Dans la logique de l’« Arménie réelle »
En tout état de cause, tous les signaux envoyés par Nikol Pachinian depuis sa présentation officielle, le 10 avril 2024, de l’idéologie de l’« Arménie réelle », s’inscrivent dans la droite ligne de sa politique de renoncement aux fondamentaux de la Cause arménienne. Et les événements survenus ces dernières semaines n’auguraient rien de bon pour ce 24-Avril. Début mars, Nikol Pachinian avait contraint à la démission Edith Gzoyan, la directrice du Musée-Institut du Génocide des Arméniens, pour avoir commis un “ acte provocateur ” contraire à la politique du gouvernement, en offrant un ouvrage sur l’Artsakh au vice-président américain J.D. Vance lors de sa visite au Mémorial de Dzidzernagapert ; à la mi-mars, le chef du gouvernement collait sur le dos des partis d’opposition l’étiquette de “ parti de la guerre à trois têtes ” ; enfin, le 26 mars, il donnait un avant-goût de son message du 24-Avril, en rejetant l’idée d’un “ rétablissement de la justice historique ”, au motif que “ plus nous serons en quête de justice historique, plus nous serons confrontés à de nouvelles injustices historiques ”.
Néanmoins, malgré tous ses renoncements et autres compromissions de nature à satisfaire la voracité du tandem turco-azerbaïdjanais, Nikol Pachinian n’est guère payé de retour. Le 31 mars, soit cinq jours après l’annonce de son refus d’œuvrer au rétablissement de la justice historique, Bakou a commémoré la “ Journée du génocide des Azerbaïdjanais ”. Le 24 avril, Ankara “ [s’est souvenu] avec compassion des Turcs sans défense et innocents impitoyablement massacrés par les Arméniens en 1915 ” (2).
Erévan montre d’ailleurs des signes d’agacement face à l’attitude d’Ankara, qui rechigne à débloquer le processus de normalisation des relations bilatérales. Le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a brillé par son absence, du 17 au 19 avril, au Forum diplomatique d’Antalya, en Turquie, contrairement aux quatre années précédentes (3).
Arménie historique ou « réelle », ses ennemis historiques et réels se dressent toujours sur sa route. Mais Nikol Pachinian, obnubilé par les vertus supposées de la Pax Americana, continuera à surfer sur la vague des concessions unilatérales et compromissions jusqu’aux législatives du 7 juin. Quel qu’en soit le prix.
(1) Medz Yeghern était l’expression utilisée par les Arméniens avant la création du mot « Génocide », en 1943, par le juriste juif polonais Raphaël Lemkin.
(2) Message posté sur le compte Instagram du ministère turc de la Défense.
(3) La diplomatie arménienne n’était représentée cette fois-ci que par Vahan Kostanian, l’un des vice-ministres des Affaires étrangères.









