L’Ararat effacé des passeports : anatomie d’une révolution identitaire

La polémique déclenchée par la disparition du Mont Ararat des nouveaux passeports biométriques arméniens aurait pu n’être qu’une controverse administrative parmi d’autres. Elle s’est révélée être le symptôme d’une transformation identitaire de grande ampleur, dont les implications dépassent largement les frontières de la République d’Arménie. Derrière ce débat apparemment technique se joue en réalité une question existentielle : que signifie être arménien au XXIe siècle, après la défaite militaire de 2020, la disparition de l’Artsakh et l’effondrement du paradigme sécuritaire qui structurait l’État depuis l’indépendance ?

PAR TIGRANE YÉGAVIAN


Pour comprendre l’ampleur de la controverse, il faut d’abord saisir ce que représente l’Ararat dans l’imaginaire collectif arménien. Ce n’est pas un simple élément de paysage, ni même un symbole national ordinaire. L’Ararat fonctionne comme un « lieu de mémoire” au sens où l’historien Pierre Nora l’entend, c’est-à-dire un point de cristallisation où se condensent simultanément plusieurs strates d’histoire, de mythologie et d’identité collective. 

D’abord, il y a la dimension biblique et religieuse. Pour le christianisme arménien cette référence confère au territoire arménien une dimension cosmologique. L’Ararat n’est pas simplement «en » Arménie, il fonde symboliquement l’idée même d’un espace arménien inscrit dans le récit originel de l’humanité. Ensuite, il y a la dimension historique et territoriale. Visible depuis Erevan mais situé en territoire turc depuis le traité de Kars de 1921, l’Ararat matérialise la tragédie arménienne du XXe siècle. Sa présence visuelle quotidienne depuis la capitale rappelle constamment ce qui fut perdu, l’Ararat est devenu le symbole du territoire fantôme, de l’absence présente. Troisièmement, il y a la dimension diasporique.


Le projet politique de l’« Arménie réelle » : une rupture épistémologique

Le retrait progressif de l’Ararat des représentations officielles s’inscrit dans un projet politique beaucoup plus vaste, porté principalement par Nikol Pachinian et l’élite politique issue de la révolution de velours de 2018. Ce projet, que le Premier ministre a théorisé à travers l’expression « Arménie réelle », constitue une rupture intellectuelle majeure avec la doctrine nationale dominante depuis l’indépendance. Il s’est manifesté dans plusieurs domaines. Sur le plan diplomatique, par la multiplication des signaux de bonne volonté envers la Turquie et l’Azerbaïdjan, y compris par l’acceptation progressive du principe d’une Arménie limitée à 29 800 km² sans l’Artsakh. Sur le plan mémoriel, par une volonté de « démystifier » certains récits nationaux et de promouvoir une approche plus « rationnelle » de l’histoire. Sur le plan symbolique, enfin, par le retrait progressif de références jugées trop chargées historiquement – dont l’Ararat. Cette vision n’est pas sans précédent dans l’histoire des nationalismes. On peut la rapprocher de certaines tentatives de « post-nationalisme » observées ailleurs : le kémalisme turc cherchant à rompre avec l’Empire ottoman, le sionisme travailliste voulant créer un « homme nouveau » en rupture avec le judaïsme diasporique, ou encore les nationalismes civiques européens cherchant à dépasser les nationalismes ethniques du XIXe siècle.

La résistance diasporique et ses raisons profondes

La réaction de larges segments de la Diaspora arménienne à cette transformation a été particulièrement vive. Pour comprendre cette résistance, il faut saisir la spécificité du rapport diasporique à l’État arménien. Contrairement à d’autres diasporas disposant d’un État-mère ancien et consolidé (Israël pour les juifs, la Grèce pour les Grecs), la Diaspora arménienne s’est largement constituée avant l’existence d’un État arménien moderne. La Diaspora du Génocide – dont sont issus la plupart des Arméniens de France – n’a pas connu d’État arménien durant les générations cruciales de sa formation identitaire (1915-1991). L’arménité diasporique s’est donc construite autour de marqueurs non-étatiques : la langue, l’Église apostolique, la mémoire du Génocide, et précisément des symboles comme l’Ararat. Lorsque la République d’Arménie accède à l’indépendance en 1991, elle est investie par la Diaspora d’une mission symbolique considérable : incarner enfin la continuité historique, offrir une souveraineté à un peuple qui en fut privé, matérialiser politiquement ce qui n’existait que dans la mémoire et les récits. L’État arménien ne devait pas être un État « normal », mais un État porteur d’une mission historique : assurer la survie collective, représenter les victimes du Génocide, protéger la civilisation arménienne. Or, le projet de l’« Arménie réelle » rompt explicitement avec cette mission. En proposant de dissocier l’État arménien de la mémoire historique et de la responsabilité diasporique, il transforme radicalement le pacte symbolique établi en 1991. Pour beaucoup de diasporiques, cette évolution est vécue comme une trahison. Elle revient à dire : “ Votre histoire, vos ancêtres génocidés, vos références culturelles sont des obstacles. Nous devons construire un État moderne qui s’en affranchit. ”

Géopolitique d’une crise identitaire

La controverse de l’Ararat ne peut être comprise hors de son contexte géopolitique. Elle s’inscrit dans le réalignement stratégique majeur de l’Arménie après la défaite de 2020. Cette défaite a révélé plusieurs failles structurelles. D’abord, l’échec de la doctrine de sécurité reposant sur l’alliance russe : Moscou n’est pas intervenu pour sauver l’Artsakh. Ensuite, l’insuffisance de la mobilisation diasporique : malgré une sympathie internationale réelle, aucun État occidental n’a pesé militairement dans le conflit. Enfin, l’obsolescence du modèle militaire arménien face aux drones turcs et à la supériorité quantitative azérie. Face à cet effondrement stratégique, le gouvernement Pachinian a opéré un tournant doctrinal radical. Puisque la Russie s’est révélée un protecteur peu fiable, puisque l’Occident n’intervient pas militairement, puisque la supériorité démographique et économique de l’Azerbaïdjan rend toute confrontation prolongée suicidaire, l’Arménie doit chercher sa survie ailleurs : dans la normalisation régionale, la démilitarisation du conflit, l’intégration économique. Cette stratégie implique nécessairement des concessions symboliques. Comment négocier sérieusement avec la Turquie tout en conservant l’Ararat – symbole du territoire perdu – sur tous les documents officiels ? Comment dialoguer avec Bakou tout en revendiquant un lien historique avec l’Artsakh ? Le retrait des symboles « problématiques » devient alors cohérent avec la logique de normalisation. Le problème est que cette stratégie repose sur un pari extrêmement risqué. Elle suppose que la Turquie et l’Azerbaïdjan accepteront une paix honorable en échange de concessions arméniennes. Or rien ne garantit cette issue. Les déclarations régulières d’Aliev sur le Siounik suggèrent que les ambitions azéries ne se limitent pas au retour au statu quo ante 2020. De même, les positions turques sur la frontière arméno-turque restent ambiguës.

En affaiblissant les symboles historiques, l’Arménie risque donc de perdre doublement : ne pas obtenir la paix espérée avec ses voisins, tout en ayant fracturé son propre lien identitaire avec sa diaspora et sa profondeur historique.

Les précédents historiques et leurs enseignements


Cette tension entre normalisation régionale et maintien identitaire n’est pas nouvelle dans l’histoire arménienne. Elle rappelle d’autres moments où des élites arméniennes ont dû choisir entre pragmatisme géopolitique et fidélité mémorielle. Au XIXe siècle déjà, l’arménisme naissant était traversé par cette tension. Les Arméniens d’Istanbul, intégrés à l’élite ottomane, privilégiaient souvent une loyauté ottomane compatible avec le maintien d’une identité culturelle arménienne modérée. Les intellectuels nationalistes de Tiflis ou de Paris défendaient, au contraire, un projet d’émancipation nationale radicale. On connaît la suite : le pragmatisme des élites stambouliotes ne les a pas protégées du Génocide.


Dans l’entre-deux-guerres, la Première République d’Arménie (1918-1920) a également connu ce dilemme. Coincée entre la Turquie kémaliste, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et les Bolcheviks, elle a dû accepter des traités territorialement désastreux (traité de Batoum avec la Turquie en juin 1918, traité d’Alexandropol en décembre 1920) pour tenter de survivre. Ces concessions n’ont pas empêché la soviétisation finale.

Durant la période soviétique, les dirigeants arméniens ont dû constamment négocier entre la fidélité à Moscou et la défense des intérêts nationaux arméniens. Les plus efficaces – comme Karen Demirchian dans les années 1970-1980 – ont su jouer des marges de manœuvre du système soviétique pour développer économiquement l’Arménie tout en maintenant une identité culturelle arménienne forte.


Que nous enseignent ces précédents ? Qu’il n’existe probablement pas de solution simple à cette équation. Le pragmatisme sans ancrage identitaire mène à l’assimilation ou à la dissolution. L’intransigeance identitaire sans réalisme géopolitique conduit à l’isolement et à la défaite. L’art de la survie arménienne a toujours consisté à articuler ces deux dimensions : maintenir une identité forte tout en sachant naviguer dans des environnements géopolitiques hostiles. In fine, la controverse autour de l’Ararat pose une question philosophique fondamentale : qu’est-ce qu’une nation ? Est-ce simplement un État territorial doté d’institutions démocratiques et d’une économie de marché, comme le suggère le projet de l’« Arménie réelle » ? Ou est-ce une communauté historique et culturelle transcendant les frontières étatiques, comme le postule la vision diasporique traditionnelle ?


La modernité politique européenne a longtemps privilégié la première définition, héritée de la Révolution française : la nation comme “ plébiscite de tous les jours ”, comme corps politique volontaire, comme citoyenneté. Mais cette conception s’est révélée insuffisante pour penser les nations sans État, les diasporas, les peuples victimes de génocide ou de déportation. Les Arméniens, les Juifs, les Kurdes, les Roms : autant de cas où l’identité nationale ne peut se réduire à l’appartenance étatique.

Pour l’Arménie contemporaine, la solution ne peut être ni le retour à un nationalisme ethnique du XIXe siècle ni l’adoption d’un post-nationalisme désincarné. Il faut inventer une troisième voie : une identité nationale capable d’articuler simultanément citoyenneté politique (l’État arménien), mémoire historique (le Génocide, l’Arménie historique) et transnationalité diasporique (les communautés arméniennes mondiales). Cette articulation est d’autant plus nécessaire que l’Arménie fait face à des défis démographiques considérables, un exode massif des jeunes, un vieillissement accéléré, l’Arménie ne pourra survivre à long terme sans maintenir un lien fort avec ses diasporas. Effacer les symboles qui constituent précisément ce lien serait suicidaire.


L’Ararat, dans cette perspective, ne devrait pas être vu comme un obstacle à la modernisation mais comme un pont entre les générations, entre le territoire et la Diaspora, entre le passé et l’avenir. Sa présence sur les documents officiels n’empêche nullement la normalisation régionale – la Grèce entretient des relations pacifiées avec la Turquie tout en conservant des références à l’hellénisme antique. Elle signale simplement que l’Arménie assume une profondeur historique qui dépasse ses frontières actuelles. La République d’Arménie se trouve à un carrefour historique. Les choix effectués aujourd’hui – y compris sur des questions apparemment secondaires comme le design d’un passeport – auront des conséquences sur plusieurs générations.


Le pari de la normalisation rapide avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, au prix d’un affaiblissement des références historiques, pourrait échouer. Ankara et Bakou pourraient interpréter ces concessions symboliques non comme des gestes de bonne volonté, mais comme des signes de faiblesse justifiant de nouvelles exigences territoriales ou politiques. À l’inverse, un repli nationaliste intransigeant, refusant toute évolution symbolique ou toute négociation, condamnerait l’Arménie à l’isolement régional et à une dépendance totale vis-à-vis d’une Russie elle-même en crise.


La voie de la survie passe probablement par une approche plus nuancée : maintenir fermement les symboles et la mémoire qui structurent l’identité collective, tout en développant une diplomatie réaliste et des relations économiques pragmatiques avec l’environnement régional. Cela suppose de cesser d’opposer « mémoire » et « pragmatisme », « histoire » et « modernité », « diaspora » et « État ».


Pour nous diasporiques, ces débats ne sont pas abstraits. Ils touchent à la définition même de ce que signifie être arménien en 2025. Ils interrogent la légitimité des institutions diasporiques, le sens de la transmission mémorielle, la pertinence du soutien à un État qui semble parfois vouloir se passer de ses diasporas. L’Ararat, finalement, n’est qu’un symbole. Mais les symboles ne sont jamais « que » des symboles. Ils structurent les imaginaires collectifs, orientent les choix politiques, définissent les communautés. Un peuple qui efface ses symboles ne se modernise pas : il se dissout. Un État qui rompt avec sa mémoire ne devient pas pragmatique : il perd son sens. Entre l’Ararat réel, situé en Turquie, et l’Ararat symbolique, gravé dans la conscience arménienne, il faut choisir non pas l’un ou l’autre, mais les deux à la fois. C’est précisément cette tension créatrice qui fait l’arménité moderne. 


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.