Centre Araxie Boulghourdjian : soigner, accompagner et rester au service de tous

À Bourj Hammoud, le Centre socio-médical Araxi Boulghourdjian accueille chaque jour près de 200 personnes. Fondé en 1987 par le LHOK (l'équivalent de la Croix Bleue en France),  
il répond aujourd’hui à une demande croissante de soins et d’aide sociale, dans un pays  
où les crises successives ont profondément bouleversé l’accès aux services de santé. 

Par Peniamin Hagi Manougian 

 

Depuis sa création, le Centre Araxi Boulghourdjian de la Croix de secours arménienne du Liban (LHOK - Լիբանանի հայ օգնութեան խաչ - équivalent de la CBAF en France) a progressivement élargi ses services et son public. Consultations, pharmacie, laboratoire, radiologie, soins dentaires, physiothérapie et urgences y côtoient un bureau social qui accompagne les personnes les plus vulnérables. Sa directrice, Nazely Avakian, revient sur cette évolution et sur les défis auxquels le centre est aujourd’hui confronté. 

 

France Arménie : Depuis sa création en 1987, comment les besoins auxquels le Centre répond ont-ils évolué ? 

Nazely Avakian : En 1987, pendant la guerre civile libanaise (1975 – 1990), la population avait immédiatement besoin de services de santé. Après la guerre, les besoins et les services se sont multipliés. Au départ, nous servions principalement Bourj Hammoud et les quartiers voisins. Progressivement, notre champ d’action s’est élargi à des personnes venant de Zalka, d’Antélias et d’autres régions, jusqu’à Jounieh. 

Nous avons également beaucoup travaillé sur la qualité de nos services et obtenu des reconnaissances en 2013 et en 2017. Nous avons augmenté le nombre de médecins et de spécialités disponibles. Par exemple, nous avions auparavant deux fauteuils dentaires, nous en avons aujourd’hui quatre. Notre capacité de services s’est donc considérablement développée. 

 

Le Centre est ouvert à toute la population. Pourquoi cette dimension est-elle importante pour vous ? 

Notre mission est de servir les différentes populations de la région : les Libanais, les réfugiés syriens, tout comme les travailleurs étrangers de diverses nationalités. Notre centre a été fondé par la communauté arménienne, mais l’approche qui guide l’action de la Croix de secours des Arméniens du Liban, fondée sur la solidarité et l’empathie, implique également que nous nous devons de proposer nos services à toutes et à tous. 

Il est finalement important que les autres communautés puissent nous connaître, connaître notre travail et voir notre mission de manière positive. C’est une bonne chose de servir ces personnes, tout en préservant la qualité de nos services et notre esprit d’équipe. 


Entre juillet 2024 et juin 2025, plus de 57 000 personnes ont bénéficié des services du Centre. Comment expliquez-vous cette hausse ? 

Ce chiffre montre l’extrême difficulté de la situation sociale et économique. À une époque, les gens pouvaient encore se rendre dans des cliniques privées et payer leurs soins. La situation s’est aggravée à partir de 2019 avec l’effondrement de la livre libanaise, puis la pandémie et l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Les événements régionaux ont également joué un rôle. 

Ces facteurs ont accru le recours aux centres de santé et nos responsabilités. Nous avons dû augmenter nos consultations et nos services. 

 

Vous travaillez également avec des partenaires institutionnels. Quelle importance ces collaborations ont-elles pour le Centre ? 

Depuis cinq ans, l’Agence française de développement (AFD), à travers l’association internationale Amel, finance l’amélioration de certains services : consultations, analyses, imagerie, échographies pour les femmes enceintes et services destinés aux enfants. 

Nous travaillons aussi avec le ministère libanais de la Santé. Le Centre appartient au réseau des soins de santé primaires et reçoit notamment des médicaments destinés aux maladies chroniques et non chroniques ainsi que des vaccins obligatoires pour les enfants. De tels partenariats nous permettent d’améliorer nos services et de répondre à davantage de besoins. 

 

Comment le Centre parvient-il à préserver la confiance de ses patients après toutes ces années ? 

Cette confiance repose sur l’empathie, l’écoute et la solidarité, mais aussi sur un travail organisé. Depuis les années 1980-1990, nous avons conservé des milliers de dossiers dans nos archives. 

Lorsque les gens ont constaté la qualité et la fiabilité de nos services, ils ont continué à venir. Certains anciens patients reviennent aujourd’hui, ainsi que leurs enfants et petits-enfants. Des bienfaiteurs et des institutions nous ont également soutenus, en raison de notre honnêteté et de notre transparence. Le 18 juin dernier, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, a visité le Centre. Cette visite constitue aussi une reconnaissance : des personnes extérieures à notre communauté nous font confiance pour la qualité de notre travail. 



Quelle place la dimension sociale occupe-t-elle dans votre fonctionnement ? 


Elle est essentielle dans la mesure où nous disposons d’un bureau social, et notre action dépasse largement Bourj Hammoud pour s’étendre à plusieurs régions grâce au relais de la la Croix de secours arménienne du Liban. Nous organisons des visites et des activités, notamment médicales, pour les personnes qui ne peuvent se déplacer jusqu’au centre. 


Face à la précarité croissante, nous avons également mis en place une aide aux médicaments ainsi qu’un soutien en biens de première nécessité. Les demandes sont en constante augmentation, certaines familles rencontrant désormais des difficultés à couvrir leurs besoins les plus essentiels. 


Le Centre doit donc faire face à des besoins croissants tout en disposant de moyens limités. Quelles sont aujourd’hui vos principales difficultés ? 


Depuis la crise économique, nos revenus ont fortement baissé tandis que nos dépenses ont augmenté. Pour une dépense hospitalière, nous pouvions parfois contribuer à hauteur de 100 dollars ; aujourd’hui, même 1 000 dollars représentent peu. Nous rencontrons aussi davantage de patients souffrant de troubles nerveux et psychologiques, dans un contexte de stress et d’instabilité permanents. Nous avons donné la priorité aux médicaments et à l’aide destinés à ces personnes. 


Notre principal problème reste le coût des hospitalisations. Nous privilégions donc certains médicaments essentiels, notamment contre les troubles nerveux, le diabète ou l’hypertension, afin d’éviter des hospitalisations faute de traitement. 


De quoi le Centre aurait-il besoin aujourd’hui pour continuer pleinement à jouer son rôle ? 


Nous avons besoin d’une aide financière importante et régulière pour les médicaments, certaines dépenses hospitalières et les besoins quotidiens des familles. Notre bureau social agit par petites actions, mais notre budget limité nous oblige à fixer des priorités et à déterminer combien de personnes nous pouvons aider. 


Nous sommes transparents avec nos bienfaiteurs et fournissons les rapports correspondant à chaque aide. ADRA (Adventist development and relief agency) nous a notamment apporté un soutien important en 2025, grâce auquel nous avons fourni des médicaments à 115 bénéficiaires. Cette transparence est essentielle pour conserver la confiance de nos donateurs et des ONG. 


Quel avenir souhaitez-vous pour le Centre Araxi Boulghourdjian dans cinq ou dix ans ? 


J’aimerais que nous retrouvions davantage d’autonomie sur le plan économique, comme c’était relativement le cas avant 2018, malgré un contexte devenu depuis beaucoup plus complexe. Je souhaiterais également accroître la proportion de bénéficiaires arméniens, tout en veillant à maintenir une offre de services accessible à l’ensemble des publics. 


Il serait par ailleurs important de renforcer nos effectifs et de fidéliser davantage de professionnels qualifiés afin de mieux répondre aux besoins. Enfin, nous aspirons à dépasser notre ancrage actuel dans le Metn (est de Beyrouth) pour devenir un centre reconnu à l’échelle de Beyrouth, en développant notamment notre capacité à atteindre les jeunes, tout en continuant à accompagner notre public actuel, majoritairement composé de personnes âgées.  



Infos pratiques : 

Facebook: ARCL A. Boulghourdjian Socio-medical Center 

Instagram: @boulghourdjian_center 



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