Emmanuel Macron : “ L’Arménie du XXIe siècle se tourne vers l’Europe ”

Jamais depuis l’indépendance de l’Arménie, les relations entre nos deux pays n’avaient été si intenses, si confiantes ” : Emmanuel Macron a rendu un hommage appuyé, le 4 mai, devant la communauté française d’Arménie, à tous ceux qui sont les “ artisans ” de la coopération bilatérale.

Par Varoujan MARDIKIAN



Mais en cette période troublée, la contribution française au développement du secteur arménien de la Défense revêt une signification particulière que le président Macron a voulu souligner : “ Lorsqu’après 2020, beaucoup ont tourné le dos ou oublié ce qui se passait ici, la France a décidé de construire une relation militaire qui n’existait pas jusqu’alors. L’Arménie reconstruit son armée et nous l’aidons. Nous formons, nous équipons, nous conseillons les soldats arméniens et c’est une innovation de la relation bilatérale des dernières années. On nous l’a parfois reproché dans le voisinage. On nous l’a parfois fait payer dans le voisinage. Et nous avons souvent été seuls parmi les Européens à le faire. ”

Le président français inscrit cette action dans le cadre de la reconfiguration des équilibres géopolitiques survenue dans le Sud-Caucase depuis la Guerre de 2020. “ On s’était habitués pendant des décennies à ce que l’Arménie […] soit en quelque sorte un satellite de la Russie. […] Nous, en 2020, nous nous sommes mobilisés pour l’aide humanitaire, ensuite pour aider militairement. Mais regardons lucidement qui était là aux côtés de l’Arménie : la France, autant qu’elle l’a pu ; mais la Russie n’était pas là. Et elle ne sera pas là demain, sauf à demander une nouvelle dépendance. […] Avec la Révolution de Velours et l’avènement des nouveaux dirigeants, l’Arménie a fait le choix, en quelque sorte, de la majorité géopolitique, de sortir de cette entrave et de se tourner vers l’Europe. On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas, nous, Français ”. Le sommet d’Erévan de la Communauté politique européenne “ ne se serait jamais tenu avec des dirigeants arméniens à la main des Russes ou ambigus avec la Russie ”.
    “ Mais il y a quand même toujours 4 000 soldats russes sur le territoire arménien, dont plus de 1 000 gardes-frontières, rappelle Emmanuel Macron. Il faut donc que l’Europe s’engage pour aider ce pays à tenir ses frontières de manière plus indépendante. […] Si on veut que cette Arménie du XXI
e siècle se construise dans cette région, indépendamment de la Russie, dans la paix et la stabilité, je crois pouvoir vous dire que le choix des dirigeants actuels est le seul choix raisonnable. Ça ne veut pas dire, pour autant, qu’il n’importe pas d’avoir de l’exigence. C’est le dialogue que nous voulons conduire avec la Turquie, avec l’Azerbaïdjan [sur] la libération des prisonniers, le respect du patrimoine religieux et culturel. ”

Et si le président français a “ salué la paix de Washington en août dernier ”, il a fait néanmoins une mise au point pour souligner le rôle joué par l’Europe dans ce processus : “ Ce chemin [vers la paix], nous l’avons commencé en obtenant à Prague, pendant une nuit [le 6 octobre 2022], de cette même Communauté politique européenne, la reconnaissance pour la première fois par l’Azerbaïdjan des frontières d’Alma-Ata [celles héritées de feu l’URSS], indispensable pour la stabilité. […] On a parfois reproché au Premier ministre Pachinian, cette même nuit, d’avoir abandonné le Nagorno-Karabagh, oubliant ce faisant qu’à deux reprises auparavant, le président Poutine l’avait déjà fait. Il [Pachinian] a eu raison de suivre ce chemin. ”

Et d’ajouter : “ Nous voulons participer à l’aventure de l’Arménie du XXIe siècle, une Arménie qui ne dépend plus de la Russie, mais se tourne pleinement vers l’Europe et est au cœur de cette communauté politique européenne, une Arménie qui veut la paix, la stabilité durable et une Arménie de la prospérité, qui la construit par elle-même à travers des partenariats choisis et des alliés fiables comme la France. ”


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