Entre conservation savante et ouverture au public
La gestion d’un tel patrimoine impose des contraintes techniques considérables. “ De nombreux ouvrages et documents anciens sont fragiles et doivent être manipulés avec le plus grand soin ”, rappelle Garo Derounian. “ Chaque pièce est inspectée, puis restaurée à l’atelier de reliure de la bibliothèque afin d’en assurer la conservation à long terme ”. Le catalogage constitue un autre défi de taille : chaque ouvrage est répertorié et accompagné d’un résumé, tâche minutieuse qui facilite ensuite le travail des chercheurs et des visiteurs.
Pour concilier préservation et accès, KOHAR a fait le choix du numérique : “ Nous proposons également des copies numériques : la bibliothèque peut ainsi réduire l’usure physique des documents originaux tout en élargissant considérablement l’accès à ces ressources ”, indique le directeur. La gratuité reste le principe directeur de l’institution, dont les ressources sont mises à la disposition du public sans frais — un choix qui, selon lui, encourage les jeunes générations à s’approprier leur héritage.
Beyrouth, carrefour de la mémoire arménienne
Si la bibliothèque ne mène pas elle-même de programmes universitaires, elle s’inscrit pleinement dans le rayonnement intellectuel arménien de Beyrouth, ville qui demeure l’un des grands foyers de l’édition et de l’érudition arméniennes en diaspora. “ La bibliothèque KOHAR joue un rôle important dans la préservation et la promotion du patrimoine culturel arménien au Liban et dans l’ensemble de la Diaspora ”, affirme Garo Derounian. “ Elle accueille des visiteurs, des chercheurs et des groupes communautaires venus d’horizons et de pays différents ”, qui bénéficient, à chaque visite, d’une présentation détaillée des collections.
Transmettre, encore et toujours
Tourné vers l’avenir, Garo Derounian fixe trois objectifs à l’institution : “ Nos priorités consistent à enrichir et préserver nos collections, à poursuivre leur organisation et leur documentation, et à veiller à ce qu’elles restent accessibles aux générations futures. Nous souhaitons également renforcer nos partenariats avec d’autres institutions culturelles et maintenir des liens étroits avec les bibliothèques arméniennes du monde entier ”.
Quant aux nouvelles générations, qu’il souhaite voir s’approprier ce trésor : “ J’espère que les jeunes générations verront dans cette bibliothèque non pas un simple lieu de livres, mais une porte d’entrée vers la découverte de la musique et de la culture arméniennes ”. Il conclut sur une note qui résume tout le sens du projet KOHAR : “ Le patrimoine culturel est l’un de nos plus grands trésors collectifs. Chaque livre préservé, chaque document archivé, chaque récit consigné contribue à renforcer notre identité et à enrichir notre compréhension de qui nous sommes. La préservation n’est pas seulement la responsabilité des institutions : elle incombe à chaque membre de la communauté arménienne ”.
KOHAR en chiffres
• Fondation : 2012, par la famille Khatchadourian, à Beyrouth
• Plus de 2 500 recueils de chants arméniens
• Plus de 500 dictionnaires
• Plus de 3 600 cassettes, CD, DVD et disques vinyles
• Plus de 1 000 ouvrages sur l’histoire arménienne, le royaume de Cilicie et le Génocide
• Pièce maîtresse : l’Armeno-Latinvm (1633), plus ancien dictionnaire de la collection
• Accès gratuit au public, atelier de restauration intégré (KOHAR Bookbindery)
• Adresse : 243 rue Arménia (ex-Nahr), immeuble Bank of Beirut, 5e étage, Beyrouth
• Site de la bibliothèque KOHAR : https://koharlibrary.com/









