Beyrouth retrouve sa chaire d'arménologie

Près d’un siècle après que le père Jean Mécérian eut fondé, en 1933, la première chaire d’études arméniennes de l’Université Saint-Joseph (USJ), l’arménologie revient s’installer dans les murs mêmes où elle est née. 


Par Tigrane Yegavian 

 

C’est dans les salons feutrés de la Bibliothèque orientale de l’USJ, à deux pas de la rue Monnot, que la nouvelle Chaire Ara Hrechdakian d’études arméniennes (CHEA) a posé ses meubles. Sans le mécénat de Peter Hrechdakian, qui a engagé sa famille au nom de la mémoire de son père Ara, ce projet serait resté à l’état de vœu pieux. Après plusieurs tentatives avortées au fil des décennies, c’est cette fois la conjonction d’un donateur, d’un recteur et d’un directeur de bibliothèque qui a fait la différence. Pour diriger cette renaissance, l’USJ a fait appel à un nom qui s’impose naturellement dans le champ des études arméniennes contemporaines : Vahé Tachjian, historien et fondateur du projet Houshamadyan à Berlin, qui a accepté de quitter son port d’attache pour s’installer à Beyrouth. 


Vahé Tachjian ne cache pas qu’un poste académique à Beyrouth a longtemps figuré sur sa liste de rêves inaboutis. Lorsque la direction de la chaire d’études arméniennes de l’USJ s’est présentée, la réponse a été immédiate. Le Liban et l’histoire de sa communauté arménienne occupent depuis longtemps une place centrale dans ses travaux, et il connaît bien les axes structurants d’une chaire de ce type : la collecte et la préservation des archives, les publications scientifiques, les conférences, les expositions, la mise en valeur du patrimoine et de la mémoire collective. 


Trois noms reviennent, dans son récit, comme les artisans de cette renaissance. Joseph Rustom, directeur de la Bibliothèque orientale, a pris l’initiative de faire revivre une chaire d’études arméniennes au sein de l’institution qu’il dirige. Le père Salim Daccache, alors recteur de l’USJ, a apporté son soutien institutionnel et accordé son approbation à la mise en œuvre du projet. Et Peter Hrechdakian, en mémoire de son père Ara, a décidé d’en financer les activités, geste sans lequel, insiste Tachjian, “ ce projet n’aurait probablement pas pu voir le jour ”

Cinq priorités pour des débuts  encore balbutiants 


 La CHEA n’en est qu’à ses premiers pas, et Vahé Tachjian préfère la franchise aux promesses prématurées. Les priorités qu’il esquisse sont concrètes, il s’agit d’enrichir les collections de livres et les fonds d’archives : photographies, documents, films et autres matériaux de mémoire ; organiser conférences et rencontres scientifiques sur les Arméniens du Liban et de la région ; lancer un programme de publications, dont le deuxième volume de Houshamadyan, à paraître cette année aux Presses de l’USJ, en coopération avec le projet berlinois et la CHEA ; créer un site web consacré à la mémoire des Arméniens du Liban ; et développer une coopération académique avec le programme IMAS (Master international en études arméniennes) de l’INALCO. 


Interrogé sur la nature qu’il souhaite donner à la chaire — à savoir un centre d’arménologie classique ou bien un laboratoire plus large tourné vers les sociétés contemporaines et les diasporas —, Tachjian répond en s’appuyant sur l’expérience qui l’a formé. Houshamadyan, qu’il dirige depuis Berlin, vise à reconstruire la mémoire des Arméniens de l’Empire ottoman à partir d’un fonds numérique de photographies, de documents familiaux et d’objets de mémoire. À Beyrouth, le cadre offert par la Bibliothèque orientale permet d’aller plus loin : non seulement des collections numériques, mais un véritable fonds d’archives physiques, conservé sur place, et porteur de la mémoire vivante des familles arméniennes, voire, par extension, de celle d’un pays tout entier. Cette ambition se traduit déjà par un projet d’ateliers réguliers, organisés en coopération avec les institutions de la communauté arménienne, où les familles seront invitées à partager leurs objets de mémoire : photographies, documents, correspondances, souvenirs hérités de l’époque ottomane ou du parcours libanais après l’exil. Une démarche de terrain, fondée sur la collecte de la mémoire familiale et la collaboration étroite avec les communautés concernées, à l’opposé, dit-il, de l’approche d’un centre d’arménologie classique. 


Sur la place de l’interdisciplinarité, Tachjian renvoie de nouveau au modèle Houshamadyan, ouvert à l’art, à la culture visuelle et au cinéma autant qu’à l’histoire, à la sociologie ou à l’anthropologie. C’est cette même porosité entre disciplines qu’il entend cultiver à la CHEA, en favorisant les échanges entre historiens, spécialistes des sciences sociales, artistes, photographes, cinéastes et acteurs du patrimoine. 


Quant aux transformations démographiques et sociales qui fragilisent le tissu communautaire arménien au Liban, l’historien refuse le seul registre du constat funèbre. Il y voit, au contraire, un signe encourageant : la création de la chaire prouve que l’environnement libanais, malgré les crises successives, reste capable de faire émerger des initiatives académiques ambitieuses. Le Liban, rappelle-t-il, possède une capacité de résilience reconnue. Il suffit souvent d’une période de paix relativement courte pour que ses énergies créatrices se remettent en mouvement. 

Des archives du Liban à celles  du Proche-Orient 


Le projet de collecte de la mémoire arménienne comporte deux volets. Le premier consiste à rassembler le plus largement possible documents, photographies et films liés à l’histoire arménienne du Liban auprès des familles, mais aussi des archives d’associations et d’institutions aujourd’hui disparues, jusqu’aux bobines Super 8 oubliées dans les tiroirs. Le second volet porte sur la diffusion : un site web mettra progressivement ces matériaux à la disposition du public, accompagnés de notices et de présentations contextualisantes. À plus long terme, et sous réserve des moyens financiers nécessaires, Vahé Tachjian envisage d’élargir le projet au-delà du Liban, pour englober la mémoire des communautés arméniennes de Syrie, d’Iran, d’Irak, d’Égypte, d’Israël/Palestine, ainsi que de Chypre et de Grèce — esquissant, à terme, l’idée d’une véritable « Maison de la mémoire arménienne » adossée à la Bibliothèque orientale. 


Sur la question, récurrente, du désintérêt des jeunes générations pour les études historiques, Tachjian ne prétend détenir aucune formule magique. Il plaide pour dépasser une historiographie arménienne centrée sur les acteurs politiques et les grandes figures nationales, au profit d’approches plus larges telles les études subalternes, études de genre, microhistoire, ego-documents [Ndlr : les sources où un ego est révélé], capables de redonner voix à des expériences longtemps restées en marge du récit traditionnel. Il insiste aussi sur la nécessité d’investir dans les outils multimédias, alors qu’une partie du jeune public découvre désormais l’histoire par la vidéo plutôt que par le livre sans que l’un doive nécessairement remplacer l’autre. Sortir l’arménologie de sa niche académique suppose, selon lui, de combiner une approche pluridisciplinaire, l’usage des outils numériques et un lien étroit avec les communautés, par des ateliers, des conférences, des expositions et des concerts. C’est cette même conviction, façonnée par quinze années d’expérience à la tête de Houshamadyan, qui doit désormais s’incarner dans le futur site web de la chaire — sans en être une copie. À peine installée dans les murs de la Bibliothèque orientale, la Chaire Ara Hrechdakian d’études arméniennes se donne ainsi le temps de réaliser ses ambitions. Reste à savoir si le pari de Joseph Rustom, le soutien du père Salim Daccache et le geste de la famille Hrechdakian suffiront à faire de Beyrouth, de nouveau, un foyer vivant de l’arménologie et non plus son seul lieu de mémoire.  



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Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.