Une touche arménienne dans la mosaïque multiculturelle torontaise

par Rouben KOULAKSEZIAN

Souvent simplement traversée par les voyageurs en route vers d’autres destinations canadiennes, Toronto mérite pourtant un détour : immense et fascinante, la ville contient aussi plusieurs lieux témoignant de la présence arménienne au Canada.

Fondée en 1793, Toronto est aujourd’hui une métropole tentaculaire de plus de 7 millions d’habitants, au cœur de l’une des régions urbaines les plus dynamiques du continent. Les premiers Arméniens arrivent à Toronto environ un siècle après sa fondation, dans les années 1890, mais la communauté reste assez réduite jusque dans les années 1960, lorsque plusieurs milliers d’Arméniens originaires du Moyen-Orient s’installent en Ontario. Aujourd’hui, la population arménienne, estimée à environ 35 000 personnes, se concentre principalement dans la banlieue nord-est, notamment dans les quartiers résidentiels de North York et de Scarborough. La découverte du Toronto arménien est plutôt complexe pour les visiteurs, car il n’existe presque aucun lieu arménien notable dans le centre-ville et il faut se rendre dans les banlieues, en particulier à North York, pour découvrir les principaux sites communautaires.
Dans le centre touristique de Toronto, la seule présence arménienne visible est Giragi (« dimanche » en arménien), un restaurant arménien convivial et de qualité, ouvert en 2025 dans le centre commercial The Well, dans le Fashion District. Par ailleurs, pour se faire une idée des quartiers où s’étaient installées les familles arméniennes arrivées dans les années 1960, on peut se promener sur Yonge Street, notamment à hauteur de Woodlawn Avenue, où se trouvait autrefois l’ancienne église arménienne. Le restaurant Taline, ouvert en 2023 dans ce secteur, est l’un des rares restaurants de la Diaspora arménienne recommandés par le Guide Michelin. Véritable restaurant gastronomique au service impeccable et à la cuisine particulièrement soignée, c’est un incontournable du Toronto arménien. Le restaurant Mayrik, situé un peu plus au nord, est une autre excellente adresse, qui rend hommage à la cuisine des mères arméniennes dans un décor cosy.
Située à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, l’église arménienne Sainte-Marie (Sourp Asdvadzadzin) de North York a été consacrée en 1990. À proximité immédiate se trouve le Centre communautaire arménien (Armenian Community Center), inauguré en 1979, qui regroupe plusieurs institutions majeures de la vie communautaire, notamment le Nor Seround (Armenian Youth Federation), la Croix-Bleue (Armenian Relief Society) et Hamaskaïne. L’école de la Croix-Bleue (A.R.S. Private School) est la seule école arménienne hebdomadaire de l’agglomération et accueille des élèves de la maternelle au secondaire. A proximité, le Centre de la jeunesse arménienne (Armenian Youth Center) est un bâtiment moderne qui sert à la fois de gymnase à l’école et aux activités de Homenetmen Toronto. 
Un peu plus à l’est, dans le quartier de Scarborough, l’église Sainte-Trinité (Sourp Yerrortoutioun) a été construite en 1987. En 2010, un khatchkar fut érigé par la paroisse dans le cimetière de York. Le siège local de l’UGAB se trouve également à North York. L’église arménienne catholique Saint-Grégoire-l’Illuminateur de North York fut fondée en 1993, tandis que la communauté évangélique s’installa à Markham en 1998. La ville compte aussi une église évangélique des Frères arméniens (Armenian Brotherhood Bible Church) et une église arménienne du Nazaréen (Armenian Emmanuel Church of the Nazarene), toutes deux situées à North York.
Avec la croissance de la population arménienne, de nombreuses familles s’installent progressivement à l’ouest de Toronto, notamment à Mississauga, Oakville et Etobicoke, où se trouve le bistro arménien Armenian Bistro. Pour répondre aux besoins de cette communauté, la paroisse arménienne Saint-Vartan est fondée dans les années 1990, la liturgie étant célébrée dans une église locale.
Un passage important pour ceux qui s’intéressent à l’histoire arménienne au Canada est la petite ville de Georgetown, au nord-ouest de Mississauga. Dans les années 1920, elle accueilla une centaine d’orphelins arméniens dans ce qui est souvent considéré comme la première action humanitaire internationale du Canada. Surnommés les « Georgetown Boys », ces jeunes furent formés au métier d’agriculteur afin de faciliter leur intégration. Aujourd’hui, une plaque commémorative et un panneau d’information se trouvent à proximité de l’ancienne ferme, désormais intégrée au Cedarvale Park. 

Conseils de voyage

• Quand partir ? 
Les meilleurs mois pour visiter Toronto sont généralement mai, juin et septembre, mais l’été est également agréable. L’hiver, souvent très froid, avec neige, vent et températures pouvant descendre sous −10 °C, est à éviter.

• Quel circuit prévoir ?
L’autre grande communauté arménienne du Canada, Montréal, se trouve à quelques heures de route de Toronto. À une distance comparable, côté américain, Détroit et, bien sûr, New York, offrent également plusieurs lieux arméniens intéressants à découvrir. 




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    Banc arménien comme à Erevan à coté du centre communautaire arménien

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    Eglise Sainte Marie de Toronto

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    Gymnase du Homenetmenau centre communautaire arménen

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    Agump des AYF de Toronto (équivalent du Nor Seround)

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    Les Georgetown Boys : 109 orphelins arméniens du génocide au Canada

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4 avril 2026
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.
par Harout Mardirossian 3 avril 2026
Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !
par Tigrane YEGAVIAN 2 avril 2026
Figure reconnue de la diplomatie discrète et de la médiation internationale, Hraïr Balian appartient à cette génération d’experts issus de la Diaspora arménienne dont le parcours épouse les lignes de fracture du monde contemporain. Né à Beyrouth dans une famille marquée par l’histoire du Génocide et de l’exil, formé au droit aux États-Unis, il consacre depuis plus de trois décennies sa carrière à la résolution de conflits au sein d’organisations internationales telles que l’ONU, l’OSCE, l’International Crisis Group et le Carter Center pour la paix. De l’Afrique aux Balkans, du Moyen-Orient au Caucase, Hraïr Balian a observé de l’intérieur les dynamiques de négociation, les rapports de force invisibles et les occasions manquées qui jalonnent les processus de paix. Cette expérience unique irrigue son ouvrage majeur, Anatomy of Peacemaking: Nagorno-Karabakh Conflict & Missed Opportunities (1). Dans ce livre dense et méthodiquement documenté, il propose bien davantage qu’une chronique des négociations sur le Haut-Karabagh, il en offre une véritable autopsie stratégique. S’appuyant sur des archives diplomatiques, des documents confidentiels et des entretiens avec des acteurs de premier plan, Balian interroge les moments charnières – 1997, Key West, les principes de Madrid, Kazan – et analyse pourquoi aucune de ces fenêtres d’opportunité n’a débouché sur un accord durable. Son travail éclaire avec rigueur les responsabilités partagées, les contraintes politiques internes, les calculs géopolitiques et les limites de l’architecture de médiation internationale. Il ne s’agit ni d’un réquisitoire ni d’une défense, mais d’un effort rare de lucidité, indispensable pour comprendre comment un conflit gelé a fini par basculer. 1997 : la fenêtre la plus sérieuse, refermée de l’intérieur Dans la cartographie des “ occasions manquées ”, Hraïr Balian insiste sur un moment qu’il juge décisif : septembre 1997. Les coprésidents du Groupe de Minsk (France, Russie, États-Unis) proposent alors une architecture intérimaire : repousser indéfiniment la question du statut final du Haut-Karabagh, mais stabiliser l’indépendance de facto par l’octroi à la République du Haut-Karabagh (RHK/NKR) d’une personnalité juridique internationale et de garanties de sécurité sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. La proposition prévoit le maintien des forces de défense et des institutions de gouvernance, l’ouverture possible de relations diplomatiques, l’éloignement des forces azerbaïdjanaises et le déploiement de forces internationales de maintien de la paix. Le nœud, comme souvent, réside dans la géographie : la RHK devrait restituer les territoires « tampons » autour de l’enclave, à l’exception de Latchine (au-delà du corridor) et possiblement Kelbadjar, conservés jusqu’à la détermination du statut final. Les zones restituées seraient démilitarisées. Fait crucial : Bakou accepte — une première dans tout le processus. Levon Ter-Petrossian est prêt à suivre. Mais, à Erévan et à Stépanakert, la proposition est rejetée. Le Premier ministre d’alors, Robert Kotcharian, deux ministres clés, Vazgen Sarkissian, Serge Sarkissian, et les responsables de la RHK s’y opposent. Balian prend au sérieux l’argument sécuritaire des opposants : ces territoires, disent-ils, sont un bouclier vital. Sans eux, la ligne de contact passerait d’environ 22 km à près de 220 km, rendant la défense plus coûteuse et plus incertaine ; Kelbadjar, aujourd’hui défendue par un passage montagneux étroit, deviendrait une frontière longue et vulnérable. Autre crainte : une fois les régions rendues, l’Azerbaïdjan n’aurait plus d’intérêt à poursuivre les négociations. Pour Kotcharian, rendre sans statut préalable serait “ suicidaire ”. Mais c’est précisément ici que se situe, selon Balian, l’“ occasion manquée ” au sens fort : non pas ignorer la sécurité, mais négocier à partir de l’offre. La partie arménienne, affirme-t-il, aurait pu accepter le principe et proposer des amendements pour corriger les faiblesses. Car l’offre de 1997 permettait aux deux camps de proclamer une victoire partielle : l’Azerbaïdjan conservait la souveraineté de jure, tandis que la RHK préservait son indépendance de facto, gagnait un statut international et des garanties onusiennes. Le « bonus » est même stratégique : conserver non seulement le corridor de Latchine mais le district entier, voire Kelbadjar, aussi longtemps que Bakou refuserait un accord sur le statut final — potentiellement indéfiniment. Balian rapproche ce schéma du Kosovo en 1999, où un statut intérimaire sous parapluie international a fini par déboucher sur l’indépendance. D’autres moments émergent ensuite : un accord bilatéral Aliev–Kotcharian en 1999 (dont la nature exacte demeure disputée), brisé par les assassinats au Parlement arménien en octobre ; Key West (2001) et Kazan (2011), que Balian décrit comme des opportunités rejetées par la partie azerbaïdjanaise, faute de pouvoir « vendre » le compromis à l’opinion.
par Harout MARDIROSSIAN 2 avril 2026
Pour avoir offert à JD Vance un livre sur l’Artsakh et lui avoir parlé des pogroms anti-arméniens, la directrice du Musée du Génocide d’Erévan, Edita Gzoyan, a été poussée à la démission le 7 mars. Le président du Conseil d’administration du musée, l’historien Raymond Kévorkian, a aussi démissionné et a été immédiatement remplacé. Retour sur un scandale d’État qui en dit long sur les concessions que Nikol Pachinian est prêt à faire pour ne pas déplaire à l’Azerbaïdjan et à la Turquie. C’est une démission qui n’est en fait qu’un renvoi à la demande directe de Nikol Pachinian. Et c’est bien une démission qui est liée à la visite effectuée par le vice-président américain JD Vance et sa femme Usha au Mémorial et au Musée du Génocide le 10 février dernier. Premièrement, il est reproché à la directrice d’avoir rendu publique cette visite provoquant la fureur de la Turquie en publiant un post sur Facebook. Un post et des photos repris ensuite sur la page du Vice-Président avant que la Maison Blanche ne l’efface et le remplace par un message où ni le mot « Génocide » ni le mot « Turquie » n’apparaît. La porte-parole de la Maison Blanche, Caroline Leavitt, indiquant qu’il s’agissait là de l’erreur d’un communicant qui ne faisait pas partie du voyage. Nikol Pachinian reproche au Musée et à sa directrice de ne pas avoir attendu qu’elle ait reçu le feu vert du gouvernement pour communiquer sur cette visite prestigieuse. Car pour Nikol Pachinian, cette séquence a mis mal à l’aise les États-Unis et la Turquie à l’égard de l’Arménie et il ne souhaite faire aucune vague à leur égard dans son repositionnement géopolitique pro occidental, quitte à mettre sous le tapis la reconnaissance et la réparation du Génocide des Arméniens. Chacun appréciera ! Deuxième reproche. Après avoir déposé des fleurs près de la flamme éternelle dédiée aux victimes du Génocide de 1915, la directrice Edita Gzoyan, a accompagné JD Vance et sa femme, à leur demande, vers d’autres parties du musée, notamment vers les khatchkars, les pierres à croix érigées à la mémoire des Arméniens tués lors des pogroms en Azerbaïdjan qui ont suivi le déclenchement du conflit du Haut-Karabagh. On sait Vance et sa femme très chrétiens et leur intérêt pour ces khatchkars pouvait être naturel. Dans le post publié par le Musée du Génocide à l’issue de la visite, Gzoyan a souligné “ le lien entre les événements de l’Artsakh et le Génocide arménien ”. Elle a, en outre, offert à JD Vance et à sa femme “ des livres sur le Génocide arménien et la question de l’Artsakh ”. Le Premier ministre Nikol Pachinian, qui ne veut plus entendre parler de la question de l’Artsakh sous quelque forme que ce soit, a, en février, fait part de son fort mécontentement quant à l’organisation de la visite de Vance au Mémorial lorsqu’il s’est exprimé lors d’une séance de questions-réponses au Parlement arménien. On pensait que cela en resterait là. Voilà où en est ce gouvernement prêt à nier lui-même l’histoire de l’Artsakh pour ne pas déranger l’Azerbaïdjan et son complice turc dans ce nettoyage ethnique qui n’est que la suite du Génocide arménien de 1915. De fait, la coupe était pleine et le gouvernement arménien a ordonné à Edita Gzoyan de démissionner ou sinon elle serait renvoyée en raison des informations qu’elle aurait communiquées à JD Vance qui vont à l’encontre de la politique du gouvernement. Un point qu’a assumé Nikol Pachinian lors d’une conférence de presse le 12 mars. “ Lorsque le Premier ministre affirme qu’il n’existe aucun mouvement Karabagh, offrir un livre sur cette question à un invité étranger est incompréhensible et provocateur. J’ai considéré cela comme un acte de provocation, contraire à la politique du gouvernement, et je lui ai demandé de présenter sa démission. La politique étrangère relève exclusivement du gouvernement, et tout responsable public contredisant cette ligne sera démis de ses fonctions ” a conclu le Premier ministre arménien. Une déclaration qui fait fi de la recherche historique et de l’éducation, rôle du Musée du Génocide. Parler de l’Artsakh comme continuation du Génocide de 1915, ainsi que l’affirme par exemple l’historien Vincent Duclert, n’est pas lié à la politique étrangère de l’Arménie. Le nettoyage ethnique de l’Artsakh n’est pas lié à la politique étrangère de l’Arménie. C’est un fait historique et démettre un agent de l’Etat pour cette raison, ce n’est que le démettre pour avoir refusé de pratiquer un négationnisme d’Etat qui est donc devenu avec Nikol Pachinian la doctrine de son gouvernement. La suppression de la déclaration d’indépendance du projet de réforme de la constitution annoncé le 12 mars vient prolonger cette politique négationniste en alignant l’Arménie sur les exigences du tandem panturc. Depuis sa démission, Edita Gzoyan se refuse à tout commentaire. Le président du Conseil d’administration du Musée, l’historien Raymond Kévorkian, et plusieurs autres membres du Conseil ont présenté leur démission par solidarité, démissions immédiatement acceptées par Pachinian qui a procédé dans la foulée à leurs remplacements en moins de 24h. Contacté, Raymond Kévorkian nous a indiqué que “ sa démission était un message clair qui ne mérite pas de commentaire ” confirmant toutes les informations parues dans la presse. De même, les 74 employés du Musée ont tous signé une lettre commune de protestation auprès de Nikol Pachinian pour s’opposer à son départ. “ C’est la première fois dans l’histoire de notre musée que tous les employés, sans exception, ont fait appel à une autorité supérieure pour protester contre le renvoi de leur directrice ”, a déclaré Mihran Minasian, conseiller du directeur de l’AGMI (Armenian Genocide Museum Institute). “ Nous nous attendions au contraire à ce que notre directrice soit récompensée pour son excellent travail ”, a déclaré Suren Manukian, qui dirige l’une des divisions d’AGMI. Officiellement, Gzoyan a reçu l’ordre de démissionner par la ministre de l’Éducation Janna Andréassian, pour avoir omis d’assurer un suivi adéquat de la rénovation controversée du Mémorial du Génocide, entamée l’été dernier, et qui aurait dû s’achever avant le 24 Avril prochain mais qui prend un retard colossal. On craint d’ailleurs que les travaux qui ont débuté juste après le 24 Avril 2025 ne soient pas achevés comme prévu dans un mois pour ce 24 Avril 2026. Pire ! Pour le syndicat des architectes d’Arménie, les travaux réalisés ont été faits en dépit du bon sens par des ouvriers non qualifiés et ont fragilisé la structure. A se demander si, comme le pense l’opposition parlementaire, tout cela n’est pas un prétexte pour annoncer le démontage du Mémorial et sa fermeture pour des raisons fallacieuses de sécurité alors qu’il s’agit plus prosaïquement de ne plus organiser de visites sur ce site pour des invités étrangers : soit autant de reconnaissances du Génocide et autant de pierres lancées à l’adresse de la Turquie. Quant à l’argument justifiant le renvoi d’Edita Gzoyan avancé par la ministre, il est devenu caduc du fait des déclarations du Premier ministre Pachinian démontrant à quel point le pouvoir est capable de mentir sur un point comme celui-ci. Scandaleux, vraiment scandaleux, mais tellement à l’image de ce qu’accomplit ce gouvernement contre tout ce qui constitue la Cause arménienne, socle de la nation arménienne.
par Dikran ZEKIAN 1 avril 2026
La formation arménienne célèbre cent ans de musique, placée sous le double signe de la résilience et de l’excellence. Retour sur un siècle d’orchestre qui fait résonner la musique arménienne d’outre-tombe et accueille les musiciens les plus fameux de son temps. Jubilé ! C’est le terme choisi par l’Orchestre national philharmonique d’Arménie (ANPO) pour accompagner les célébrations du centenaire de sa création ; cent années au cours desquelles la phalange d’Erevan a fait résonner aux quatre coins de la planète l’irréductible voix arménienne menacée d’extinction après 1915. Cent ans de témoignage vivant d’une renaissance aussi esthétique et culturelle que volontaire et ambitieuse, inscrivant ses pas dans ceux des noms immémoriaux de la musique arménienne. L’Orchestre national philharmonique d’Arménie a été fondé dans la jeune république socialiste soviétique d’Arménie en 1925 par Arshak Adamian, pianiste et son premier chef, et Alexander Spendiaryan, le père de la musique classique arménienne. Dans ces temps difficiles, l’orchestre s’impose comme le centre de la musique orchestrale professionnelle en Arménie. C’est avec émotion qu’on découvre le nom des chefs qui l’ont successivement dirigé au cours des cent dernières années. Quel mélomane n’aimerait pas rebrousser le chemin du temps pour écouter le jeune Valery Gergiev qui dirigea l’orchestre de 1981 à 1982, Loris Tjeknavorian ou encore Michaël Maluntsyan tenir la baguette depuis le pupitre ? Depuis l’an 2000, le directeur artistique et chef d’orchestre principal est Eduard Topchjan. Il est à date le chef d’orchestre ayant exercé le plus longtemps au sein de la formation, plus d’un quart de siècle à lui seul, imprimant durablement sa marque. Aram Khatchatourian à la baguette Au cours de son histoire, l’orchestre arménien a été reconnu comme l’un des principaux orchestres de l’ancienne Union soviétique. Cette distinction n’a rien d’honorifique quand on connaît le haut degré d’exigence des Soviétiques en matière musicale. Les lauriers de reconnaissance glanés par l’orchestre ne constituent pas son seul fait de gloire. L’ANPO fut le premier à interpréter un certain nombre d’œuvres d’Aram Khatchatourian, le compositeur étant souvent à la baguette. Le premier concert référencé de Khatchatourian avec l’ANPO a eu lieu en 1939. À cette époque, l’orchestre se produisait sous la direction de chefs d’orchestre tels que Alexander Melik-Pashayev, Franz Konvicni ou encore Reinhold Gliere, pionnier du ballet dramatique soviétique. L’orchestre a su également attirer les meilleurs solistes, aujourd’hui considérés comme des géants de la musique classique. Si la liste est longue et prouve sa qualité musicale, citons le violoniste David Oistrakh, les immenses pianistes Emil Gilels ou Sviatoslav Richter ou le violoncelliste légendaire Mstislav Rostropovich. Il a également été l’occasion pour les compositeurs arméniens contemporains de faire entendre leurs œuvres. Certains comme Avet Terterian, Edgar Hovhannisyan ou Tigran Mansurian ont même composé de nombreuses œuvres spécialement pour l’orchestre. Gia Kancheli, Sofya Gubaidulina, Rodion Shchedrin, Dmitry Kabalevsky et Krzysztof Penderecki ont par ailleurs collaboré étroitement avec lui. Ambassadeur assumé de la musique arménienne à travers le monde, l’orchestre effectue régulièrement des tournées internationales, parfois accompagné de célèbres solistes arméniens comme les pianistes Sergei Babayan et Jean-Paul Gasparian, ou le violoniste Sergey Khachatryan mais aussi des grands noms de la scène classique contemporaine comme le violoncelliste Gautier Capuçon, la pianiste Khatia Buniatishvili ou l’immense Nikolay Lugansky. Il a ainsi tourné avec succès dans des salles de concert prestigieuses aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, en Suisse, au Luxembourg, en Italie, en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni, en Scandinavie, au Japon et en Chine. En France, l’ANPO s’est produit en 2025 dans le cadre du centenaire de la naissance de Charles Aznavour. À cette occasion, il s’est produit à l’UNESCO pour un concert mémorable et couronné de succès, intitulé « Une vie d’amour », accompagné de musiciens français et arméniens. Ajoutons qu’il a gravé plus de 40 CD, dont la qualité d’interprétation des œuvres est régulièrement saluée par la critique internationale. Enfin, dans son rôle d’ambassadeur, l’orchestre organise chaque automne depuis 2007 le Festival international de musique d’Erevan qui réunit dans la capitale arménienne des solistes de renommée internationale qui se produisent lors de concerts symphoniques et de musique de chambre et délivrent des master classes à de jeunes musiciens arméniens. Né au milieu du fracas post-génocide, l’Orchestre national philharmonique d’Arménie aborde le deuxième siècle de son existence avec l’ambition et la vigueur que sa reconnaissance lui permet d’arborer. De Komitas à Mansourian, il n’en a pas fini de faire résonner la musique arménienne au-delà de ses frontières pour rallier à l’âme arménienne un public touché au cœur par la vérité des notes de cette musique qui dit l’histoire, les doutes et espérances de toute une nation.
par Varoujan MARDIKIAN 1 avril 2026
La Roseraie de Garabed retrace, dans les années précédant le Génocide, le destin d’une famille arménienne de Constantinople à la recherche de sa fille disparue, et rend hommage à une génération d’Arméniens qui a façonné sa résilience dans l’exil, à Paris. France Arménie : Votre nouveau roman, La Roseraie de Garabed, s’inscrit dans la continuité du précédent, Rose de Diarbékir. Que raconte-t-il ? Corinne Zarzavatdjian : Il raconte le voyage d’un père à la recherche de sa fille disparue dix années plus tôt dans l’Empire ottoman. Nous sommes en 1908 dans le Paris vibrant de la Belle Epoque où la famille Hagopian a trouvé refuge et s’est reconstruite à force de volonté, de travail et d’un amour profond pour sa terre d’accueil. Autour du patriarche Garabed, elle a préservé ses valeurs et son identité arménienne. Mais malgré la joie qui règne dans cette famille, un lourd secret plane. Une absente, Rose, dont le prénom n’est jamais prononcé à voix haute. On le chuchote car c’est, pour le clan, une blessure ouverte. Un événement va précipiter le départ d’Haïk, le fils du patriarche, pour Constantinople à la recherche de sa fille au jeune destin fulgurant. Il affrontera la séparation, le retour sur ses terres ancestrales et les tourments de la Grande Histoire. Mais rien ne l’arrêtera dans cette quête éperdue. Est-elle morte dans la prison d’Anemas ? A-t-elle été enlevée par une famille turque ? Il devra trouver des réponses à ces questions lors de son voyage. Ce sera le voyage de sa vie et celui de tous les siens. Ce récit est aussi une chronique de la vie parisienne, au cœur d’un Paris en pleine effervescence où les Arméniens, fraîchement arrivés, trouvent leur place et s’épanouissent dans des métiers d’artisanat qui ont longtemps fait leur réputation. Pour beaucoup, ces métiers deviennent à la fois une valeur refuge, un savoir-faire qu’on emporte avec soi et une valeur d’avenir, un moyen de se reconstruire dignement. Pourquoi ce titre, La Roseraie de Garabed ? Garabed est inspiré de mon grand‑père. À travers ce titre, je lui rends hommage, ainsi qu’à mon autre grand‑père, Tateos. La roseraie est un symbole puissant : c’est la beauté, la fragilité, la résistance, la terre, la renaissance. C’est la force de reconstruire malgré l’exil. En donnant son nom au roman, j’ai voulu inscrire mon récit dans une trajectoire intime, mais également rendre hommage à toute une génération d’Arméniens qui ont dû quitter leur vie d’avant et, pourtant, ont continué de rayonner. On dit souvent que les exilés laissent tout derrière eux. Effectivement, ils quittent leur terre mais ils emportent ce qui faisait la singularité du lieu dans lequel ils vivaient. Ils transportent leur monde intérieur comme on transporte une graine. Et ailleurs, dans un pays nouveau, ils la plantent et la font éclore. La roseraie, c’est cela : ce qui survit, ce qui se transmet, ce qui refleurit malgré les blessures. Pour quelle raison l’intrigue du récit se déroule-t-elle en 1909 et non en 1915 ? Pour qu’il y ait un fil conducteur avec le premier roman, même si les deux peuvent se lire indépendamment. Montrer que les tensions et violences antérieures à 1915 existaient déjà, annonçant un climat politique et social où les Arméniens devenaient de plus en plus vulnérables. C’est une façon d’expliquer comment un enchaînement d’événements, de discours et de politiques discriminatoires a progressivement rendu l’impensable possible. Cette période permet également de révéler mes personnages pris dans un moment de bascule, croyant encore que tout peut s’arranger, alors que les signes avant-coureurs sont déjà là... Peut-être est-ce cette dignité de l’espoir que j’ai voulu raconter. C’est aussi une manière de rendre hommage à la mémoire des disparus d’Adana. Je voulais leur redonner une place et une voix. A travers une narration qui transporte le lecteur entre Paris et Constantinople, deux temporalités se font écho. Quels messages avez-vous souhaité envoyer en connectant des trajectoires d’Arméniens en exil à la Grande Histoire ? Je pense que l’histoire collective se comprend aussi à travers les trajectoires individuelles, elles éclairent souvent les bouleversements d’une époque. Grâce à une correspondance entre le patriarche Garabed resté à Paris et son fils Haïk à Constantinople, on a une diaspora qui tente de se reconstruire et qui cherche sa place dans une nouvelle société, face à un pays d’origine en plein bouleversement. En effet, mon récit traverse une année charnière, de 1908 à 1909, au cœur d’un Empire ottoman en pleine mutation. L’arrivée des Jeunes Turcs au pouvoir y fait naître un souffle d’espoir. Mais derrière les discours modernistes se glissent des rivalités politiques, des nationalismes naissants et des fractures anciennes que rien ne parvient à apaiser. Cette soi-disant « nouvelle ère » va entraîner des désillusions profondes, des violences, dessinant le destin des Arméniens. La Roseraie de Garabed raconte comment une famille traverse l’abandon des terres ancestrales, comment elle porte sa mémoire, sa langue, ses métiers et comment ces héritages résonnent encore aujourd’hui. Une suite constituant le troisième volet d’un triptyque est-elle prévue ? L’Histoire continue de me traverser et de m’inspirer. Pour ce troisième volet, j’aimerais explorer l’Histoire à travers les femmes, leurs élans, leurs résistances, leurs rêves d’autonomie. Dans ce deuxième récit où les voix féminines commencent à se frayer un chemin dans un monde encore verrouillé, elles avancent pas à pas, entre traditions qui se fissurent et horizons qui s’ouvrent. Leur donner la parole et voir comment elles vont traverser les bouleversements historiques, souvent dans l’ombre, mais toujours en première ligne, me semble être une suite naturelle. Pour l’instant, je suis en cours d’écriture avec mon frère, Richard, d’un nouveau livre de cuisine arménienne, La cuisine des Arménies (Solar), prévu pour octobre 2026 et qui présentera la cuisine arménienne telle qu’on la prépare dans les diasporas. Plus de 90 recettes, des Chefs du monde entier et une cuisine qui se réinvente au contact d’une autre culture. Représentation de l’histoire et de l’exil, transmission de l’identité et de la culture, projection sur un avenir résilient : autant de thématiques en résonance avec la période actuelle, entre la cruauté du sort réservé à l’Artsakh, les menaces qui pèsent sur l’Arménie et les questions existentielles propres à la Diaspora. La richesse que recèlent ces thématiques ne mérite-t-elle pas d’être davantage mise en valeur à travers la création littéraire arménienne ? La littérature arménienne, qu’elle soit écrite en Arménie ou en diaspora, a toujours été un espace où l’on sauvegarde ce que l’Histoire tente d’effacer. Elle est d’une grande puissance, et quel que soit le genre littéraire. Les thématiques que vous évoquez ne sont pas seulement des sujets littéraires, c’est bien plus que ça. Cette littérature résonne d’autant plus fortement dans une période marquée par la tragédie de l’Artsakh, les menaces qui pèsent sur l’Arménie souveraine et les interrogations existentielles d’une diaspora dispersée mais profondément vivante. Mettre en valeur la création littéraire, c’est affirmer que l’identité arménienne est faite de beauté, de savoir-faire, de langue, de musique, de culture et d’une capacité inouïe à parler d’avenir. Effectivement, je pense que ce n’est pas seulement un enjeu artistique mais un acte politique au sens noble : c’est faire exister un peuple dans le récit du monde. Car un peuple qui écrit, qui raconte, qui transmet, est un peuple vivant. La Roseraie de Garabed – Un destin arménien, par Corinne Zarzavatdjian, Les Presses de la Cité, 348 pages, 22,90 €.
par Tigrane YEGAVIAN 1 avril 2026
Le pasteur René Léonian publie un ouvrage (1) qui dresse une véritable généalogie spirituelle et culturelle d’un peuple façonné par la foi chrétienne, depuis les premières heures du christianisme jusqu’aux recompositions contemporaines. Un livre didactique, visuel et profondément engagé, qui s’attache à montrer que, pour l’Arménie, le christianisme a agi comme un moteur de cohésion nationale et un repère intemporel permettant à son peuple de traverser les siècles malgré les coups du sort. S’il tient à souligner la présence d’un christianisme arménien bien antérieur à 301, René Léonian commence son récit au début du IVᵉ siècle, moment où l’Arménie devient le premier pays à adopter le christianisme comme religion d’État, avant même Rome. Cette conversion, portée par saint Grégoire l’Illuminateur et le roi Tiridate III, n’est pas seulement un événement spirituel, elle donne naissance à une culture nationale articulée autour d’une foi commune. L’auteur retrace ensuite l’évolution d’une Église profondément enracinée dans l’espace arménien, qui servira de rempart culturel contre les puissances impériales successives — Perses, Byzantins, Arabes puis Ottomans — et permettra la préservation de la langue, de l’histoire et du lien communautaire. À travers ces siècles, la narration ne se contente pas d’aligner des dates et des faits : elle les relie à la manière dont la foi a façonné la conscience collective, transformant chaque difficulté en une occasion de renouvellement spirituel et commun. Cette lecture historique est l’une des grandes forces de l’ouvrage, car elle montre comment l’Église est devenue un “ peuple en formation continue ”, dans lequel la religion et l’identité sont inextricablement liées. Ce qui distingue également cette œuvre, c’est son usage didactique des cartes issues de l’atlas de Claude Mutafian et Éric Van Lauwe. Disposées de manière stratégique dans les chapitres, ces cartes permettent au lecteur de visualiser les transformations territoriales et les dynamiques géopolitiques de l’Arménie à travers les âges. Les suivre, c’est comprendre comment un petit territoire, souvent réduit à une portion de son ancienne configuration, a su garder une présence géographique forte dans les mémoires et les imaginaires, grâce à l’empreinte durable de ses monastères, de ses villages et de sa diaspora. En plus des cartes, l’ouvrage est enrichi de photographies soigneusement sélectionnées : églises rupestres, monastères anciens, icônes lumineuses, paysages sacrés… La continuité entre les images et le récit construit un effet d’“ immersion pédagogique ”, rendant accessible une histoire complexe. Un fil historique orienté par la foi Au cœur de l’ouvrage se trouve une idée simple mais puissante : le christianisme a été et reste un ciment du peuple arménien. Pas seulement comme religion, mais comme facteur de survie culturelle et sociale. Même au XXᵉ siècle, dans les pires épreuves — notamment les massacres et le Génocide de 1915 —, l’Église n’a jamais été seulement un mur d’enceinte spirituel : elle a été un “ foyer de mémoire collective ”, un médiateur entre les déchirures, et un marqueur d’appartenance pour ceux qui, dispersés dans le monde entier, continuent à se définir comme Arméniens. René Léonian montre aussi comment les institutions religieuses ont joué un rôle éducatif, linguistique et intellectuel, faisant de l’Église un pivot autour duquel s’articule toute une civilisation. Ce faisant, il met en lumière une vérité souvent méconnue : pour l’Arménie, la foi chrétienne n’a jamais été une simple affaire de dogme, mais un principe constitutif de l’appartenance à un peuple unique, résilient et historiquement déterminé par la croix autant que par les carrefours géopolitiques. En conséquence, l’auteur a rédigé le Que sais-je sur l’Église arménienne que l’on attendait. Arménie, terre chrétienne hier et aujourd’hui, René Léonian, Salvator, 2025, 256 pages, 20 €.
par Zmrouthe AUBOZIAN 1 avril 2026
C’est dans la basilique Saint-Martin d’Ainay (12e siècle) de Lyon, que le concert franco-arménien « Doudouk sans frontières », s’est déroulé le 22 février. Il réunissait les élèves de l’orchestre de chambre du Conservatoire Tchaïkovski d’Erevan, sous la direction du chef d’orchestre Davit Marukhyan, et du Conservatoire de Valence Romans Agglo, sous la direction de Levon Chatikyan, président de l’association culturelle France-Ashtarak-Arménie. Agés de 15 à 23 ans, les 20 jeunes (10 d’Arménie et 10 de France), ont interprété des œuvres d’A. Adjémyan « Si seulement… », Nersès Chnorhali « Nouvelle fleur », Georges Bizet-Schedrin « Suite de Carmen », danse, torero, bolero, accompagnés des élèves de la classe de doudouk du Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Valence Romans Agglo. « Roseau » de Khatchadour Avedissyan, était joué par Chahen Bayramian au doudouk solo avec les musiciens du Conservatoire Tchaïkovski. Qui accompagnaient également le jeune doudoukiste Alexandre Chatikyan pour « Nocturne » d’Arno Babadjanian. « Mélodie oubliée » d’Arthur Grigoryan était chantée par Anahit Harutyunyan, dont la voix toute en nuances aurait mérité une meilleure acoustique. Laquelle n’a pas fait défaut à Garnik Msryan, sur un air de Rodolfo Falvo « Disitancello vuje ». Tous deux étaient réunis pour le final « Erebouni Erevan » d’Edgar Hovhannisyan. Bissés, les deux orchestres ont offert un dernier morceau. En préambule au concert organisé par France-Ashtarak-Arménie et placé sous le haut patronage du consulat d’Arménie à Lyon, la consule, Nariné Nikolyan, remerciait l’ensemble des interprètes ainsi que Davit Marukhyan, chef d’orchestre du Conservatoire Tchaïkovski. Elle saluait la présence du sénateur Gilbert-Luc Devinaz, la conseillère régionale Véronique Dechamps, le conseiller municipal Georges Képénékian, le conseiller métropolitain Mathieu Vieira, Pascal Miralles-Fomine, adjoint au maire de Bron et les consuls d’Allemagne, de Bulgarie et d’Uruguay.
par Zmrouthe AUBOZIAN 1 avril 2026
Dans le cadre d’Armen Livres, un cycle de trois conférences a été proposé à la MCA d’Alfortville sous le titre de « Et la Diaspora fut ». Le 13 février dernier, Tigrane Yégavian intervenait pour définir « Le rôle et les défis de la presse arménienne de la Diaspora ». Maître de conférences et journaliste - entre autres de France Arménie - il a accompagné son intervention d’un diaporama. Le conférencier a décrit l’histoire de la presse arménienne de la Diaspora, l’importance du rôle qu’elle a joué, et a réfléchi aux défis auxquels elle est confrontée, mentionnant également les points faibles de la presse actuelle. Il a également souligné la nécessité d’en faire une plateforme de débat. Nous n’évoquerons pas tous les titres passés de la presse arménienne mais citerons France Arménie (FA), magazine “ de la 3e génération ”, c’est-à-dire celle des petits-enfants des rescapés. Créé en 1982, FA est un journal pionnier, transnational (Etats-Unis, Liban, Syrie, Turquie, Djavakhk…). Il a aidé à la connaissance de la question arménienne de Turquie. Dans les années 80, il a investi l’espace public francophone (délégation de la FRA au Palais de l’Elysée), transmis une conscience nationale. Avec des militants entièrement dévoués à la Cause, une des figures majeures étant celle de Jules Mardirossian. Il prone un militantisme politique mais aussi culturel et religieux. FA doit poursuivre son rôle de passeur et d’interface, entre la France, la Diaspora et l’Arménie. Son ADN est la Cause arménienne. Il faut aujourd’hui plus de journalistes, franco-arméniens, arméno-américains, etc. Il faut aussi plus de numérique, de podcasts, de vidéos. Il faut plus de bilinguisme car en tant que transnation, nous pouvons échanger avec d’autres diasporas. Sans la presse, la Diaspora n’existerait pas. La Diaspora : un lieu de continuité historique.
par Almasd LELOIRE KERACKIAN 1 avril 2026
Ce 15 mars 2026, nombre d’Arméniens de Los Angeles mais aussi du monde entier ont guetté la célèbre cérémonie des Oscars, retransmise du Dolby Theater de Hollywood sachant que Sinners concourait pour 16 éventuelles récompenses. Déjà distingué au BAFTA 2026 (britannique) et aux Golden Globes, Sinners, écrit et réalisé par Ryan Coogler, (Black Panther et Creed), coproduit par Sev Ohanian, Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler était nommé dans 16 catégories de la compétition. Tout à fait exceptionnel ! Parmi les nombreuses personnalités créatives de notre communauté depuis plusieurs générations à Hollywood, Sev Ohanian monte en puissance en tant que producteur avec ce film singulier. Il est dans la lignée de la productrice Tanya Seghatchian, nommée en 2022 pour The Power of the Dog. Sev et Ryan collaborent depuis leurs études à l’University of Southern California. Le succès commercial de Sinners avec 370 millions de dollars de recette n’est pas le critère de ces nominations car l’Académie des Oscars recherche l’originalité, la nouveauté, la créativité. Sinners conjugue film d’horreur, dans les années 30 et l’univers du jazz, et le thème de la ségrégation raciale puisqu’il se déroule dans la communauté noire du Mississipi. Ce long métrage a réuni de talentueux artistes déjà reconnus par la profession ou ayant une collaboration fructueuse avec le réalisateur Ryan Coogler. Les récompenses suprêmes sont attribuées à Ludwig Göransson (3e Oscar après Black Panther de Ryan Coogler et Oppenheimer) pour la meilleure musique originale ; Autumn Durald Arkapaw, première femme à remporter l’Oscar de la meilleure photographie ; Michael B. Jordan meilleur acteur dans le rôle principal ; Ryan Coogler pour le meilleur scénario original. Actuellement, le film est disponible sur les plateformes en ligne comme Canal+ et prime vidéo. Sev Ohanian foule le tapis rouge du Dolby Theater pour ce long métrage mais ce n’est pas la première fois car sa production de 2021, Judas and the Black Messiah, avait remporté un Oscar pour le meilleur second rôle masculin. Natalie Musteata, qui a mentionné ses origines arméniennes de Roumanie, a gagné l’Oscar du meilleur court métrage en prises de vues réelles avec Deux personnes échangeant de la salive. Cette œuvre de langue française, distinguée au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, a été écrite et réalisée par le couple Natalie Musteata et Alexandre Singh. Les interprètes sont Zar Amir Ebrahimi (Les Nuits de Mashad et Le Pays d’Arto) et Luana Bajrami (Portrait de la jeune fille en feu). Telles des apparitions sur le tapis rouge, les designers arméniens ont fait tourner les têtes grâce aux tenues des personnalités comme Madeline Sharafian, nommée pour la réalisation de Elio sublimée par la recherche de matières de Varduhi Torozyan ; Francine Maisler, directrice de casting de Sinners, dans les drapés fluides de Louiza Babouryan, avec les bijoux de Sonia Boyajian et Arman Sarkisyan ; Mailys Vallade, co-réalisatrice de Amélie ou la métaphysique des tubes, avec une jupe de Von Vemian, et les bijoux d’ Arman Sarkisyan.