Celine Léflefian "Une femme de loi"
Surnommée « la patronne », Céline Lefléfian est depuis trois ans à la tête de la police municipale de Marseille. Elle occupe le sommet d’une hiérarchie composée majoritairement d’hommes et de femmes qui la respectent pour son professionnalisme et les valeurs qu’elle défend.
Par Annie Arslan
Quand Benoît Payan, maire de Marseille, décide de renforcer sa police municipale en 2023, il recrute pour la diriger une ex-gendarme, mais pas n’importe laquelle. Céline Lefléfian a déjà à son actif un parcours particulièrement exceptionnel.
Elle naît à Marseille en juillet 1987 d’un père arménien et d’une mère d’origine italienne, commerçants à Belcodène, petit village des Bouches-du-Rhône, près de Fuveau. Elle grandit avec son frère, ses parents et ses grands-parents paternels dont elle garde de merveilleux souvenirs d’échanges quotidiens de la langue et de la culture arménienne. D’un milieu modeste, et plein d’affection, elle apprend très tôt les valeurs de la famille.
Après le bac, elle étudie à la faculté de droit d’Aix-en-Provence et obtient un master en droit pénal puis étudie un an à Sciences Po. Elle a une passion : “ Etre utile et servir son pays ”. C’est tout naturellement la gendarmerie qui lui permettra de l’assouvir pleinement.
En 2011, elle intègre l’AMGN (Académie militaire de la gendarmerie nationale) à Melun pour deux ans. En 2013, elle prend le commandement d’une brigade de gendarmerie des transports aériens de Nice, composée de trente personnes, à seulement vingt-six ans. “ J’ai dû et su faire mes preuves et cela ne m’a posé aucun problème. J’adore le management. Pour un officier, l’adhésion de son équipe constitue la plus belle des récompenses ”.
En 2015, elle doit faire face à une situation des plus complexes, à savoir le crash volontaire (suicide du pilote) de la Germanwings dans les Alpes du Sud qui fait 150 morts. Elle dirige de main de maître dans un environnement difficile, voire dangereux, les opérations de sécurité et de récupération des débris et boîte noire. De 2016 à 2021, elle est chef de cabinet du général David Galtier et devient une véritable cheffe d’orchestre qui pilote la stratégie de communication globale avec la presse et les médias entre autres missions.
Remarquée, distinguée, médaillée, Céline Lefléfian gravit les échelons en toute humilité et discrétion. De 2021 à 2023, elle prend les commandes de la compagnie de gendarmerie de Draguignan réputée dans le Var et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, regroupant des dizaines de communes et composée de deux cents femmes et hommes. Les expériences la forgent et favorisent son adaptabilité aux situations quotidiennes et d’urgence.
En 2023, Benoît Payan désire faire de Marseille “ une ville plus sûre et apaisée. Notre police municipale est le maillon essentiel pour réussir ”. Pour mener cette tâche éminemment compliquée, il fait appel à une femme. Cette femme qui aura des responsabilités écrasantes avec pour ambition de ne jamais faillir à son devoir, sera Céline Lefléfian. Au vu de ses résultats et de la réputation qui la précède, ce choix est légitime.
Elle est nommée directrice de la police municipale de Marseille. Une première. Le Maire veut doubler les effectifs. De quatre cents policiers, ils passent à huit cents. Aujourd’hui, la directrice a mille deux cents personnes qui travaillent sous ses ordres. Objectif mille six cents. Le champ d’opération est extrêmement large et diversifié. La police municipale est composée de brigades avec chacune des responsabilités très spécifiques : la brigade maritime, de nuit, canine, vtt, équestre (dans certains parcs de la ville et sur la Corniche, pour une surveillance en hauteur). Elles ont toutes le devoir de prévention, de sensibilisation, avec le but suprême d’être utile à leur ville et ses habitants en assurant le calme et la sérénité. Pour Céline Lefléfian, le travail à ce niveau de commandement c’est du non-stop. Elle doit, et peut être sur tous les fronts, avec les réponses et solutions aux problèmes auxquels elle est confrontée de jour comme de nuit, week-ends et jours fériés compris.
La tranquillité publique est sa priorité et elle met tout en œuvre pour l’assurer. Pour ce faire, elle met en place les agents de sécurité sur la voie publique (rixes, délits, vols à la tire, etc.), sécurise les parcs et les jardins, emploie les « petits piétons » (dispositif qui fait appel à des retraités aux revenus modestes, qui assurent la sécurité des enfants aux sorties d’écoles), organise les opérations de nettoyages (peintres et camions bennes à l’assaut des points de deal pour effacer tags et autres), les opérations de lutte contre les stationnements illégaux sur les places réservées aux handicapés, le plan Horus (dispositif de sécurité aux abords des zones commerciales), les contrôles de vitesse sur la Corniche pendant l’été et l’opération de rétablissement d’un ordre républicain à Noailles, un des quartiers les plus animés du centre-ville, réputé « sensible » où les ventes à la sauvette de tabac ou autres ont peu à peu disparues pour laisser place à de nouvelles enseignes (de savonnerie par exemple). C’est une fierté de pouvoir changer l’image négative de certains quartiers. Le chantier est néanmoins long et laborieux.
Lorsqu’on la questionne pour comprendre comment une jeune femme très jolie de surcroît, à l’aspect plutôt délicat, peut se faire respecter dans un milieu si masculin, « apparemment » plutôt misogyne, elle répond en riant : “ En arrivant, j’ai gentiment annoncé que j’étais marseillaise et... arménienne ! ”. Sous-entendu, je ne suis pas du style à me laisser faire. Céline Lefléfian a une autorité naturelle et surtout, elle donne l’exemple. Elle est respectée pour les valeurs qu’elle transmet et qu’elle demande de suivre, “ créer l’esprit de corps et d’appartenance à la police municipale ”. Sport, rigueur, discipline, éthique, déontologie… Il faut dire que la “ patronne ” a fait ses preuves en coordonnant les dispositifs de milliers de forces de police, lors de la venue attendue du Pape ou bien pendant les Jeux olympiques, deux évènements extra-ordinaires particulièrement sensibles et de grande ampleur.
Faire face à n’importe quel débordement, anticiper, prévenir... même l’imprévisible. Sur la Côte d’Azur, elle aura connu les « attentats de Nice », à Marseille ce sera le « drame de la rue de Tivoli » (explosion d’un immeuble). Des tragédies que l’on n’apprend pas forcément à gérer pendant ses classes. Il faut un certain sang-froid, garder son calme et prendre des décisions réfléchies tout en respectant les lois et les droits des citoyens. Comment gérer les émotions dans ces cas extrêmes ? “ Nous ne sommes jamais blindés ”.
La police municipale a instauré le « Bootcamp ». Il s’agit d’une période d’intégration professionnelle destinée aux agents, afin de solidifier leur socle de connaissances et de compétences, pour aborder la suite de leur parcours dans les meilleures conditions. Un entraînement quasi militaire.
La question de la sécurité à Marseille n’est pas à prendre à la légère. Elle est devenue récurrente et est un enjeu primordial. Le Maire et la Chef de la police municipale sont sur la même longueur d’onde. La même vision d’une ville plus apaisée pour le bien de tous avec “ une mobilisation sans faille ”. Céline sait féliciter et remercier ses troupes composées de femmes et d’hommes valeureux : “ Vous êtes l’âme d’une police municipale engagée et efficace ! ”. Son énergie, sa passion, sa détermination implacable, son courage, elle les doit probablement à sa famille qui l’a soutenue au départ, et certainement à sa propre volonté d’y arriver en étant “ sérieuse sans se prendre au sérieux ”. Céline Lefléfian est une femme d’honneur, terriblement inspirante, un exemple pour toutes les jeunes femmes qui hésiteraient à prendre une voie qui semble semée d’embûches.
Si elle est passionnée par son travail, sa vie n’en est pas moins rythmée par les petits bonheurs du quotidien d’une épouse comblée, et maman d’une petite fille de neuf ans. Quel chemin accompli à trente-neuf ans…
En se retournant de temps en temps sur son passé, Céline peut revoir ses grands-parents qui lui ont insufflé l’optimisme, l’amour des traditions de ses origines ancestrales, entre les beureks et les kotcharis. Ce qui est certain c’est qu’ils doivent, au même titre que ses parents, être fiers de leur petite-fille au-delà de leur espérance, et pourraient même chuchoter à son oreille doucement et affectueusement : “ Abriss Céline ”.









