Une impulsion décisive aux relations franco-arméniennes

A l’issue du sommet de la Communauté politique européenne tenu à Erévan, Emmanuel Macron a effectué une visite d’Etat en Arménie. Paris et Erévan ont signé à cette occasion un document portant sur l’établissement d’un “ partenariat stratégique ”.


PAR VAROUJAN MARDIKIAN


D’une pierre deux coups : après avoir encouragé les aspirations européennes de l’Arménie dans le cadre du sommet de la Communauté politique européenne (CPE), le président français Emmanuel Macron a fait franchir un cap aux relations franco-arméniennes, à la faveur de sa visite d’Etat des 4 et 5 mai. Une nouvelle page s’ouvre dans la coopération bilatérale, élevée au rang d’un “ partenariat stratégique ” fondé sur “ le respect des principes de souveraineté, d’égalité, d’intégrité territoriale des Etats, des valeurs démocratiques, des droits de l’Homme, des libertés fondamentales et de l’Etat de droit, dans un cadre de respect mutuel et de bénéfice réciproque ”.


Le document signé le 5 mai par Emmanuel Macron et Nikol Pachinian rappelle que selon la “ déclaration d’intention ” signée le 26 mai 2025, à Erévan, par les chefs des diplomaties française et arménienne, les deux ministères des Affaires étrangères tiendront “ des consultations politiques régulières, au moins une fois par an, afin de poursuivre l’approfondissement de leurs relations bilatérales et d’échanger sur les sujets d’intérêt commun ”. Erévan et Paris “ échangeront sur l’approfondissement de la relation de l’Arménie avec l’Union européenne (UE), en particulier sur le fondement de l’Accord sur le Partenariat global et renforcé entre l’Arménie et l’UE et du nouvel Agenda stratégique du partenariat UE-Arménie ”.


En matière de défense, les deux pays inscriront leur partenariat “ dans une perspective de long terme ”. Ils développeront leur coopération industrielle, qui pourra faire l’objet “ d’accords spécifiques entre des entreprises de l’industrie de défense et des organismes de recherche arméniens et français ”. On retiendra également “ l’approfondissement de la coopération dans les enceintes internationales sur les questions liées à la sécurité internationale et régionale ”, ainsi que “ le soutien de la France à l’élargissement de la participation arménienne aux missions internationales de maintien de la paix ”.


Paris et Erévan vont coopérer dans les domaines de la cybersécurité, par le biais “ d’échanges avec les administrations compétentes et l’approfondissement de partenariats avec le secteur privé ”, ainsi que de l’intelligence artificielle et du numérique, dans le cadre de programmes visant à “ accroître la maturité numérique des entreprises afin d’améliorer leurs compétences numériques, de renforcer leurs capacités technologiques et de favoriser l’utilisation de solutions d’intelligence artificielle des entreprises ”.     


Les relations économiques et commerciales vont s’élargir dans de nombreux secteurs : infrastructures et transports durables, agriculture et sécurité alimentaire, santé, innovation et numérique, intelligence artificielle, semi-conducteurs, aérospatiale, traitement des déchets, énergies renouvelables, nucléaire civil, minerais et métaux critiques, irrigation et services financiers. Les projets de connectivité régionale (1), en particulier l’initiative arménienne « Carrefour de la paix », le projet TRIPP des Etats-Unis et la stratégie « Global Gateway » de l’UE, font l’objet d’un soutien sans réserve.


Sur les enjeux globaux, les deux pays veulent “ atteindre les objectifs de développement durable, encourager l’innovation et assurer la transition écologique et énergétique vers une économie verte ”. Face au changement climatique, ils réaffirment leur détermination à “ atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris du 12 décembre 2015 ”. Ils mettront en œuvre “ la décision du bilan mondial adoptée à la COP28 sur la transition hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques ”, et la France soutiendra l’Arménie pour la préparation et la réussite de la dix-septième Conférence des Parties à la Convention sur la Diversité biologique (COP17), qui se tiendra du 18 au 30 octobre 2026 à Erévan.


En matière d’éducation, de sciences et de culture, la coopération sera renforcée entre les universités, les écoles et les établissements de formation professionnelle, en favorisant la mise en œuvre de programmes d’échange, de formations et d’ateliers spécialisés. La coopération universitaire connaîtra un essor par le développement de “ programmes de double diplôme ou de diplôme conjoint, notamment dans le cadre de l’Université française en Arménie ”. Paris et Erévan soutiendront “ l’enseignement de la langue française en Arménie et de la langue arménienne en France ”, accompagneront le développement du Lycée international français Anatole France, “ pilier de la coopération éducative entre les deux pays ”, et encourageront “ la traduction et la publication d’ouvrages arméniens en France et d’ouvrages français en Arménie ”.


Enfin, l’Arménie et la France favoriseront le développement de la coopération décentralisée dans les domaines économique, agricole, touristique, culturel, éducatif et sanitaire (2). Des assises de la coopération décentralisée seront organisées, “ alternativement en Arménie et en France, au moins tous les trois ans ”.

Les autres temps forts


La veille de la signature de ce document, le 4 mai, Emmanuel Macron s’est adressé à la communauté française d’Arménie (lire l’encadré ci-dessous), avant de participer au dîner d’Etat donné en son honneur par le président Vahagn Khatchatrian et le Premier ministre Nikol Pachinian. 


La journée du 5 mai a débuté par un moment de recueillement au mémorial de Dzidzernagapert, avant la visite du Maténadaran, l’Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens. Le président français s’est rendu ensuite au « Yerevan Dialogue Forum ». S’adressant à Nikol Pachinian, il a vanté la croissance arménienne, qui “ montre la force de votre modèle ” fondé sur “ le cycle vertueux de la paix et de la prospérité ”. Il a émis l’espoir que le Sud-Caucase puisse retrouver “ une forme de centralité entre l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient ”, et a appelé les voisins de l’Arménie à avoir “ l’audace de suivre le mouvement ” initié par Nikol Pachinian, en ouvrant les frontières. Emmanuel Macron a ensuite été accueilli au Palais présidentiel par Nikol Pachinian, pour participer à une conférence de presse conjointe suivant la cérémonie de signature de l’accord sur le partenariat stratégique.


L’après-midi, le président français a quitté Erévan pour Gumri, où il a rencontré de jeunes écoliers, déposé une gerbe au monument dédié aux victimes du séisme du 7 décembre 1988, et assisté pour conclure sa visite d’Etat à un concert franco-arménien qui lui a donné l’occasion d’aller à la rencontre de la population locale.


(1) Les groupes français Vinci et Razel-Bec ont signé une déclaration d’intention pour la participation à la réalisation du tunnel stratégique de Bargushat (une localité de la province du Syunik) sur l’axe routier nord-sud en Arménie.


(2) Emmanuel Macron a précisé que l’Arménie se trouvait “ au quatrième rang des pays bénéficiaires du soutien des collectivités territoriales françaises, ce qui, rapporté au nombre d’habitants, fait [d’elle], de très loin, le premier pays bénéficiaire par tête ”.



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    Visite du Madenataran guidé par le Professeur Jean Pierre Mahé

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    Les co-présidents du CCAF Ara Toranian et Mourad Papazian étaient les invités du Président de la République pour ce déplacement en Arménie

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    Bain de foule à Erevan, l'amitié Franco Arménienne réaffirmée

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    Avec le Président arménien au mémorial de Dzizernagapert

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par Varoujan MARDIKIAN 31 mai 2026
Ankara autorise la reprise du commerce direct avec l’Arménie, à moins d’un mois des législatives arméniennes.
par Varoujan MARDIKIAN 31 mai 2026
L’organisation à Erévan de deux sommets vantant les perspectives de développement des relations arméno-européennes ne saurait occulter ni les tensions politiques en Arménie, ni la fragilité du processus de paix arméno-azerbaïdjanais, ni les droits des Arméniens d’Artsakh.
par Varoujan MARDIKIAN 31 mai 2026
Jamais depuis l’indépendance de l’Arménie, les relations entre nos deux pays n’avaient été si intenses, si confiantes ” : Emmanuel Macron a rendu un hommage appuyé, le 4 mai, devant la communauté française d’Arménie, à tous ceux qui sont les “ artisans ” de la coopération bilatérale.
par MARIE-ANNE THIL 31 mai 2026
Arméno-Iranien, il est cruellement supprimé le 8 mai 1954 et son corps est jeté dans la rivière Jajrood, dans la province de Téhéran. Il meurt à 33 ans. Le grand poète, Ahmad Shamlou, lui consacre un éloge funèbre en 1954, « Vartan », qui résonne encore aujourd’hui. L’Iran des années 1950, raconte, Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, était représenté par “ Le Premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh, figure majeure de l'indépendance iranienne ” (1). L’Iran de Mohammad Mossadegh “ Mohammad Mossadegh demeure une figure emblématique de la lutte pour l'indépendance nationale iranienne. Son action la plus marquante fut la nationalisation de l'industrie pétrolière, jusque-là sous le contrôle de l'Anglo-Iranian Oil Company. Cette décision, motivée par la volonté d'accroître les bénéfices financiers et surtout d'affirmer la souveraineté du pays, entraîna une confrontation directe avec les puissances occidentales, notamment le Royaume-Uni et, par la suite, les États-Unis ”. En 1952, Mohammad Mossadegh entreprend la nationalisation du pétrole. La même année, le 20 juillet, la direction du parti Tudeh (2), adresse une lettre ouverte au Premier ministre, appelant le gouvernement à cesser tous les accords d’assistance militaire et technique des Etats-Unis et à rompre les relations diplomatiques. Le lendemain, une manifestation de 40 000 participants est organisée par le Tudeh pour soutenir cette lettre ouverte. A partir d'août 1953, le Tudeh est combattu d'une manière implacable. Mohammad Mossadegh est éloigné du pouvoir à la suite d'un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains : l'opération Ajax (3) qui durera quatre jours (15 – 19 août 1953). Elle conduit à son évincement le 19 août 1953 par un coup d'État. Le shah, Mohammad Reza Pahlavi, est mis sur le trône et devient un proche allié de Washington jusqu'à son renversement lors de la révolution islamique de 1979. A partir de la fin août 1953 : “ 5 000 membres du Tudeh sont arrêtés, quarante d'entre eux exécutés, 2 000 sont condamnés à la prison à vie ” (4). Mohammad Reza Pahlavi peut reprendre le pouvoir et rétablir un régime fort, interdisant la plupart des partis politiques. La SAVAK (5), agent de torture du shah, Mohammad Reza Pahlavi Selon le professeur universitaire, Ervand Abrahamian, dans un livre publié en 1999 intitulé : Tortured Confessions - Prisons and Public Recantations in Modern Iran, “ la SAVAK, officiels services secrets mais officieuse police politique, est chargée de surveiller et de réprimer au nom de la sûreté de l'État, mise en place avec l'aide des services secrets américains et du Mossad. La SAVAK reçut “ carte blanche ” pour torturer les dissidents – présumés – avec une « force brute » qui, au cours des années, « augmenta considérablement », et près de 100 personnes furent exécutées pour des raisons politiques au cours des 20 dernières années du règne du Shah ”. Ervand Abrahamian relate aussi la torture : “ Parmi les victimes, la plupart décédées d'hémorragies cérébrales, figuraient, entre autres, Galoust Zakharian, intellectuel arménien décrit comme le « théoricien le plus brillant » du parti et Vartan Salakhanyan, autre intellectuel arménien, dont Ahmad Shamlu, le plus grand poète du pays, fit l'éloge funèbre, le présentant comme un martyr héroïque qui préféra mourir plutôt que de trahir ses camarades ”. Entre 1953 et 1957, les forces de sécurité appréhendent 4 121 membres du parti Tudeh, dont 477 appartiennent aux forces armées. Vartan Salakhanyan, le printemps assassiné Né pendant l’hiver 1931 à Tabriz, il meurt au printemps 1954. Après ses études primaires et secondaires, il s'installe à Téhéran avec sa famille en 1942. Il s'engage dans le seul mouvement de gauche organisé de l'époque, le parti Tudeh, auquel il adhère officiellement en 1952. Après le coup d'État du 19 août 1953, Vartan poursuit ses activités clandestinement. Lorsqu’il est arrêté le soir du 26 avril, il transporte des publications du parti dans sa voiture. Il est emprisonné dans la prison de Qasr, le lieu de détention le plus ancien et tristement célèbre d’Iran pour les prisonniers politiques, après le coup d'État du 19 août 1953. Il est torturé pour livrer les noms des autres membres et l’adresse de l’imprimerie. Il ne parle pas. Le poète et dramaturge, Ahmad Shamlou, emprisonné lui aussi, raconte : “ Malgré les tortures infligées, Vartan garda le silence. Ses interrogateurs reconnurent plus tard qu'il leur avait déclaré : « Je sais, mais je ne dirai rien ! »”. Une promesse qu'il tint jusqu'au bout. Le poète raconte que Vartan avait été torturé si violemment que son visage était marqué par de profondes brûlures. Son corps, violemment défiguré, a été jeté dans la rivière Jajrood, le plus grand fleuve de la province de Téhéran. Profondément marqué par la résistance de Vartan, Ahmad Shamlou compose le poème « Vartan », en prison, pour le célébrer. Il change l’intitulé en « Nazli » à cause de la censure mais il précise en note de bas de page le nom de Vartan Salakhanyan, à qui le poème est dédié. Selon Ervand Abrahamyan : “ Les gauchistes, y compris les opposants au Tudeh, récitaient l'ode à Vartan de Shamlu, même dans les années 1980 ”. Le 8 mai 2022, parut un article : « Comrade Martyr : Vartan Salakhanian | The voice of the people » (« Camarade martyr : Vartan Salakhanian – La voix du peuple »), publié par le journal du parti Tudeh. Il est tiré du livre Les Martyrs de masse, publié en 1982. “ Les bourreaux déployèrent toute leur force. Mais Vartan ne dit mot. Le secret de son tempérament, enfoui au plus profond de son cœur héroïque, demeurait inviolable. Alors, les bourreaux eurent recours à leur ultime stratagème. Tandis que le corps brisé de Vartan gisait sur le sol de la salle de torture, ils préparèrent une perceuse électrique. Le bourreau dit : « C'est ta dernière chance, si tu ne parles pas… »”. Vartan Salakhanian ne parla pas. (1) Il tente d'instaurer une démocratie laïque et de conserver une relative indépendance du pays face aux puissances étrangères. Son gouvernement introduit un ensemble de réformes sociales et politiques progressistes telles que la mise en place d'une sécurité sociale, le contrôle des loyers ou l'initiation de réformes agraires significatives. (Sources : Wikipédia). (2) Créé en 1941, le Tudeh fut l’un des plus importants partis communistes du Moyen-Orient. Doté d’une grande influence dans les milieux intellectuels et ouvriers, il fut à l’origine des premières manifestations qui firent tomber le Shah. (Sources : Wikipédia). (3) C’est une opération secrète menée en 1953 par le Royaume-Uni et les États-Unis, exécutée par la CIA avec le soutien du MI6 (Secret Intelligence Service), visant à renverser le Premier ministre d'Iran Mohammad Mossadegh. Après la chute de Mossadegh, Mohammad Reza Pahlavi met progressivement en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l'appui américain. (4) Ervand Abrahamian, Iran in Revolution: The Opposition Forces - MERIP Reports - No. 75/76, Iran in Revolution (Mar. - Apr., 1979). (5) Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, prédécesseur de l’actuelle DGSE), a aidé à établir et à former la SAVAK pendant ses premières années, au milieu des années 1950 et au début des années 1960. Selon une note déclassifiée de la CIA citant un rapport classifié du Comité des affaires étrangères du Sénat américain, la CIA a joué un rôle important dans la création de la SAVAK, en fournissant à la fois un financement et une formation. Le Shah a utilisé la SAVAK pour arrêter, emprisonner, exiler et torturer ses opposants. À son apogée, la SAVAK aurait employé environ 5 000 agents opérant sous la dynastie Pahlavi. (Sources : Wikipédia). Le poème « Vartan » d’Ahmad Shamlou dédié à Vartan Salakhanyan Vartan Sous la fenêtre de notre maison, le vieux lilas a fleuri. Dissipe tous tes doutes ! Ne lutte pas contre la Mort menaçante ! Être vaut mieux que ne pas être, surtout au printemps… Vartan ne dit mot : Glorieusement Il réprima sa colère et s’en alla… – « Vartan, dis quelque chose ! L’oiseau du silence attend que la progéniture d’une mort horrible éclose ! » Vartan ne dit mot : Comme le soleil, il se leva dans les ténèbres, se coucha dans le crépuscule de sang, et puis disparut… Vartan ne dit mot. Vartan était une étoile brillante, brilla un instant dans l’obscurité, et puis s’évanouit à jamais. Vartan ne dit mot. Vartan était une violette : Il s’épanouit et nous annonça la bonne nouvelle, « L’hiver est tombé » et puis disparut. - « Vartan, le printemps est arrivé et l’arbre de Judée est en fleurs ». Ahmad Shamlu - Prison de Qasr 1954.
par Harout MARDIROSSIAN 28 mai 2026
La visite d’Emmanuel Macron en Arménie avait tout pour être un geste fort : rappeler l’attachement de la France au droit international, dire que l’abandon du Haut-Karabagh par l’Europe était inadmissible, et promettre que la sécurité arménienne n’était pas négociable. Tout cela a bien eu lieu, avec en plus une communication bien orchestrée faite de bains de foule sincères, de jogging au petit matin dans les rues d’ Erevan et de chansonnettes accompagnées à la batterie par le Premier ministre arménien. Mais au bout du compte, qui peut croire à la fin de cette séquence, que l’Europe ou la France interviendraient directement si l’Arménie était attaquée par Bakou, Ankara, Moscou ou les trois à la fois. Personne de sérieux et c’est bien là le problème ! Avec l’Arménie, la France s’est trop longtemps crue quitte avec de nobles déclarations. Or l’Azerbaïdjan a imposé par la force un fait accompli avec la guerre des 44 jours, puis une « paix » dictée, puis un nettoyage ethnique pendant que Moscou se retirait et que l’Union européenne se contentait d’observer. Puis il y a eu la paix de TRUMP – une capitulation déguisée de l’Arménie – qui malgré sa méthode Coué de « carrefour de la paix » n’est vouée dans cette « paix » sous menaces imminentes qu’à devenir un satellite de la Turquie à qui les Etats-Unis et l’Europe entendent déléguer le contrôle du Sud-Caucase face à la Russie. Dans ce vide géopolitique, le Président français est arrivé à Erevan en grand avocat des principes, mais sans coalition, sans calendrier, sans instruments de contrainte. C’est encore là le problème ! Pire, la communication élyséenne semble parler à l’électorat français plus qu’aux Arméniens. Évoquer l’“ honneur ” et la “ fidélité ” ne compense pas l’absence de lignes rouges claires face à Ilham Aliev. Les livraisons françaises d’équipements, réelles mais limitées, restent fragmentaires, sans doctrine partagée avec les partenaires européens et sans possibilité d’intervention directe en cas d’agression. Cette ambiguïté s’inscrit dans une dérive plus large de la diplomatie française : l’esthétisation du courage politique. On « tient la ligne » en mots, mais on externalise le coût réel de la puissance, à Bruxelles, à l’OTAN, à des discussions interminables sur les « paramètres ». Le résultat est visible : l’Azerbaïdjan avance, la Russie se réinvente courtier cynique, la Turquie capitalise, et l’Arménie, amputée de ses illusions de parapluie russe, restera une fois de plus seule au pied du mur et c’est là un problème !  Emmanuel Macron sait pourtant qu’un signal crédible se mesure à son coût. Il aurait pu convertir la visite en pivot : annoncer une mission européenne élargie et durable à la frontière, conditionner des accords énergétiques avec Bakou au respect de paramètres vérifiables comme la libération des otages détenus, ou annoncer une résolution à l’ONU sur la protection des déplacés d’Artsakh, fût-elle bloquée, pour fixer un cadre normatif. Au lieu de cela, le Sommet de la communauté politique européenne et la visite d’Etat se sont transformés en une démonstration de soutien au maintien au pouvoir de Nikol Pachinian, si forte, qu’elle en est devenue gênante et peut-être même contre-productive. Un Premier ministre arménien qui, dès la séquence Europe et France achevée, a retrouvé ses accents d’autocrate vulgaire. Chaque jour, de nouveaux procès sont intentés aux partis d’opposition, des militants arrêtés. Chaque jour, des menaces sont prononcées en toute impunité à l’égard de citoyens. Chaque jour, des insultes sont proférées avec en toile de fond un racisme à l’égard des Arméniens d’Artsakh qui est à peine voilé. Nikol Pachinian surfe de nouveau sur un populisme assumé et mobilise l’ensemble de l’appareil de l’Etat pour assurer sa réélection. Et il le fait ouvertement car il sait que les observateurs européens fermeront les yeux sur toutes les violations du code électoral. Car comme l’avait dit Emmanuel Macron en 2022, un soir à Marseille : “ Le problème, c’est Nikol Pachinian ”.
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