Herminée Nurpetlian, une nouvelle voix pour l’avenir de Lyon BD

 À la tête de Lyon BD Organisation depuis septembre 2025, Herminée Nurpetlian entend ouvrir un nouveau chapitre pour le festival lyonnais de bande dessinée. Entre ambitions internationales, soutien à la jeune création, développement des actions jeunesse et redynamisation du Collège Graphique, la nouvelle directrice souhaite réaffirmer la place du festival comme rendez-vous incontournable de la vie culturelle lyonnaise.

Par Peniamin Hagi Manougian

La 21e édition de Lyon BD Festival 2026 s’ouvre dans un moment décisif pour l’association. Après plusieurs années marquées par une fragilité financière et une direction vacante, le festival retrouve un nouveau souffle avec l’arrivée d’Herminée Nurpetlian. Venue de l’Institut français de Beyrouth, où elle coordonnait de grands événements littéraires francophones, elle découvre aujourd’hui Lyon, son tissu culturel et l’écosystème particulièrement dense de la bande dessinée lyonnaise.


France Arménie : Comment êtes-vous arrivée à la direction de Lyon BD ?

Herminée Nurpetlian : Ces dix dernières années, je travaillais à l’Institut français de Beyrouth, au pôle Livre et Débat d’idées. J’y organisais principalement des événements littéraires et j’ai ensuite coordonné le festival Beyrouth Livres. Mon parcours vient du monde du livre : j’ai étudié les lettres modernes, travaillé en librairie puis en bibliothèque avant de rejoindre l’Institut français en 2015. Avec les différentes crises traversées par le Liban, nous avons dû transformer le Salon du livre francophone de Beyrouth en un festival plus léger, plus éclaté dans la ville. C’est dans ce contexte que les liens avec Lyon BD se sont créés, à travers des échanges d’artistes, des résidences et des expositions.

Les équipes de Lyon BD connaissaient mon travail puisque nous collaborions déjà depuis plusieurs années. Dès 2018, un partenariat s’était noué entre Lyon BD et l’Institut français de Beyrouth. Des artistes lyonnais étaient venus au Liban, nous avions accueilli plusieurs expositions produites par Lyon BD et organisé des résidences croisées entre artistes libanais et français. Quand l’association s’est retrouvée sans direction après le départ de son directeur historique, Nicolas Piccato, elle m’a proposé ce poste. J’avais envie, après dix ans à Beyrouth, de franchir une nouvelle étape professionnelle. J’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme, même si cela représentait aussi une grande transition personnelle puisque c’est ma première expatriation.


Dans quel état avez-vous trouvé l’association à votre arrivée ?

Il faut rappeler qu’Iris Munsch, directrice artistique de Lyon BD, a porté les éditions 2024 et 2025 dans des conditions compliquées et a permis au festival de survivre. En arrivant, mes priorités étaient assez claires : garantir durablement l’existence du festival, restructurer l’association et redonner un rôle central au Collège Graphique.Il est un espace très important parce qu’il rassemble plusieurs structures et des artistes de bande dessinée tout au long de l’année. L’idée est d’en faire un véritable lieu de rencontres professionnelles, de résidences, d’expérimentation et d’accompagnement pour les jeunes auteurs. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes vivent une forme de précarisation et il faut créer davantage de lieux où ils peuvent travailler, échanger et être accompagnés.

Nous devons aussi repenser le modèle économique de Lyon BD. Comme beaucoup de structures culturelles, nous dépendons fortement des financements publics. L’enjeu est donc de diversifier les ressources, développer le mécénat, créer de nouveaux partenariats privés et renforcer les ressources propres de l’association.


Cette édition 2026 peut-elle être considérée comme un nouveau départ ?

Je parlerais plutôt d’une étape de transition. La relance a déjà été engagée avec les éditions précédentes, mais cette année nous permet de redéfinir certaines priorités comme la jeunesse, l’international, les nouvelles générations d’auteurs ou encore la place du Collège Graphique.

Le festival reste fidèle à son identité historique, avec ce dialogue entre bande dessinée, musique, cinéma et spectacle vivant. L’idée a toujours été de sortir la bande dessinée du livre et de l’amener vers d’autres publics. Cette année encore, nous proposerons des concerts dessinés, des projections, des performances et des rencontres dans toute la ville. Nous voulons aussi disséminer la bande dessinée dans Lyon, investir des lieux inattendus, montrer qu’elle peut être présente partout : à l’Opéra, dans un parking, dans des salles de cinéma ou à l’hôtel de ville. Le festival doit être une porte d’entrée vers la création pour des publics très variés.


Pourquoi avoir choisi de placer cette édition sous le signe de la Méditerranée ?

Ce choix s’inscrit dans la Saison Méditerranée portée par l’Institut français. Ce n’est pas une décision autobiographique, même si cela peut probablement faire écho à mon parcours personnel. Nous sommes très heureux de travailler avec Zeina Abirached pour l’affiche du festival. Cette thématique nous permet surtout d’aborder des sujets de société, géopolitiques et culturels à travers la bande dessinée. Aujourd’hui, la BD est devenue un formidable outil pour raconter le monde contemporain et ouvrir des espaces de débat accessibles à tous.


Vous restez également très engagée dans la vie culturelle arménienne. Quelle place cela occupe-t-il dans votre parcours ?

J’ai toujours été très active dans la communauté arménienne au Liban. J’ai grandi à Bourj Hammoud, étudié dans des établissements arméniens et suivi un parcours musical au conservatoire arménien Hamazkaïne. J’ai aussi pratiqué le théâtre pendant de nombreuses années au sein de la troupe Hamazkaïne-Kasbar Ipegian, où nous jouions en arménien occidental des textes traduits ou des œuvres originales.

Plus récemment, j’ai cofondé avec l’artiste Hrayr Kalemkerian la plateforme culturelle arménienne Etch (Էջ), consacrée à la création vidéo, à l’écriture et à la mise en voix de textes en arménien occidental. C’était un espace destiné à donner de la visibilité à de jeunes artistes arméniens du Liban et de la Diaspora, à travers des projets mêlant écriture, vidéo, animation et lecture.


La bande dessinée arménienne aura-t-elle davantage de place au sein de Lyon BD ?

Cette première année est surtout une année de découverte et d’installation, mais c’est évidemment un sujet qui me tient à cœur. Il existe déjà plusieurs passerelles. L’Épicerie Séquentielle (association d’autrices et d’auteurs de BD lyonnais) a récemment consacré un numéro des Rues de Lyon à l’histoire de la communauté arménienne lyonnaise [Ndlr : n° 132 – décembre 2025].

Cette année, dans le cadre du “Mois de la BD”, le Centre national de la Mémoire arménienne (CNMA) accueillera également une rencontre autour de la bande dessinée, Armin Wegner, témoin du génocide arménien, Juste parmi les nations, en présence du dessinateur Paolo Cossi, du scénariste Fabien Tillon et de Mischa Wegner, fils d’Armin Wegner. Ce sont des initiatives importantes et j’aimerais continuer à développer ce type de liens à l’avenir.



Infos pratiques :
Le Lyon BD Festival 2026 se tient du 12 au 14 juin à Lyon, avec le « Mois de la BD » organisé durant tout le mois de juin dans la métropole.
Au programme : Salon du livre à l’hôtel de ville, expositions, rencontres, concerts dessinés, projections et animations jeunesse.
Programme complet :
www.lyonbd.com/
Plateforme culturelle arménienne Etch – Էջ :
Facebook: www.facebook.com/etch.platform
Instagram: www.instagram.com/etch.platform/

par Varoujan MARDIKIAN 31 mai 2026
Les anciens dirigeants artsakhiotes jettent une lumière crue sur les agissements du pouvoir azerbaïdjanais à leur égard et renvoient sans ménagement les autorités d’Erévan à leurs responsabilités.
par Tigrane YEGAVIAN 31 mai 2026
La polémique déclenchée par la disparition du Mont Ararat des nouveaux passeports biométriques arméniens aurait pu n’être qu’une controverse administrative parmi d’autres. Elle s’est révélée être le symptôme d’une transformation identitaire de grande ampleur, dont les implications dépassent largement les frontières de la République d’Arménie. Derrière ce débat apparemment technique se joue en réalité une question existentielle : que signifie être arménien au XXI e siècle, après la défaite militaire de 2020, la disparition de l’Artsakh et l’effondrement du paradigme sécuritaire qui structurait l’État depuis l’indépendance ? 
par Tigrane YEGAVIAN 31 mai 2026
En l’espace de deux semaines, Paris a été le théâtre de deux événements qui, mis en perspective, dessinent les contours d’une rupture sans précédent entre la République d’Arménie et sa diaspora.
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Ankara autorise la reprise du commerce direct avec l’Arménie, à moins d’un mois des législatives arméniennes.
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L’organisation à Erévan de deux sommets vantant les perspectives de développement des relations arméno-européennes ne saurait occulter ni les tensions politiques en Arménie, ni la fragilité du processus de paix arméno-azerbaïdjanais, ni les droits des Arméniens d’Artsakh.
par Varoujan MARDIKIAN 31 mai 2026
Jamais depuis l’indépendance de l’Arménie, les relations entre nos deux pays n’avaient été si intenses, si confiantes ” : Emmanuel Macron a rendu un hommage appuyé, le 4 mai, devant la communauté française d’Arménie, à tous ceux qui sont les “ artisans ” de la coopération bilatérale.
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A l’issue du sommet de la Communauté politique européenne tenu à Erévan, Emmanuel Macron a effectué une visite d’Etat en Arménie. Paris et Erévan ont signé à cette occasion un document portant sur l’établissement d’un “ partenariat stratégique ”.
par MARIE-ANNE THIL 31 mai 2026
Arméno-Iranien, il est cruellement supprimé le 8 mai 1954 et son corps est jeté dans la rivière Jajrood, dans la province de Téhéran. Il meurt à 33 ans. Le grand poète, Ahmad Shamlou, lui consacre un éloge funèbre en 1954, « Vartan », qui résonne encore aujourd’hui. L’Iran des années 1950, raconte, Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, était représenté par “ Le Premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh, figure majeure de l'indépendance iranienne ” (1). L’Iran de Mohammad Mossadegh “ Mohammad Mossadegh demeure une figure emblématique de la lutte pour l'indépendance nationale iranienne. Son action la plus marquante fut la nationalisation de l'industrie pétrolière, jusque-là sous le contrôle de l'Anglo-Iranian Oil Company. Cette décision, motivée par la volonté d'accroître les bénéfices financiers et surtout d'affirmer la souveraineté du pays, entraîna une confrontation directe avec les puissances occidentales, notamment le Royaume-Uni et, par la suite, les États-Unis ”. En 1952, Mohammad Mossadegh entreprend la nationalisation du pétrole. La même année, le 20 juillet, la direction du parti Tudeh (2), adresse une lettre ouverte au Premier ministre, appelant le gouvernement à cesser tous les accords d’assistance militaire et technique des Etats-Unis et à rompre les relations diplomatiques. Le lendemain, une manifestation de 40 000 participants est organisée par le Tudeh pour soutenir cette lettre ouverte. A partir d'août 1953, le Tudeh est combattu d'une manière implacable. Mohammad Mossadegh est éloigné du pouvoir à la suite d'un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains : l'opération Ajax (3) qui durera quatre jours (15 – 19 août 1953). Elle conduit à son évincement le 19 août 1953 par un coup d'État. Le shah, Mohammad Reza Pahlavi, est mis sur le trône et devient un proche allié de Washington jusqu'à son renversement lors de la révolution islamique de 1979. A partir de la fin août 1953 : “ 5 000 membres du Tudeh sont arrêtés, quarante d'entre eux exécutés, 2 000 sont condamnés à la prison à vie ” (4). Mohammad Reza Pahlavi peut reprendre le pouvoir et rétablir un régime fort, interdisant la plupart des partis politiques. La SAVAK (5), agent de torture du shah, Mohammad Reza Pahlavi Selon le professeur universitaire, Ervand Abrahamian, dans un livre publié en 1999 intitulé : Tortured Confessions - Prisons and Public Recantations in Modern Iran, “ la SAVAK, officiels services secrets mais officieuse police politique, est chargée de surveiller et de réprimer au nom de la sûreté de l'État, mise en place avec l'aide des services secrets américains et du Mossad. La SAVAK reçut “ carte blanche ” pour torturer les dissidents – présumés – avec une « force brute » qui, au cours des années, « augmenta considérablement », et près de 100 personnes furent exécutées pour des raisons politiques au cours des 20 dernières années du règne du Shah ”. Ervand Abrahamian relate aussi la torture : “ Parmi les victimes, la plupart décédées d'hémorragies cérébrales, figuraient, entre autres, Galoust Zakharian, intellectuel arménien décrit comme le « théoricien le plus brillant » du parti et Vartan Salakhanyan, autre intellectuel arménien, dont Ahmad Shamlu, le plus grand poète du pays, fit l'éloge funèbre, le présentant comme un martyr héroïque qui préféra mourir plutôt que de trahir ses camarades ”. Entre 1953 et 1957, les forces de sécurité appréhendent 4 121 membres du parti Tudeh, dont 477 appartiennent aux forces armées. Vartan Salakhanyan, le printemps assassiné Né pendant l’hiver 1931 à Tabriz, il meurt au printemps 1954. Après ses études primaires et secondaires, il s'installe à Téhéran avec sa famille en 1942. Il s'engage dans le seul mouvement de gauche organisé de l'époque, le parti Tudeh, auquel il adhère officiellement en 1952. Après le coup d'État du 19 août 1953, Vartan poursuit ses activités clandestinement. Lorsqu’il est arrêté le soir du 26 avril, il transporte des publications du parti dans sa voiture. Il est emprisonné dans la prison de Qasr, le lieu de détention le plus ancien et tristement célèbre d’Iran pour les prisonniers politiques, après le coup d'État du 19 août 1953. Il est torturé pour livrer les noms des autres membres et l’adresse de l’imprimerie. Il ne parle pas. Le poète et dramaturge, Ahmad Shamlou, emprisonné lui aussi, raconte : “ Malgré les tortures infligées, Vartan garda le silence. Ses interrogateurs reconnurent plus tard qu'il leur avait déclaré : « Je sais, mais je ne dirai rien ! »”. Une promesse qu'il tint jusqu'au bout. Le poète raconte que Vartan avait été torturé si violemment que son visage était marqué par de profondes brûlures. Son corps, violemment défiguré, a été jeté dans la rivière Jajrood, le plus grand fleuve de la province de Téhéran. Profondément marqué par la résistance de Vartan, Ahmad Shamlou compose le poème « Vartan », en prison, pour le célébrer. Il change l’intitulé en « Nazli » à cause de la censure mais il précise en note de bas de page le nom de Vartan Salakhanyan, à qui le poème est dédié. Selon Ervand Abrahamyan : “ Les gauchistes, y compris les opposants au Tudeh, récitaient l'ode à Vartan de Shamlu, même dans les années 1980 ”. Le 8 mai 2022, parut un article : « Comrade Martyr : Vartan Salakhanian | The voice of the people » (« Camarade martyr : Vartan Salakhanian – La voix du peuple »), publié par le journal du parti Tudeh. Il est tiré du livre Les Martyrs de masse, publié en 1982. “ Les bourreaux déployèrent toute leur force. Mais Vartan ne dit mot. Le secret de son tempérament, enfoui au plus profond de son cœur héroïque, demeurait inviolable. Alors, les bourreaux eurent recours à leur ultime stratagème. Tandis que le corps brisé de Vartan gisait sur le sol de la salle de torture, ils préparèrent une perceuse électrique. Le bourreau dit : « C'est ta dernière chance, si tu ne parles pas… »”. Vartan Salakhanian ne parla pas. (1) Il tente d'instaurer une démocratie laïque et de conserver une relative indépendance du pays face aux puissances étrangères. Son gouvernement introduit un ensemble de réformes sociales et politiques progressistes telles que la mise en place d'une sécurité sociale, le contrôle des loyers ou l'initiation de réformes agraires significatives. (Sources : Wikipédia). (2) Créé en 1941, le Tudeh fut l’un des plus importants partis communistes du Moyen-Orient. Doté d’une grande influence dans les milieux intellectuels et ouvriers, il fut à l’origine des premières manifestations qui firent tomber le Shah. (Sources : Wikipédia). (3) C’est une opération secrète menée en 1953 par le Royaume-Uni et les États-Unis, exécutée par la CIA avec le soutien du MI6 (Secret Intelligence Service), visant à renverser le Premier ministre d'Iran Mohammad Mossadegh. Après la chute de Mossadegh, Mohammad Reza Pahlavi met progressivement en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l'appui américain. (4) Ervand Abrahamian, Iran in Revolution: The Opposition Forces - MERIP Reports - No. 75/76, Iran in Revolution (Mar. - Apr., 1979). (5) Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, prédécesseur de l’actuelle DGSE), a aidé à établir et à former la SAVAK pendant ses premières années, au milieu des années 1950 et au début des années 1960. Selon une note déclassifiée de la CIA citant un rapport classifié du Comité des affaires étrangères du Sénat américain, la CIA a joué un rôle important dans la création de la SAVAK, en fournissant à la fois un financement et une formation. Le Shah a utilisé la SAVAK pour arrêter, emprisonner, exiler et torturer ses opposants. À son apogée, la SAVAK aurait employé environ 5 000 agents opérant sous la dynastie Pahlavi. (Sources : Wikipédia). Le poème « Vartan » d’Ahmad Shamlou dédié à Vartan Salakhanyan Vartan Sous la fenêtre de notre maison, le vieux lilas a fleuri. Dissipe tous tes doutes ! Ne lutte pas contre la Mort menaçante ! Être vaut mieux que ne pas être, surtout au printemps… Vartan ne dit mot : Glorieusement Il réprima sa colère et s’en alla… – « Vartan, dis quelque chose ! L’oiseau du silence attend que la progéniture d’une mort horrible éclose ! » Vartan ne dit mot : Comme le soleil, il se leva dans les ténèbres, se coucha dans le crépuscule de sang, et puis disparut… Vartan ne dit mot. Vartan était une étoile brillante, brilla un instant dans l’obscurité, et puis s’évanouit à jamais. Vartan ne dit mot. Vartan était une violette : Il s’épanouit et nous annonça la bonne nouvelle, « L’hiver est tombé » et puis disparut. - « Vartan, le printemps est arrivé et l’arbre de Judée est en fleurs ». Ahmad Shamlu - Prison de Qasr 1954.
par Harout MARDIROSSIAN 28 mai 2026
La visite d’Emmanuel Macron en Arménie avait tout pour être un geste fort : rappeler l’attachement de la France au droit international, dire que l’abandon du Haut-Karabagh par l’Europe était inadmissible, et promettre que la sécurité arménienne n’était pas négociable. Tout cela a bien eu lieu, avec en plus une communication bien orchestrée faite de bains de foule sincères, de jogging au petit matin dans les rues d’ Erevan et de chansonnettes accompagnées à la batterie par le Premier ministre arménien. Mais au bout du compte, qui peut croire à la fin de cette séquence, que l’Europe ou la France interviendraient directement si l’Arménie était attaquée par Bakou, Ankara, Moscou ou les trois à la fois. Personne de sérieux et c’est bien là le problème ! Avec l’Arménie, la France s’est trop longtemps crue quitte avec de nobles déclarations. Or l’Azerbaïdjan a imposé par la force un fait accompli avec la guerre des 44 jours, puis une « paix » dictée, puis un nettoyage ethnique pendant que Moscou se retirait et que l’Union européenne se contentait d’observer. Puis il y a eu la paix de TRUMP – une capitulation déguisée de l’Arménie – qui malgré sa méthode Coué de « carrefour de la paix » n’est vouée dans cette « paix » sous menaces imminentes qu’à devenir un satellite de la Turquie à qui les Etats-Unis et l’Europe entendent déléguer le contrôle du Sud-Caucase face à la Russie. Dans ce vide géopolitique, le Président français est arrivé à Erevan en grand avocat des principes, mais sans coalition, sans calendrier, sans instruments de contrainte. C’est encore là le problème ! Pire, la communication élyséenne semble parler à l’électorat français plus qu’aux Arméniens. Évoquer l’“ honneur ” et la “ fidélité ” ne compense pas l’absence de lignes rouges claires face à Ilham Aliev. Les livraisons françaises d’équipements, réelles mais limitées, restent fragmentaires, sans doctrine partagée avec les partenaires européens et sans possibilité d’intervention directe en cas d’agression. Cette ambiguïté s’inscrit dans une dérive plus large de la diplomatie française : l’esthétisation du courage politique. On « tient la ligne » en mots, mais on externalise le coût réel de la puissance, à Bruxelles, à l’OTAN, à des discussions interminables sur les « paramètres ». Le résultat est visible : l’Azerbaïdjan avance, la Russie se réinvente courtier cynique, la Turquie capitalise, et l’Arménie, amputée de ses illusions de parapluie russe, restera une fois de plus seule au pied du mur et c’est là un problème !  Emmanuel Macron sait pourtant qu’un signal crédible se mesure à son coût. Il aurait pu convertir la visite en pivot : annoncer une mission européenne élargie et durable à la frontière, conditionner des accords énergétiques avec Bakou au respect de paramètres vérifiables comme la libération des otages détenus, ou annoncer une résolution à l’ONU sur la protection des déplacés d’Artsakh, fût-elle bloquée, pour fixer un cadre normatif. Au lieu de cela, le Sommet de la communauté politique européenne et la visite d’Etat se sont transformés en une démonstration de soutien au maintien au pouvoir de Nikol Pachinian, si forte, qu’elle en est devenue gênante et peut-être même contre-productive. Un Premier ministre arménien qui, dès la séquence Europe et France achevée, a retrouvé ses accents d’autocrate vulgaire. Chaque jour, de nouveaux procès sont intentés aux partis d’opposition, des militants arrêtés. Chaque jour, des menaces sont prononcées en toute impunité à l’égard de citoyens. Chaque jour, des insultes sont proférées avec en toile de fond un racisme à l’égard des Arméniens d’Artsakh qui est à peine voilé. Nikol Pachinian surfe de nouveau sur un populisme assumé et mobilise l’ensemble de l’appareil de l’Etat pour assurer sa réélection. Et il le fait ouvertement car il sait que les observateurs européens fermeront les yeux sur toutes les violations du code électoral. Car comme l’avait dit Emmanuel Macron en 2022, un soir à Marseille : “ Le problème, c’est Nikol Pachinian ”.
par La Rédaction 28 mai 2026
L'agenda du mois de juin 2026