Grand-messe européenne à Erévan

L’organisation à Erévan de deux sommets vantant les perspectives de développement des relations arméno-européennes ne saurait occulter ni les tensions politiques en Arménie, ni la fragilité du processus de paix arméno-azerbaïdjanais, ni les droits des Arméniens d’Artsakh. 


PAR VAROUJAN MARDIKIAN


Plus de 40 chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que les principaux dirigeants européens ont participé les 4 et 5 mai, à Erévan, au huitième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) puis au premier sommet Union européenne – Arménie, voués à célébrer le tournant pris par les relations entre Bruxelles et Erévan. Les présidents français Emmanuel Macron et ukrainien Volodymyr Zelensky, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, les Premiers ministres britannique Keir Starmer et géorgien Irakli Kobakhidze, notamment, ont été de la partie aux côtés des leaders de l’Union – le président du Conseil européen Antonio Costa, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas. Et pour la première fois en quatre ans d’existence, un sommet de la CPE a accueilli le Premier ministre canadien, Mark Carney – signe de la volonté de l’UE de discuter avec les partenaires susceptibles d’incarner une alternative aux Etats-Unis de Donald Trump.


En revanche, on a noté l’absence du Chancelier allemand Friedrich Merz, qui a invoqué un emploi du temps chargé, mais aussi celle du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a néanmoins envoyé le vice-président Cevdet Yilmaz. Le chef de l’Etat azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a participé au sommet par visioconférence.

 Le sujet principal inscrit à l’ordre du jour de ce premier sommet de la CPE organisé à Erévan portait sur les défis auxquels l’UE et le monde sont confrontés, sachant que la guerre en Ukraine et en Iran a complexifié les préoccupations sécuritaires, économiques et énergétiques de l’Union. Pour Kaja Kallas, la tenue de ce sommet en Arménie en période de guerre démontre l’importance du Caucase. “ Nous parlons de connectivité, mais aussi de résilience face aux menaces ”, a-t-elle souligné. Dans ce contexte international troublé, le président de la Commission européenne, Antonio Costa, a salué “ le courageux chemin géopolitique emprunté par l’Arménie ” et indiqué que le choix du lieu du sommet avait été rendu possible par les accords arméno-azerbaïdjanais conclus en août 2025 à Washington. 



“ La paix est désormais revenue avec l’Azerbaïdjan, a renchéri Nikol Pachinian. C’est la première fois que le président azerbaïdjanais participe à un événement organisé en Arménie, même si c’est à distance. J’espère avoir l’occasion de me rendre en Azerbaïdjan en 2028, lors du 12e sommet de la CPE. ”


  Un changement “ historique ” dans la perception de l’Arménie


Le lendemain 5 mai, Erévan a accueilli le premier sommet UE-Arménie de l’histoire, qui marquera une nouvelle étape dans les relations bilatérales. Deux de ses principaux acteurs, Nikol Pachinian et Ursula von der Leyen, en ont dressé le bilan.

D’emblée, Nikol Pachinian manie l’ironie : “ Il existe dans notre réalité une perception historique selon laquelle l’Arménie occupe une position géographique défavorable, voire parfois catastrophique ; il est donc très symbolique d’entendre nos partenaires de l’UE affirmer aujourd’hui que l’Arménie bénéficie d’une excellente position géographique, située entre l’Est et l’Ouest, sur la voie la plus courte les reliant ”. Il y voit un “ tournant historique ”, dans la mesure où “ cette même position, qui servait autrefois à expliquer tous nos problèmes, va servir à mettre en œuvre notre vision d’un pays souverain, libre, prospère et sûr ”. Dans le même registre, il fait observer que l’UE a adopté aujourd’hui une déclaration invitant les entreprises à investir dans l’économie arménienne, alors que depuis son indépendance, le pays a toujours été perçu comme une “ zone d’investissement à risque ”.


Et certains clichés s’effondrent. “ Longtemps considérée comme un pays aux ressources énergétiques limitées, voire dépourvu de ressources, l’Arménie a naturellement été classée parmi les pays énergétiquement dépendants, souligne Nikol Pachinian. Or, il s’avère que le pays possède des ressources énergétiques illimitées, grâce à certaines régions qui connaissent plus de 300 jours d’ensoleillement par an. ” Cela ouvre des perspectives très prometteuses pour le développement de l’énergie solaire en Arménie. “ Ce qui nous manque, ce sont des installations de stockage ”, déplore le Premier ministre, qui remercie ses partenaires de l’UE d’exprimer leur volonté de soutenir l’Arménie dans la construction de telles installations. Citant également la coopération arméno-européenne visant à développer des technologies de production d’hydrogène vert, il se dit convaincu qu’avec une architecture adaptée, l’Arménie peut “ non seulement atteindre l’autosuffisance énergétique, mais aussi développer davantage son potentiel d’exportation d’énergie ”.


D’où le “ rôle primordial ” dévolu à la connectivité des transports, car l’Arménie peut, en coopération avec ses voisins, s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement internationales, notamment aux transports ferroviaires et routiers. Sans oublier que dans la terminologie actuelle, le terme de « transports » englobe également la transmission de connexions Internet et d’électricité.

Sur un plan politique, Nikol Pachinian revient sur la question du processus d’adhésion de l’Arménie à l’UE : il rappelle que la loi adoptée l’an dernier est le fruit d’une “ initiative lancée par la société civile, rejointe ensuite par la majorité politique pour acquérir force de loi ”, ce qui constitue une “ incitation supplémentaire à insuffler un nouvel élan aux réformes démocratiques et institutionnelles, afin d’obtenir au plus vite le statut de pays conforme aux normes de l’UE ”. Lorsque cet objectif sera atteint, deux options s’offriront à l’Arménie : “ Si nous sommes acceptés comme membres de l’UE, nous en serons ravis ; dans le cas contraire, nous serons néanmoins gagnants, car la République d’Arménie répondra aux normes européennes, avec tous les avantages que cela implique. ”


Les quatre priorités d’Ursula von der Leyen


“ Ce premier sommet UE-Arménie arrive à point nommé, dans un contexte géopolitique en pleine mutation, pour donner une nouvelle dimension à notre partenariat unique, en s’appuyant sur quatre priorités clés ”, souligne la présidente de la Commission européenne. La première est la connectivité : Bruxelles et Erévan viennent de signer un document de partenariat dans lequel les transports représentant le “ premier pilier ”. “ Rares sont les pays qui bénéficient d’une position aussi unique que l’Arménie, fait observer Ursula von der Leyen. Votre initiative « Carrefour de la paix » a le potentiel pour relier l’Europe au Sud-Caucase et à l’Asie centrale, et de faire de l’Arménie une plaque tournante majeure du transport. ”


L’UE est prête à œuvrer “ à la restauration et à la reconstruction des points de passage frontaliers, dès leur réouverture avec [les] pays voisins de [l’Arménie] ”. Elle soutiendra l’intégration de l’Arménie aux principaux axes de transport, tels que “ le corridor transcaspien, qui revêt une importance stratégique pour l’Europe ”, compte tenu de la croissance de ses échanges commerciaux avec le Sud-Caucase.


Deuxième pilier : l’énergie. Le développement rapide de l’énergie solaire en Arménie témoigne de son “ engagement à diversifier son secteur énergétique ”. La volonté de l’UE de soutenir les projets visant à renforcer la sécurité énergétique du pays se traduit par “ un investissement de 25 millions d’euros dans la construction du réseau électrique du Caucase et d’installations de stockage d’énergie afin de garantir la sécurité d’approvisionnement de l’Arménie ”. 

Le troisième pilier de cette stratégie, c’est “ l’écosystème émergent exceptionnel ” que possède l’Arménie dans les domaines de l’intelligence artificielle et de l’ingénierie. Ursula von der Leyen encourage les entreprises européennes à investir en Arménie, où “ les talents et les opportunités abondent ”. Elle révèle que plusieurs lettres d’intention avec des entreprises arméniennes majeures ont été signées à Erévan, en marge des sommets.


La deuxième priorité a trait au renforcement de la coopération dans le domaine de la sécurité. Le partenariat européen “ aidera l’Arménie à contrer les menaces hybrides, les ingérences et la désinformation ”. La troisième concerne la coopération en matière de politique des visas et d’affaires intérieures. Le processus de libéralisation des visas est sur de bons rails, indique Ursula von der Leyen, qui se réjouit “ du travail accompli et des progrès réalisés depuis novembre dernier ”.


Quatrième priorité : le soutien économique et la résilience sociale. Ursula von der Leyen compte sur le Plan de résilience et de croissance pour l’Arménie, lancé il y a deux ans et doté d’un budget de 270 millions d’euros, pour “ mobiliser 2,5 milliards d’euros d’investissements supplémentaires destinés à aider les entreprises arméniennes à innover, conquérir de nouveaux marchés et se développer ”. L’UE investit “ dans la formation et l’emploi, ainsi que dans le déminage, essentiel à la sécurité ”. Elle apporte également “ un soutien indispensable, notamment en matière de logement, aux personnes déplacées du Karabagh ”.


L’opposition arménienne tire la sonnette d’alarme


En mentionnant ce soutien aux Artsakhiotes réfugiés en Arménie, Ursula von der Leyen aura ressorti des placards européens, juste l’espace d’un instant, le fantôme du Karabagh. La question de l’Artsakh restera la principale absente des deux journées de grand-messe européenne célébrées à Erévan, si l’on excepte la dénonciation par Ilham Aliev, en visioconférence, des “ criminels de guerre ” condamnés il y a quelques mois par le tribunal de Bakou (lire p. 39), ainsi que les mots d’Emmanuel Macron concernant “ la libération des prisonniers et le respect du patrimoine religieux et culturel ”, dans le cadre du “ dialogue avec l’Azerbaïdjan ” (lire p. 11).


L’opposition arménienne a saisi ce moment politique pour organiser des manifestations destinées à attirer l’attention des dirigeants européens et internationaux. Les partisans de l’alliance Hayastan ont défilé du centre d’Erévan au complexe sportif Karen Demirdjian, où se tenait le sommet. “ Les événements de haut niveau prévus en Arménie offrent une occasion précieuse de soulever des questions cruciales pour notre peuple et notre Etat, telles que la libération de nos prisonniers détenus à Bakou et la fin de l’occupation des territoires arméniens ”, souligne Hayastan dans son communiqué publié à la veille de l’ouverture du sommet.

L’alliance a dénoncé en outre le calendrier choisi pour sa tenue. “ L’organisation de tels événements dans un contexte politique intérieur tendu, à quelques semaines seulement des élections nationales, sera inévitablement présentée par les autorités arméniennes comme un soutien extérieur, tandis que les acteurs politiques européens s’immisceront de fait directement dans les processus politiques internes de l’Arménie. Or l’intérêt des autorités arméniennes ne réside pas dans le développement concret des relations Arménie-UE, mais dans l’instrumentalisation des acteurs politiques européens au sein de leurs processus politiques internes ”.


Hayastan déplore que les déclarations des représentants de l’exécutif de l’UE “ ne font que renforcer [ses] inquiétudes quant au soutien européen dont semblent bénéficier les manœuvres des autorités arméniennes ”, et appelle les délégations de haut niveau en visite en Arménie à aborder le développement des relations arméno-européennes en se fondant “ sur les intérêts supérieurs de cette relation, et non sur l’opportunisme politique visant à soutenir un gouvernement arménien de leur choix ”. L’alliance prédit que “ le recul des processus démocratiques, les violations de l’Etat de droit et les atteintes aux libertés politiques dont sont responsables les autorités arméniennes rendront de plus en plus difficile le maintien de cette « protection européenne » ”, non sans constater qu’“ une attitude passive face à ces violations, motivée par des calculs politiques – y compris de la part de nos partenaires européens – a conduit à une augmentation sans précédent du nombre de prisonniers politiques en Arménie ”. Dans ce contexte, l’alliance espère que la seconde mission civile vouée à être déployée en Arménie “ respectera pleinement son mandat et sera guidée par le principe d’inclusion politique, en veillant à ce que les voix de l’opposition soient entendues ”. 

Au final, la coopération euro-arménienne semble s’articuler pour les prochaines années autour de la connectivité, de l’énergie et des infrastructures numériques – trois grands axes dont personne ne songerait à contester l’importance pour l’économie arménienne. Ces perspectives a priori prometteuses sont pourtant assombries par la polarisation croissante qui mine la société arménienne et par l’absence d’un système de sécurité élaboré par les Puissances pour restaurer puis défendre l’intégrité territoriale de l’Arménie. Une catastrophe politique intérieure ou une étincelle en provenance de Bakou ou d’Ankara, qu’il serait malvenu d’exclure, pourrait bien compromettre la réalisation de ces objectifs économiques et commerciaux, quand bien même ils suscitent aujourd’hui un enthousiasme débordant au sein des exécutifs européen et arménien. 


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
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Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
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Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
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Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
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Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.