Iran : commémorer sous contrainte
En République islamique d'Iran, les commémorations du 24-Avril ont suivi un modèle particulier, à mi-chemin entre tolérance et contrôle. Les cérémonies se sont déroulées traditionnellement dans les églises arméniennes de Téhéran et d'Ispahan (quartier de Nouvelle Djoulfa), dans les clubs culturels arméniens, et autour de monuments communautaires.
Contrairement à la Diaspora occidentale, il n'y a pas eu de manifestations de rue massives. Le registre est resté liturgique et communautaire : messes, dépôts de fleurs, lectures, moments culturels. Cette particularité s'explique par la position ambiguë de Téhéran : la République islamique n'a jamais reconnu officiellement le Génocide arménien, pour ne pas froisser la Turquie. Mais elle tolère, voire accompagne discrètement les commémorations arméniennes. Le résultat a pu s'observer au travers de discours mémoriels autorisés mais dépolitisés, sans slogans contre la Turquie, avec un accent mis sur la souffrance historique universelle plutôt que sur les revendications politiques.
En 2026, les tensions militaires régionales ont pesé sur l'organisation des cérémonies. La priorité sécuritaire a limité les rassemblements visibles, poussant la communauté à la prudence. On a pu constater des cérémonies plus discrètes, davantage concentrées dans les espaces fermés (églises, salles communautaires), avec une tonalité plus spirituelle que politique. Pourtant, comme partout dans la Diaspora, le 24-Avril ne se limite pas au passé.
Les Arméniens d'Iran établissent des parallèles entre la mémoire du Génocide et l'insécurité actuelle, entre 1915 et la tragédie de l'Artsakh, réfléchissant à la vulnérabilité persistante des minorités en temps de guerre. Dans ce contexte, l'Église arménienne joue un rôle encore plus structurant qu'ailleurs, assurant l'organisation des cérémonies, l'encadrement du discours et le maintien de la cohésion communautaire face à l'adversité.
Le silence assourdissant d’Erevan
Alors que ces communautés historiques, autrefois poumons de la Diaspora arménienne et relais stratégiques de la culture et de l'identité arméniennes au Moyen-Orient, luttent pour leur survie, le silence d'Erevan interpelle. Aucune initiative significative de la part de l'Arménie officielle pour atténuer leurs souffrances. Aucun plan d'aide, aucune solidarité institutionnelle visible. Ce silence s'inscrit dans un contexte où les agents du panturquisme ont tout intérêt à donner le coup de grâce à ces communautés fragilisées. Les Arméniens de Syrie, du Liban et d'Iran ont donc commémoré le 111e anniversaire du Génocide dans une solitude qui fait écho, de manière tragique, à l'abandon de 1915. Entre précarité économique, pressions politiques et guerres régionales, ces communautés résistent avec les moyens du bord : la foi, la mémoire, et une identité forgée dans l'adversité. Reste à savoir combien de temps encore elles pourront tenir.
Cet article s'appuie sur des témoignages et observations recueillis auprès de membres des communautés arméniennes de Syrie, du Liban et d'Iran.









