenariat avec le ministère de l’Éducation arménien afin d’introduire progressivement la discipline dans le cadre scolaire.
La promotion du rugby féminin fait aussi partie des priorités. Si la pratique reste encore marginale, les responsables souhaitent encourager une approche inclusive et ouvrir la discipline à tous.
Parallèlement, une autre étape essentielle consiste à structurer officiellement la discipline. L’Arménie ne dispose pas encore d’une fédération de rugby pleinement reconnue par les autorités sportives. Une équipe d’une douzaine de bénévoles travaille actuellement à mettre en place une organisation capable de représenter la discipline au niveau national. “ On a besoin d’organiser, de structurer la fédération, puis de travailler avec le ministère des Sports, de définir un plan d’action et travailler avec le ministère de l’Education, pour toute une promotion autour des écoles et universités ”, confie Nicolas Ancelin.

 Diaspora, ambitions internationales et espoir d’un renouveau
Le développement du rugby arménien repose également sur la mobilisation de la Diaspora. De nombreux joueurs d’origine arménienne évoluent dans des clubs européens et pourraient contribuer à cette dynamique, notamment par des échanges sportifs ou un soutien matériel.
En France, l’association Ovalian a récemment été relancée par d’anciens joueurs internationaux et des bénévoles afin d’accompagner la reconstruction du rugby arménien. Son objectif est de soutenir concrètement les initiatives menées en Arménie et elle prévoit notamment des partenariats entre clubs français et arméniens.
Un premier projet sera ainsi la mise en place d’un échange entre un club français et une équipe d’Erevan. L’ambition est d’élargir progressivement cette dynamique à l’ensemble de la Diaspora présente en Europe.
À plus long terme, les responsables du projet espèrent voir réapparaître une sélection nationale arménienne sur la scène internationale. Un objectif qui nécessitera encore plusieurs années de structuration, mais qui pourrait offrir une visibilité nouvelle à la discipline. “ Nous allons essayer d’avancer plus rapidement, car il est important que la fédération se fixe un objectif ambitieux et fédérateur, qu’elle puisse proposer à l’ensemble de ses membres ”, affirme Nicolas Ancelin. “ Il donnerait également une visibilité importante à la discipline ”. Pour ce dernier, le rugby peut aussi jouer un rôle social important : “ Ce sport repose sur des valeurs de coopération et de respect ”, souligne-t-il. “ Il peut contribuer à rassembler les gens et à créer une véritable communauté. C’est un outil d’éducation et de solidarité ”. Le rugby semble ainsi offrir une seconde famille aux participants, un espace où l’esprit collectif prime sur l’individualisme et où la compétition s’accompagne de convivialité et de camaraderie. Dans un pays confronté aujourd’hui à de nombreux défis, cette dimension collective pourrait jouer un rôle significatif. “ Le rugby peut devenir un facteur unificateur ”, conclut-il.
Si la reconstruction n’en est encore qu’à ses débuts, l’engagement des bénévoles à travers la Fédération et le soutien de la Diaspora laissent entrevoir pleinement la possibilité d’un enracinement durable du rugby dans le paysage sportif arménien. 

Pour suivre l’actualité et les activités 
de la Fédération arménienne de rugby :
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