Le « J’accuse » des prisonniers arméniens de Bakou

Les anciens dirigeants artsakhiotes jettent une lumière crue sur les agissements du pouvoir azerbaïdjanais à leur égard et renvoient sans ménagement les autorités d’Erévan à leurs responsabilités.


PAR VAROUJAN MARDIKIAN


Plusieurs anciens dirigeants artsakhiotes détenus par Bakou ont exprimé leur révolte, ces dernières semaines, face au calvaire que l’Azerbaïdjan leur fait subir, non sans stigmatiser la frilosité des autorités d’Erévan. Rouben Vardanyan, en particulier, a fait connaître ses doléances via une déclaration transmise lors d’une conversation téléphonique avec sa famille : les otages arméniens attendent depuis longtemps la visite de leurs proches, ainsi qu’un examen approfondi de leur situation par un organisme indépendant comme le Comité international de la Croix-Rouge. L’ancien ministre d’Etat de l’Artsakh a renvoyé Nikol Pachinian à ses “ responsabilités ” et fustigé “ l’inaction du gouvernement arménien face aux intérêts de ses citoyens détenus illégalement en Azerbaïdjan ”.

Du coup, Rouben Vardanyan a appelé la défenseure arménienne des droits de l’Homme, Anahit Manassian, à se rendre à Bakou en compagnie des familles des prisonniers arméniens afin d’examiner leurs conditions de détention. “ Malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays, des négociations économiques sont en cours avec des représentants arméniens physiquement présents à Bakou, a relevé Rouben Vardanyan. Dès lors, pourquoi les questions relatives à la vie, à la santé et aux droits des prisonniers ne figurent-elles pas à l’agenda officiel d’Erévan ? Et pourquoi aucun membre d’une quelconque délégation ne leur a-t-il jamais rendu visite ? ”


Il a ajouté avoir rencontré récemment la défenseure azerbaïdjanaise, Sabina Alieva, avec laquelle il a abordé les questions liées à la situation des détenus arméniens : les conditions de vie quotidiennes, les soins médicaux, les droits juridiques, les préoccupations humanitaires et les aspects diplomatiques. Selon Rouben Vardanyan, la possibilité d’une visite à Bakou de la médiatrice arménienne a été évoquée durant cet entretien, et la partie azerbaïdjanaise s’est déclarée prête à faciliter cette visite. Mais cette initiative est restée sans suite à ce jour.

Au final, Rouben Vardanyan a sollicité une réponse publique de la médiatrice arménienne sur trois questions essentielles : l’organisation d’une visite officielle à Bakou avec les familles des détenus ; les modalités d’une coordination avec la médiatrice azerbaïdjanaise sur les dimensions humanitaires ; les mesures qui ont déjà été prises pour défendre les droits des détenus arméniens depuis leur arrestation.


La médiatrice arménienne n’ira pas à Bakou


La réponse de la médiatrice arménienne résonne comme un refus d’accéder aux demandes de Rouben Vardanyan, puisqu’Anahit Manassian a souligné le 22 avril n’avoir reçu “ aucune proposition officielle ” de Bakou ni “ aucune confirmation ” de la volonté des autorités azerbaïdjanaises d’organiser cette visite. Elle a fait valoir en outre qu’elle n’avait aucun mandat pour inspecter les conditions de détention dans un pays étranger.

Face à cette fin de non-recevoir, Rouben Vardanyan a intensifié ses critiques à l’égard du gouvernement arménien, qu’il a accusé le 7 mai de n’avoir mis en place “ aucun mécanisme de communication durable et cohérent avec [les prisonniers], ni par l’intermédiaire de pays tiers, ni à travers les ambassades des Etats représentés à Bakou ni via les organisations internationales ”. Il a précisé que nombre de prisonniers “ n’ont pas de vêtements décents ni les moyens d’obtenir ce dont ils ont réellement besoin. L’aide qui leur parvient est organisée de manière informelle, sans transparence ni prise en compte de leurs besoins réels. Envoyer des fruits secs à des personnes édentées, ce n’est pas de l’aide mais une humiliation ! ”. Et Rouben Vardanyan de rudoyer Nikol Pachinian : “ N’avez-vous pas honte ? N’éprouvez-vous aucune honte à recevoir un prix de la Fraternité humaine [ndlr : conjointement avec Ilham Aliev, le 4 février dernier aux Emirats arabes unis (cf. FA mars, pp. 6 à 8)], à parler de paix et à recevoir des applaudissements alors que des citoyens arméniens croupissent dans les prisons de Bakou sans protection adéquate, sans soutien systémique, sans assistance ni contrôle de leur propre Etat ? ” 


Sans doute inspiré par l’initiative de Rouben Vardanyan, l’ancien président du Parlement de l’Artsakh, Davit Ichkhanian, qui a rencontré le 5 mai la médiatrice azerbaï-djanaise Sabina Alieva, a demandé lui aussi à son homologue arménienne Anahit Manassian de rendre visite aux prisonniers en compagnie de leurs proches. Dans une déclaration diffusée le 6 mai par sa famille, il a dénoncé les “ violations flagrantes ” des droits de l’Homme et du droit international qui ont émaillé les procès des prisonniers arméniens. S’adressant au peuple arménien, il lui a souhaité de conserver “ sa force d’esprit, sa volonté et son unité en ces temps difficiles ”.

Enfin, Davit Babayan, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Artsakh, s’est exprimé à son tour via un message audio transmis à sa famille en Arménie et rendu public le 14 mai. “ Il ne s’agit pas d’un procès, mais d’une vendetta ethno-politique contre le passé et l’avenir du peuple arménien. Toutes les normes humanitaires, juridiques et internationales, et même la législation azerbaïdjanaise, ont été bafouées. J’appelle tous les Arméniens patriotes à s’unir et à défendre nos droits, car nous allons saisir la Cour internationale de Justice. ”

A cette fin, Davit Babayan a fait savoir que son appel formé fin février contre le verdict avait “ disparu ”, suggérant que les autorités de Bakou l’empêchaient délibérément de saisir un tribunal international, a priori la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Il a précisé que son avocat, commis d’office par le tribunal, l’en a informé le dernier jour de dépôt des requêtes.


La colère d’Ilham Aliev contre le Parlement européen


Ces appels à l’aide des prisonniers arméniens, révoltés par le sort que leur réserve le régime de Bakou, ne seront pas de trop pour entretenir la mobilisation de l’opinion publique et des organisations internationales autour de l’évolution de leurs conditions de détention et de leur état de santé. On a appris en effet que 16 des 19 prisonniers arméniens avaient été transférés récemment de leur cellule d’isolement de la Sécurité nationale au complexe pénitentiaire d’Umbak (1), réputé pour ses pratiques inhumaines envers les détenus. L’avocate Siranouche Sahakian, qui représente les prisonniers arméniens devant la CEDH, a précisé qu’à la suite de longues négociations, le Comité européen pour la prévention de la torture, rattaché au Conseil de l’Europe, avait effectué une brève visite en 2025 à la prison d’Umbak. Le rapport est prêt, mais l’Azerbaïdjan en bloque la publication.


Le Parlement européen s’est signalé le 30 avril, soit quatre jours avant la tenue à Erévan du sommet de la Communauté politique européenne (CPE) (lire pp. 5 à 9), par l’adoption à une très large majorité (476 voix pour, 47 contre et 48 abstentions) d’une résolution qui “ condamne la détention injuste par l’Azerbaïdjan de prisonniers de guerre, de détenus et d’otages arméniens, et exige leur libération inconditionnelle ”. Le Parlement européen, en outre, “ réaffirme soutenir les droits des Arméniens du Haut-Karabagh, notamment la protection de leur identité, de leurs biens et de leur patrimoine culturel, mais aussi celui d’un retour sécurisé, sans entrave et digne, sous réserve de garanties internationales appropriées ”. Enfin, quelques jours après la démolition par Bakou de deux églises arméniennes à Stépanakert (lire pp. 36-37), le document appelle à “ traduire en justice les responsables de la destruction du patrimoine culturel et religieux arménien ” et réclame “ l’envoi d’une mission d’évaluation internationale au Haut-Karabagh ” (2).


A Bakou, on fulmine. Le président Ilham Aliev a accusé le Parlement européen de saboter le processus de paix : “ Entre mai 2021, six mois après la fin de la Deuxième Guerre du Karabagh, et le 30 avril 2026, le Parlement européen a adopté 14 résolutions truffées d’insultes et de mensonges à l’égard de l’Azerbaïdjan. Il nous prend pour cible parce que nous avons rétabli notre intégrité territoriale et notre souveraineté, mis fin au séparatisme et traduit les criminels de guerre en justice. ” En représailles, il a annoncé la suspension de la participation de Bakou aux programmes de partenariat européen au niveau parlementaire. 

La riposte de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, ne s’est pas fait attendre : “ Le Parlement européen est un organe démocratique composé de représentants élus, dont les résolutions sont adoptées à la majorité. Leurs résultats peuvent déplaire à beaucoup, mais nous ne changerons jamais notre façon de travailler et continuerons de défendre nos positions. ”

Avoir été sèchement recadré par Roberta Metsola n’a pas empêché Ilham Aliev de qualifier une nouvelle fois les prisonniers arméniens de “ criminels de guerre ”, lors de son intervention par visioconférence au sommet de la CPE, le 4 mai à Erévan. L’absence de réaction de Nikol Pachinian aux propos d’Ilham Aliev a suscité de vives critiques dans les rangs de l’opposition arménienne. Le Premier ministre répondra dix jours plus tard à cette dernière, en soulignant que “ sa rhétorique conflictuelle ne contribue pas à résoudre le problème du sort de ces personnes ”.


(1) Les 8 anciens dirigeants de l’Artsakh et 8 autres personnes ayant participé à l’autodéfense de l’Artsakh sont les 16 prisonniers transférés. Les trois autres étaient détenus à la prison d’Umbak depuis leur arrestation en 2023.

(2) Les Parlements belge et néerlandais ont adopté le 16 avril une résolution exigeant la libération des prisonniers arméniens et réclamant des garanties pour le retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres natales. Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs des deux pays à Bakou pour protester contre “ des tentatives de porter atteinte à la souveraineté de l’Azerbaïdjan, ainsi qu’au processus de paix en cours entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ”.


La CEDH maintient la pression sur l’Azerbaïdjan


La CEDH a enjoint l’Azerbaïdjan, le 9 avril, de continuer à fournir des informations détaillées sur les prisonniers arméniens, notamment sur leurs conditions de détention et leur état de santé – y compris les dossiers médicaux récents et les documents relatifs aux examens et aux traitements prodigués aux détenus. Elle a également demandé à Bakou de lui fournir les copies des jugements rendus dans les affaires pénales concernant les prisonniers arméniens ou, à défaut, des résumés détaillés de ces jugements incluant l’argumentaire qui les sous-tend, étayé par les éléments de preuve examinés durant la procédure.


La CEDH répondait ainsi à la requête de l’Azerbaïdjan, qui a saisi la Cour à plusieurs reprises afin d’obtenir la levée de la mesure conservatoire l’obligeant à rendre compte régulièrement de la situation des détenus. A l’appui de sa demande, Bakou a affirmé que toutes les procédures se déroulaient de manière transparente et publique.

L’Azerbaïdjan a jusqu’au 31 août 2026 pour faire parvenir les documents réclamés par la CEDH. 


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
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Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
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Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
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Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.