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Monde – France Arménie

Un colloque consacré à la mobilisation de la diaspora se tiendra à Paris Les 11 et 12 avril, un colloque consacré à la mobilisation de la diaspora se tiendra à Paris, avec pour objectif de faire face aux crises et défis sans précédent qui ont bouleversé le peuple arménien ces dernières années. Depuis 2018, le renoncement par les autorités de la République d’Arménie aux intérêts nationaux arméniens notamment les dossiers du Génocide arménien et de l’Artsakh (dont le résultat a été le nettoyage ethnique forcé de l’Artsakh) ainsi que les menaces visant l’identité arménienne et les attaques contre les institutions nationales ont créé une situation critique sans précédent pour l’ensemble du monde arménien. L’objectif de ce colloque est de débattre collectivement de la situation, de mobiliser la diaspora afin de formuler une position unifiée et structurée, en faveur de la défense et du renforcement de l’État arménien, de la diaspora arménienne et, plus largement, des intérêts nationaux arméniens et de la Cause arménienne. Le colloque réunira environ 150 représentants issus de plus de 25 pays, parmi lesquels des responsables communautaires, des dirigeants d’organisations, des personnalités publiques et politiques, des universitaires, des experts, des entrepreneurs et des jeunes. Les principaux points à l’ordre du jour sont : ● Le rôle stratégique de la diaspora dans la résolution des problématiques nationales et l’agenda politique ; ● L’importance des valeurs nationales et de l’Église arménienne dans la diaspora, en tant que garantes de l’identité arménienne, face aux nouveaux défis ; ● Les enjeux et perspectives des relations Arménie-diaspora, la diaspora comme composante du soft power du monde arménien ; ● La mobilisation et la revitalisation de la diaspora au service des objectifs panarméniens. À l’issue du colloque, un appel-déclaration sera adressé aux Arméniens du monde entier, suivi d’initiatives politiques, médiatiques, communautaires et autres. Comité de coordination du colloque pour la mobilisation de la diaspora Փարիզի մէջ Սփիւռքի զօրաշարժի խորհրդաժողով՝ նուիրուած ազգային ներկայ մարտահրաւէրներուն ՓԱՐԻԶ.- 2026ի Ապրիլ 11-12ին, Փարիզի մէջ տեղի պիտի ունենայ Սփիւռքի զօրաշարժին նուիրուած խորհրդաժողով մը, որ կը միտի դիմագրաւելու վերջին տարիներուն հայկական աշխարհը ցնցած աննախընթաց տագնապները։ 2018էն ասդին Հայաստանի Հանրապետութեան իշխանութիւններուն կողմէ հայկական շահերէ հրաժարումը՝ Ցեղասպանութեան եւ Արցախի թղթածրարներէն յետ կանգնիլը (որուն արդիւնքը եղաւ Արցախի բռնի հայաթափումը), հայկական ինքնութեան դէմ ուղղուած սպառնալիքները եւ ազգային հաստատութիւններու դէմ կատարուող յարձակումները աննախընթաց օրհասական իրադրութիւն ստեղծած են ամբողջ հայկական աշխարհին համար։ Կայանալիք խորհրդաժողովին նպատակն է հաւաքաբար քննարկել իրավիճակը, զօրաշարժի ենթարկել Սփիւռքը, որպէսզի կարելի ըլլայ ձեւաւորել միասնական ու նպատակաուղղուած կեցուածք՝ ի պաշտպանութիւն եւ հզօրացում Հայաստանի պետութեան, հայկական սփիւռքին եւ առհասարակ հայկական շահերուն եւ Հայ Դատին: Խորհրդաժողովը պիտի համախմբէ աւելի քան 25 երկիրներէ շուրջ 150 ներկայացուցիչներ, որոնց շարքին՝ համայնքային առաջնորդներ, կազմակերպութեանց պատասխանատուներ, հանրային-քաղաքական գործիչներ, գիտնականներ, մասնագէտներ, գործարարներ եւ երիտասարդներ: Օրակարգի առանցքային կետերն են. - Սփիւռքի ռազմավարական դերը ազգային հիմնախնդիրներու լուծման գործին մէջ եւ քաղաքական օրակարգը: - Ազգային արժէքներու եւ Հայց. եկեղեցւոյ կարեւորութիւնը Սփիւռքի մէջ հայկական ինքնութեան պահպանման առումով. նոր իրավիճակի մարտահրաւէրներ: - Հայաստան-Սփիւռք յարաբերութիւններու հիմնահարցեր եւ հորիզոններ, Սփիւռքը իբրեւ հայկական աշխարհի փափուկ ուժի բաղադրամաս: - Սփիւռքի զօրաշարժ եւ վերաշխուժացում՝ յանուն համահայկական նպատակներու: Խորհրդաժողովը պիտի աւարտի աշխարհասփիւռ հայութեան ուղղուած կոչ-յայտարարութեամբ, որուն պիտի յաջորդեն քաղաքական, տեղեկատուական, համայնքային եւ այլ նախաձեռնութիւններ: Սփիւռքի զօրաշարժի խորհրդաժողովի համադրող կազմ Diaspora Mobilization Conference in Paris Dedicated to Current National Challenges PARIS — On April 11–12, 2026, a conference dedicated to the mobilization of the Diaspora will take place in Paris, aiming to confront the unprecedented crises that have shaken the Armenian world in recent years. Since 2018, the renunciation of Armenian national interests by the authorities of the Republic of Armenia — stepping back from the Genocide and Artsakh dossiers (the result of which was the ethnic cleansing of Artsakh), the threats directed against Armenian identity, and the attacks carried out against national institutions — have created an unprecedentedly critical situation for the entire Armenian world. The purpose of the upcoming conference is to collectively discuss the situation and mobilize the Diaspora, in order to shape a unified and purposeful stance in defense and strengthening of the Armenian state, the Armenian Diaspora, and Armenian national interests in general, including the Armenian Cause. The conference will bring together around 150 representatives from more than 25 countries, including community leaders, heads of organizations, public and political figures, scholars, experts, business leaders, and youth. Key agenda items include: • The strategic role of the Diaspora in addressing national issues and the political agenda • The importance of national values and the Armenian Church in preserving Armenian identity in the Diaspora, and the challenges of the new reality • Armenia–Diaspora relations: key issues and horizons; the Diaspora as a component of the Armenian world’s soft power • Diaspora mobilization and revitalization in pursuit of pan-Armenian goals The conference will conclude with a call and declaration addressed to Armenians worldwide, to be followed by political, informational, community, and other initiatives. Diaspora Mobilization Conference Coordination Committee diasporaconference2026@gmail.com

“ A Paris, on lève les yeux vers le ciel pour voir le soleil. A Téhéran, on les lève pour savoir si l’on va survivre ”. Je pense à ma cousine en ces heures sombres et à toutes les personnes qui tentent de vivre tant bien que mal dans une capitale qui sent la poudre et le sang. Ma cousine habite juste derrière l’église Sourp Sarkis à Téhéran, où un missile s’est abattu aux premières heures de l’attaque israélo-américaine, début mars. C’est curieux comment l’être humain peut réagir face à une situation éprouvante : j’ai paniqué en apprenant la nouvelle et passé ma journée à essayer de joindre ma cousine. Il faut savoir que les autorités du pays bloquent Internet et menacent de poursuites ceux qui tentent de contourner les restrictions. Le black-out d’Internet dépasse désormais les 120 heures, avec une connectivité qui demeure au point mort. Après plus de 48 heures angoissantes, je réussis, je ne sais comment, à la joindre, et alors que ma voix trahit une angoisse réfrénée, la sienne traduit un calme absolu : “Ne t’inquiète pas, je vais bien, je suis en vie… Je suis habituée aux explosions, j’ai vécu la guerre Iran-Irak. Ça passera”. Mon cerveau reste bloqué devant ce qu’elle me dit et je cherche à comprendre : est-ce que tous les habitants pensent la même chose ? Comment faites-vous pour sortir faire les courses alors que les missiles tombent à l’aube, en journée et durant votre sommeil ? Parvenez-vous à dormir ? Nombreux sont les citadins à avoir acheté de la nourriture sèche, à avoir collé des bandes de rouleau adhésif sur les fenêtres, à avoir disposé des matelas dans les couloirs de leurs appartements et préparé un sac à dos rempli du strict minimum près de l’oreiller. Dans cette capitale surpeuplée qui ne dispose pas d’abris en cas d’attaques, chaque frappe signifie un danger imminent pour ceux qui y vivent. Les quelques rares images envoyées de Téhéran montrent des voitures carbonisées, des immeubles dévastés, des vitres soufflées, et certains quartiers touchés semblent sortis d’un film aux scènes apocalyptiques. Et, malgré tout, des femmes et des hommes vivent et ne renoncent pas à leur humanité. La voisine iranienne de ma cousine lui prépare des petits plats et les dépose devant sa porte, sonne deux fois et disparaît aussitôt. D’autres voisins de l’immeuble qui possèdent une villa au bord de la mer Caspienne insistent pour qu’elle se joigne à eux. Dans cette ville pétrifiée où le bleu légendaire du ciel ne resplendit plus comme avant, Iraniens et Arméniens partagent les mêmes épreuves, les mêmes moments de répit et d’espoir, un espoir chevillé au corps, un espoir que tout passera, tout s’arrangera, que la paix renaîtra, la joie reviendra dans tous les cœurs selon l’ancienne croyance persane. Avant de perdre le contact avec ma cousine, je retiens ce qu’elle me dit, je me hâte de griffonner ses paroles sur un bout de papier, pour qui, pour moi, pour me rassurer ou pour conjurer les forces invisibles en action ? Peut-être pour semer ces mots comme on sème des graines, dans l’attente incertaine d’un printemps. “ On traversera aussi cette épreuve, nous sommes forts. Pour le moment, je regarde le ciel bleu, je regarde la lumière et je me dis que tant que je les vois, j’ai de la chance. Rappelle-toi la beauté du ciel bleu de Téhéran… ”. Je retiens ses paroles et je ravale l’émotion qui m’envahit. Je regarde une vidéo envoyée par une habitante de Téhéran, après une énième frappe. Une femme, sous le choc, attend. Attend les secours. Une femme perdue au milieu des décombres, seule, l’air hagard. Quand vont-ils arriver ? Que peut-elle espérer ? Que puis-je faire ? Je suis assis à la terrasse d’un café par une belle matinée ensoleillée, le ciel de Paris est bleu. Je regarde une dernière fois la vidéo sur mon téléphone : le ciel de Téhéran n’est plus bleu.

Est-ce que le gouvernement arménien fait le nécessaire pour venir en aide aux Arméniens d’Iran et du Liban? Quel est l’état de leur situation à quelques semaines du déclenchement de la guerre israélo-américaine ? Les conséquences humaines de cette guerre pourraient être particulièrement lourdes pour les communautés arméniennes du Moyen-Orient. L’Iran abrite une ancienne communauté concentrée à Téhéran, en moindre mesure à Tabriz et Ispahan, qui a historiquement bénéficié d’une certaine stabilité. Un effondrement de l’État iranien provoquerait probablement un exode massif, y compris parmi les Arméniens. Le Liban constitue un autre foyer de vulnérabilité. L’escalade militaire entre Israël et le Hezbollah entraîne des frappes sur le territoire libanais et provoque des déplacements massifs de population. Les Arméniens du Liban, qui ont déjà subi la crise économique et l’explosion du port de Beyrouth, pourraient être confrontés à une nouvelle vague d’instabilité. Face à ces risques, une question centrale se pose : l’État arménien est-il prêt à accueillir et à protéger les populations arméniennes susceptibles d’être déplacées par ce conflit ? Jusqu’à présent, les initiatives du gouvernement semblent limitées. Aucune déclaration de solidarité, aucun message, si ce n’est les efforts considérables déployés par les ambassades d’Arménie aux Émirats arabes unis et à Oman pour évacuer les ressortissants arméniens bloqués à Dubaï et à Abu Dhabi. Il n’existe pas de stratégie clairement visible visant à organiser un éventuel accueil de réfugiés ou à mobiliser les ressources de la Diaspora. Cette situation rappelle une faiblesse structurelle de la politique arménienne contemporaine. Malgré l’importance démographique et historique de la Diaspora, l’État arménien peine à élaborer une politique cohérente à son égard, notamment en situation de crise. Dans ce contexte de bouleversement régional, la voix du catholicos Aram Ier de la Grande Maison de Cilicie s’est élevée avec une gravité particulière. Le 3 mars 2026, le bureau de presse du Catholicossat publiait une déclaration d’une sobriété alarmante : “ La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a effectivement englobé l’ensemble du Moyen-Orient. Elle a entraîné des morts, la panique, l’incertitude et une anxiété généralisée. Les communautés arméniennes des pays du Moyen-Orient ont naturellement été affectées, à des degrés divers, par les conséquences de cette guerre ”. Une session extraordinaire de l’Administration nationale centrale a été convoquée sous sa présidence. Sa Sainteté Aram Ier a lui-même tenté, avec difficulté, de prendre contact avec le primat du diocèse arménien de Téhéran, Mgr Sebouh Sargsyan, et les dirigeants de la communauté arménienne le matin du 16 juin 2025, lors de la première grande offensive, pour s’assurer que la communauté n’avait pas été directement touchée. Mais la situation a depuis considérablement évolué. Les représentants de la Grande Maison de Cilicie peinent à établir un contact régulier avec les trois diocèses en Iran (Téhéran, Tabriz et Ispahan) depuis le déclenchement des opérations américano-israéliennes de mars 2026. Cette rupture du lien pastoral entre le Catholicossat et ses fidèles iraniens dit, à elle seule, l’ampleur du chaos en cours. Depuis le déclenchement des hostilités, les autorités arméniennes ont été incapables de contacter les Arméniens d’Iran, les communications mobiles ayant été restreintes et même les connexions satellitaires Starlink brouillées. En Iran : une communauté stable mais sous pression Pour l’instant, les informations provenant des responsables communautaires indiquent que les Arméniens n’ont pas subi de pertes humaines directes liées aux frappes et aux tensions militaires. Toutefois, plusieurs incidents ont été signalés. Le bâtiment du quotidien arménien Alik, principal organe de presse de la communauté arménienne de Téhéran fondé en 1931, a été endommagé lors d’explosions à proximité. Les responsables communautaires signalent également des dégâts matériels dans certains quartiers où vivent des Arméniens, des coupures d’internet et de communications qui compliquent les contacts avec l’extérieur et une atmosphère d’incertitude liée à l’évolution du conflit. La plupart des familles arméniennes restent cependant chez elles et tentent de poursuivre une vie quotidienne relativement normale, contrairement aux Arméniens vivant dans certaines zones directement exposées à la guerre au Moyen-Orient. Autre élément notable : les autorités arméniennes chargées de la Diaspora indiquent ne pas avoir reçu de demandes massives d’évacuation vers l’Arménie, ce qui montre que la communauté ne se trouve pas dans une situation d’exode. La presse arménienne d’Iran, notamment Alik, insiste également sur la loyauté civique des Arméniens envers l’État iranien et sur leur participation à la société iranienne. Ce discours traditionnel vise à éviter toute suspicion envers la minorité chrétienne dans un contexte de tension géopolitique. En revanche, les inquiétudes sont fortes sur le plan économique et social. Les sanctions internationales, la perturbation des échanges et l’instabilité politique fragilisent les entreprises arméniennes, souvent actives dans le commerce, l’artisanat et les professions libérales. Au Liban : la guerre aggrave une crise déjà profonde La situation paraît tout aussi préoccupante au Liban. La communauté arménienne libanaise, qui comptait encore 150 000 personnes dans les années 1970, a été profondément affectée par la crise économique déclenchée en 2019. Aujourd’hui, les estimations tournent plutôt autour de 70 000 à 90 000 personnes. Un chiffre revu continuellement à la baisse en raison des secousses multiples qui ébranlent le pays depuis la crise de 2019. La guerre actuelle survient dans un pays déjà en situation de quasi effondrement économique. Pour les Arméniens du Liban, cela signifie que les institutions communautaires fonctionnent dans des conditions extrêmement précaires. Les écoles arméniennes ont vu leurs effectifs diminuer en raison de l’émigration. De nombreuses familles dépendent désormais de l’aide des leurs à l’étranger pour payer les frais scolaires ou médicaux. Les écoles ont fermé, puis rouvert, sans que les enfants en état de stress ne puissent retourner dans leurs salles de classe en masse. À Bourdj-Hammoud, la population vit au rythme des drones et des bombes israéliens lâchés à quelques kilomètres seulement et dans la crainte d’une extension des bombardements. Les commerces, ateliers et petites entreprises arméniennes en subissent déjà les effets, comme la baisse de l’activité économique, la perturbation des transports et l’augmentation du coût des produits importés. Les responsables communautaires craignent qu’une nouvelle guerre pousse une autre vague de départs, ce qui affaiblirait encore davantage la présence arménienne dans un pays qui a longtemps été l’un des poumons de la Diaspora.
