Une touche arménienne dans la mosaïque multiculturelle torontaise
par Rouben KOULAKSEZIAN
Souvent simplement traversée par les voyageurs en route vers d’autres destinations canadiennes, Toronto mérite pourtant un détour : immense et fascinante, la ville contient aussi plusieurs lieux témoignant de la présence arménienne au Canada.
Fondée en 1793, Toronto est aujourd’hui une métropole tentaculaire de plus de 7 millions d’habitants, au cœur de l’une des régions urbaines les plus dynamiques du continent. Les premiers Arméniens arrivent à Toronto environ un siècle après sa fondation, dans les années 1890, mais la communauté reste assez réduite jusque dans les années 1960, lorsque plusieurs milliers d’Arméniens originaires du Moyen-Orient s’installent en Ontario. Aujourd’hui, la population arménienne, estimée à environ 35 000 personnes, se concentre principalement dans la banlieue nord-est, notamment dans les quartiers résidentiels de North York et de Scarborough. La découverte du Toronto arménien est plutôt complexe pour les visiteurs, car il n’existe presque aucun lieu arménien notable dans le centre-ville et il faut se rendre dans les banlieues, en particulier à North York, pour découvrir les principaux sites communautaires.
Dans le centre touristique de Toronto, la seule présence arménienne visible est Giragi (« dimanche » en arménien), un restaurant arménien convivial et de qualité, ouvert en 2025 dans le centre commercial The Well, dans le Fashion District. Par ailleurs, pour se faire une idée des quartiers où s’étaient installées les familles arméniennes arrivées dans les années 1960, on peut se promener sur Yonge Street, notamment à hauteur de Woodlawn Avenue, où se trouvait autrefois l’ancienne église arménienne. Le restaurant Taline, ouvert en 2023 dans ce secteur, est l’un des rares restaurants de la Diaspora arménienne recommandés par le Guide Michelin. Véritable restaurant gastronomique au service impeccable et à la cuisine particulièrement soignée, c’est un incontournable du Toronto arménien. Le restaurant Mayrik, situé un peu plus au nord, est une autre excellente adresse, qui rend hommage à la cuisine des mères arméniennes dans un décor cosy.
Située à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, l’église arménienne Sainte-Marie (Sourp Asdvadzadzin) de North York a été consacrée en 1990. À proximité immédiate se trouve le Centre communautaire arménien (Armenian Community Center), inauguré en 1979, qui regroupe plusieurs institutions majeures de la vie communautaire, notamment le Nor Seround (Armenian Youth Federation), la Croix-Bleue (Armenian Relief Society) et Hamaskaïne. L’école de la Croix-Bleue (A.R.S. Private School) est la seule école arménienne hebdomadaire de l’agglomération et accueille des élèves de la maternelle au secondaire. A proximité, le Centre de la jeunesse arménienne (Armenian Youth Center) est un bâtiment moderne qui sert à la fois de gymnase à l’école et aux activités de Homenetmen Toronto.
Un peu plus à l’est, dans le quartier de Scarborough, l’église Sainte-Trinité (Sourp Yerrortoutioun) a été construite en 1987. En 2010, un khatchkar fut érigé par la paroisse dans le cimetière de York. Le siège local de l’UGAB se trouve également à North York. L’église arménienne catholique Saint-Grégoire-l’Illuminateur de North York fut fondée en 1993, tandis que la communauté évangélique s’installa à Markham en 1998. La ville compte aussi une église évangélique des Frères arméniens (Armenian Brotherhood Bible Church) et une église arménienne du Nazaréen (Armenian Emmanuel Church of the Nazarene), toutes deux situées à North York.
Avec la croissance de la population arménienne, de nombreuses familles s’installent progressivement à l’ouest de Toronto, notamment à Mississauga, Oakville et Etobicoke, où se trouve le bistro arménien Armenian Bistro. Pour répondre aux besoins de cette communauté, la paroisse arménienne Saint-Vartan est fondée dans les années 1990, la liturgie étant célébrée dans une église locale.
Un passage important pour ceux qui s’intéressent à l’histoire arménienne au Canada est la petite ville de Georgetown, au nord-ouest de Mississauga. Dans les années 1920, elle accueilla une centaine d’orphelins arméniens dans ce qui est souvent considéré comme la première action humanitaire internationale du Canada. Surnommés les « Georgetown Boys », ces jeunes furent formés au métier d’agriculteur afin de faciliter leur intégration. Aujourd’hui, une plaque commémorative et un panneau d’information se trouvent à proximité de l’ancienne ferme, désormais intégrée au Cedarvale Park.
Conseils de voyage
• Quand partir ?
Les meilleurs mois pour visiter Toronto sont généralement mai, juin et septembre, mais l’été est également agréable. L’hiver, souvent très froid, avec neige, vent et températures pouvant descendre sous −10 °C, est à éviter.
• Quel circuit prévoir ?
L’autre grande communauté arménienne du Canada, Montréal, se trouve à quelques heures de route de Toronto. À une distance comparable, côté américain, Détroit et, bien sûr, New York, offrent également plusieurs lieux arméniens intéressants à découvrir.

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