Voyage en diaspora

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade, aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

  La mémoire est un thème récurrent dans les films d’ Alexandra Routhiau-Mikaelian. Dans La Mémoire dans les veines, elle part en Turquie à la recherche des membres de sa famille, les descendants de son arrière-grand-mère contrainte d’abandonner sa fille, un bébé, avant de rejoindre la France.


Dans Les Grains éparpillés de la grenade, son dernier opus, il est aussi question de mémoire, celle de sa famille qui, comme des milliers d’autres, débarqua un jour des années 1920 à Marseille, fuyant l’horreur des massacres, pour reconstruire une vie. “ Quand t’as passé toute ta jeunesse aux abois, dans l’angoisse, la peur, parce que ces sauvages, ils vont venir te massacrer, comme ça, c’est impossible de vivre ”. Et pourtant, ils ont su se relever. Installés en France et en Europe, ils ont préservé leurs traditions, élevé des habitations, des églises, des écoles, posé les bases de leur nouvelle vie dans le pays d’accueil. Ils ont tout mis en œuvre pour assurer un avenir heureux pour leurs enfants. Par leur labeur – et sans aucune aide sociale – nous leur devons aujourd’hui, notre place dans la société française.


Le projet de la réalisatrice prend forme inopinément. Munie du camescope de son grand-père, elle se rend à Marseille en mars 2025 pour la première projection de La Mémoire dans les veines. Elle écoute et filme ceux qui sont là. Sa caméra discrète leur permet d’échanger de façon authentique. Elle prend aussi des photos. Les projections de son premier documentaire l’amènent à Décines, Alfortville, Chypre, Erevan. Petit à petit, elle accumule les matériaux qui vont fournir la sève des Grains éparpillés de la grenade. Chaque personnage est un regard sur la communauté arménienne, l’un de ces grains éparpillés qui raconte son histoire, son rapport à l’arménité. Ces images dans le réel sont couplées à des archives, certaines encore jamais publiées. On verra outre des documents historiques, des dessins animés (dont le camp Oddo) illustrant l’arrivée des Arméniens et un conte de Nasredine Hodja. Pour que les jeunes générations comprennent l’exil de leurs ancêtres, ce par quoi ils sont passés, il faut des images pour “ qu’elles comprennent comment le cocon dans lequel nous sommes aujourd’hui a été bâti par le travail et la sueur de nos arrière-grands-parents qui avaient tout perdu mais qui ont tout reconstruit ”. Egalement, apparaîtront à l’écran Hrant Dink et Pinar Selek, auteure de Parce qu’ils sont arméniens.



Accompagnant la projection du documentaire, seront exposés des photos, des documents historiques, deux œuvres originales et une vidéo poèmes.

Ce voyage en diaspora nous concerne d’où que nous venions, nous sommes toutes et tous, des grains éparpillés de la grenade. Ce documentaire est le nôtre et les portraits de ceux que nous verrons et écouterons sont les nôtres.


• 12 septembre, POC Alfortville, avant-première du film (60 mn), suivie d’un débat.

• 21 au 30 septembre : Espace culturel le 148, Alfortville, exposition photos, documents historiques et 2 œuvres originales. Vernissage. Pendant l’expo, soirée poétique et musicale.

• Fin novembre, expo et film au CNMA à Décines pour le Festival de cinéma arménien AYK.

• 19 janvier 2027, Marseille.

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