Copie de Le saviez vous :Les Arméniens en Chine suite au génocide de 1915
par Marie-Anne THIL
Pour échapper au Génocide perpétré par les Turcs dans l’Empire ottoman, quelques milliers d’Arméniens s’enfuirent dans le but de rejoindre les Etats-Unis. Pour s’y rendre, la seule voie possible était celle du Transsibérien jusqu’à la Mandchourie en Chine du Nord. La plupart d’entre eux y restèrent.
Un petit nombre d’Arméniens, probablement originaires de Russie, apparut en Mandchourie, lors de la construction de la ligne ferroviaire de l’Est chinois, entreprise par la Russie en 1898. Ce chemin de fer était appelé en russe : Kitayskaya Vostochnaya Zheleznaya Doroga (KVZHD). Ils travaillèrent sur ce chemin de fer sino-russe et s’installèrent à Manzhouli qui signifie « ville du lieu mandchou ». La ligne fut mise en service en 1903. Elle reliait plusieurs villes russes et desservait plusieurs villes mandchoues dont celle de Harbin (1) qui devint le foyer des Arméniens qui fuirent le Génocide.
Selon le maître de conférences à l’Université Columbia, Khatchig Mouradian, (2) “ quelques milliers d’Arméniens, arrivèrent dans la région fuyant le génocide perpétré en Turquie ottomane et les troubles du Caucase. Souvent, ceux qui empruntaient cette voie espéraient gagner les États-Unis. Pourtant, la plupart restèrent en Asie orientale pendant des années, voire des décennies, contribuant à bâtir des communautés prospères malgré les conflits, la guerre et l’occupation étrangère ”. Les Arméniens furent officiellement accueillis en Chine. “ La Chine accepta de les héberger et leur fournit logement, nourriture et lieux de culte. Après la capitulation turque, la plupart des Arméniens choisirent de rester en Chine, en raison de la crise persistante dans le Caucase ”. Khatchig Mouradian est l’un des rares chercheurs à s’être penché sur ce chapitre méconnu de l’histoire arménienne en Asie : “ Nombre de ces Arméniens ont conjugué leur réussite personnelle à un profond engagement communautaire ”, écrit-il. “ Malgré les conflits, la guerre et l’occupation étrangère qui ont marqué l’histoire de la Chine durant la première moitié du XXe siècle, ils ont bâti une église (à Harbin), des centres communautaires (à Harbin et à Shanghai) et créé des organisations humanitaires, des chorales, des écoles de langues et des associations féminines ”. Ces communautés constituèrent un havre essentiel pour les Arméniens : “ Pendant plusieurs décennies, des centaines de survivants du Génocide ont élu domicile en Chine, souligne également Mouradian, contribuant à l’édification de communautés qui ont fait rayonner le patrimoine et la culture arméniens à travers le monde ”.
La ville de Harbin, foyer principal des Arméniens
Le nombre d’Arméniens installé (environ 500) à Harbin principalement, consolida sa cohésion grâce à la mise en place d’une organisation : “ L’Organisation nationale arménienne (ANO) a été fondée en 1917 et ses statuts approuvés par les autorités locales en 1919. En 1923, l’ANO a construit sa propre église et à côté d’elle une salle sociale. Parce que la plupart des membres de la colonie arménienne vivaient à Harbin, qui avait la seule église arménienne en Chine, Harbin est devenu le centre des Arméniens en Chine ” (3). L’organisation anima la vie sociale (goûters, aides…), culturelle (cours de langue arménienne, représentations théâtrales…), et religieuse de la communauté. Les Arméniens ne furent pas les seuls immigrants à Harbin selon l’historienne Sabine Breuillard : “ Russes, Ukrainiens, Polonais, Lithuaniens, Lettons, Estoniens, Finlandais, Arméniens, Géorgiens, Tatars, Juifs, Japonais, Coréens, etc., plus de cinquante nationalités étrangères parlant quarante-cinq langues vinrent résider à Harbin, dans la zone extra-territoriale, le long du chemin de fer, ainsi qu’en d’autres endroits du Nord-Est chinois. Entre 1917 et 1920, Harbin fut inondée par les réfugiés venant de Russie : sa population russe passa de 34 200 en 1916 à 120 000 en 1922 ”.
Selon le site Internet (mentionné note 4) : “ Jusqu›en 1918, la ville de Harbin possédait une maison de prière arménienne dans le quartier de Noviy Gored. En 1918, la KVZHD, octroya à la colonie arménienne un terrain situé au 18, rue Sadovaya, à l’angle de la rue Liaoyang, où fut entreprise la construction de l’église arméno-grégorienne d’Extrême-Orient, dont l’achèvement dura plusieurs années ”. L’église commença à fonctionner officiellement en 1920. Elle fut enregistrée sous le nom d’église arméno-grégorienne de Harbin, à la mémoire de saint Grégoire l’Illuminateur, en 1925, par les autorités chinoises. Elle fut détruite lors de la Révolution culturelle de Mao à la fin des années 1960.
Les villes de Shangaï et de Hong-Kong
Deux autres villes furent aussi le point de chute des Arméniens après le Génocide : Shangaï et Hong-Kong. L’association humanitaire, Armenian Relief Society (ARS), créée dans les années 1920, fonda le Club arménien de Shangaï afin d’aider les personnes à s’installer et proposant un lieu de rencontres et d’échanges. “ Il n’existait pas d’église arménienne mais un appartement reconverti de deux étages assumait ce rôle. Beaucoup des réfugiés entrants furent autorisés à loger dans la deuxième maison et, le dimanche, la salle faisait également office de salle paroissiale, avec des cours hebdomadaires d›arménien. En 1937, la population arménienne à Shangaï s’élevait à 200 personnes ”.
A Hong-Kong, les Arméniens étaient déjà présents depuis le 19e siècle, principalement des marchands. “ Elle a constitué une plaque tournante du commerce arménien pour les Arméniens du monde entier, et une petite communauté y a toujours été implantée ”.
Le Génocide des Arméniens dans la presse
En Chine, la connaissance du Génocide était relayée par plusieurs journaux, anglais, chinois, japonais et russes : Le North China Herald (publié à Shangaï à partir de 1850) et qui publiait des articles concernant les étrangers en Chine, produisit des dizaines d’articles sur les massacres hamidiens (1894-1896), ceux d’Adana (1909), le Génocide (1915), comme ils parlaient des actions de soutien aux réfugiés arméniens et la communauté vivant à Harbin et Shangaï. Notamment, un article du 4 décembre 1915, intitulé « Massacres en Arménie. Atrocités horribles », rapportait les détails fournis par le vicomte Bryce, historien et homme politique, réputé pour son engagement dans le mouvement pro-arménien britannique. Il y relatait les massacres de Bitlis et de Moush et les noyades dans le Tigre, et un autre du 16 octobre 1915, intitulé : « Massacres atroces en Arménie. Noyade massive à Trébizonde ». Il présenta aussi un rapport, Le Livre bleu du gouvernement britannique concernant le traitement des Arméniens dans l’Empire ottoman (1915-1916) (5).
Suite à la prise de contrôle de la Chine par les communistes en 1949, la plupart des Arméniens la quittèrent. Ils émigrèrent en Arménie, aux États-Unis, en Australie et en Amérique du Sud.
Aujourd’hui, il existe une communauté arménienne très active en Chine, connue sous le nom de ChinaHay (6). Elle organise régulièrement des évènements à travers le pays. Environ 500 personnes vivent à Pékin, Shanghaï, Nankin, Guangzhou, Shenzhen et Hong Kong. En 2013, s’est ouvert à Hong Kong le centre, Maxian Hong Kong Armenian Centre. Il accueille des Arméniens de Chine et du monde entier, organise des événements, des conférences, des expositions…
En 2016, ChinaHay a organisé le 101e anniversaire du Génocide des Arméniens et des cérémonies se sont tenues à Pékin, Guangzhou, Hong Kong et Shangaï. En 2018, les relations existantes entre l’Arménie et la Chine ont permis l’ouverture d’une école arméno-chinoise. Elle a été inaugurée à Erevan et saluée par l’ambassadeur de Chine, Tian Erlong : “ Malgré la distance entre la Chine et l’Arménie, nos deux pays ont une histoire ancienne commune et une riche culture à partager ”.
Malgré ces paroles, la Chine n’a toujours pas reconnu le Génocide des Arméniens.
(1) Sabine Breuillard dans Invention de Harbin, aux Presses Universitaires de Rennes : “ Harbin, nœud ferroviaire sur le chemin de fer de la Chine de l’Est, fut russe et chinoise dès sa conception : elle fut une concession russe en territoire chinois, au même titre que les autres concessions étrangères en Chine telles que Hong Kong, Tianjin ou Shanghaï ”.
(2) Don’t Fall off the Earth: The Armenian Communities in China from the 1880s to the 1950s.
(3) in Asie de l’Est – Société d’aide aux orphelins arméniens (SOAR)
(4) Armenians in China | Notes of a Spurkahye Finally Come Home
(5) in Préface du vicomte Bryce
(6) Voir la page Facebook du groupe “ ChinaHay ”

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։

Notre numéro de juillet-aout 2026 est parti chez nos abonnés avec en couverture Simon Abkarian pour son rôle majeur dans le film De Gaulle. L'occasion de se poser la question si ce refus de la capitulation et ce choix de la résistance chez De Gaulle n'est pas l'exemple à suivre pour les Arméniens. Nous revenons aussi sur les élections législatives en Arménie et la victoire contestée de Nikol Pachinian, mais nous aurons aussi une large page culture et 2 reportages photos sur le Siunik à emmener aec vous sur les plages, la montagnes ou en Arménie cet été.

« Les Journées Adamov en Arménie » constituent un projet porté par la Cie Saté-Âtre afin de promouvoir le théâtre contemporain français en Arménie tout en valorisant la culture arménienne en France et à l’international. Redécouvrir l’œuvre d’Arthur Adamov s’inscrit pleinement dans cette démarche : dramaturge majeur du XX e siècle, il représente un véritable pont culturel entre les deux pays.





