2ème rencontre économique Auvergne-Rhône-Alpes -Arménie

Le 1er octobre dernier, la Région Auvergne-Rhône-Alpes accueillait à Lyon la deuxième Rencontre économique. Après une première édition en 2024, consacrée à l’établissement d’un partenariat avec la région arménienne du Siounik, menacée par les ambitions territoriales de l’Azerbaïdjan, cette nouvelle rencontre entendait approfondir les relations économiques entre les deux territoires avec un accent particulier sur l’agroalimentaire et l’agritourisme. 

Par Zmrouthe Aubozian 

 

Lors de son discours d’ouverture, Fabrice Pannekoucke, président de la Région, a rappelé que sept villes du Siounik étaient jumelées avec sept villes en Auvergne-Rhône-Alpes. Il a également annoncé l’attribution d’une subvention de 1,5 million d’euros à l’Université française en Arménie (UFAR), versée en trois fois. Après un déplacement en Arménie en 2025, il prévoit d’y retourner à l’été 2027 avec une conviction : “ Lorsqu’on y est allé, on veut y retourner ”. 

 

Arman Khojoyan, vice-ministre arménien de l’Economie, lui a succédé à la tribune. Soulignant que les produits arméniens accédaient déjà au marché européen, il a exprimé le souhait de voir davantage de fruits et légumes arméniens proposés aux consommateurs français. Lilit Haroyan, responsable d’Enterprise Armenia, a ensuite présenté les opportunités d’investissement dans le secteur agricole, en insistant sur les dispositifs mis en place par le gouvernement. L’économie arménienne, en développement depuis plusieurs années, représente 22% du PIB dans les secteurs des services, du commerce et de l’agriculture. Quant à Joëlle Seux, responsable du pilier international export, elle a rappelé la place de premier plan qu’occupe Auvergne-Rhône-Alpes dans l’économie française, notamment dans le domaine industriel. 

 

Table ronde : agroalimentaire 

La 1ère table ronde était consacrée aux échanges agroalimentaires, depuis la production jusqu’à la transformation et à la commercialisation des produits. « Exporter, importer, investir et innover », tels étaient les maîtres mots de ces discussions, nourries par les témoignages d’entrepreneurs et les expériences des acteurs institutionnels. 

Anahide Djabourian, installée en Arménie depuis 2023 après avoir quitté la France, a partagé son expérience de viticultrice. A travers Yeriza, marque de vin issue d’un projet familial, elle entend non seulement transmettre un héritage, mais aussi créer des emplois et valoriser les ressources locales. Elle a toutefois souligné les difficultés auxquelles son entreprise se heurte : outre les contraintes réglementaires et les coûts logistiques, l’accès aux marchés reste un enjeu majeur. Les investissements s’inscrivant dans une perspective de long terme, le développement à l’international nécessite de trouver des partenaires fiables. Jérémy Thien, président d’Auvergne-Rhône-Alpes gourmand, a rappelé le poids du secteur agricole régional qui compte 44 000 exploitations agricoles et 9 000 entreprises de transformation. La Région se distingue par la qualité et la diversité de ses productions, des atouts qui favorisent également le développement de l’agritourisme, ce tourisme vert. 

Du côté arménien, Arman Khojoyan a décrit un secteur agroalimentaire en pleine transformation malgré les difficultés liées à la configuration des frontières du pays. L’Arménie produit notamment des amandes, nectarines, pêches plates et des fleurs. 9 0 % des fruits et des fleurs sont exportés vers la Russie. Les serres bénéficient d’équipements comparables à ceux utilisés en France. 

 

Carole Perrier, déléguée des industries agroalimentaires d’Auvergne-Rhône-Alpes, a cité plusieurs entreprises emblématiques du secteur, parmi lesquelles Pasquier, Danone et Alpina, dont les exportations sont en baisse à cause de la sécheresse. Pour exemple, la pénurie d’œufs de ces derniers temps. En Arménie, les œufs répondent aux exigences françaises, d’où l’intérêt de ces échanges. L’AFD (Agence française de développement), intervient depuis 2012 en Arménie, indiquait Tanguy Vincent, son responsable. Ainsi, pour la construction du réservoir de Védi, elle apporte son concours aux projets de l’Etat : 30 millions d’euros ont été attribués au Siounik. L’Arménie s’est métamorphosée, soulignait Armen Mnatzakanian, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-arménienne (CCIFA). Il y a des hôtels à construire, des crédits sont accessibles auprès des banques. Quid des problèmes douaniers ? Mikayel Khachatryan, attaché douanier de l’Arménie auprès de l’Union européenne, proposait sa consultation. 

Chacun de ces intervenants aura apporté sa contribution et son expérience pour aider à développer les échanges agroalimentaires. 

Table ronde : agritourisme 


 L’agritourisme s’applique aux activités touristiques sur une exploitation agricole : gîtes, chambres d’hôtes, fermes-auberges, goûters à la ferme… Corine Lafrogne, apicultrice, secrétaire de la Chambre d’agriculture de la Drôme, représentant Michel Joux, président de la Chambre régionale d’agriculture, spécifiait que l’opération « Bienvenue à la ferme » a été créée en 1988 par les Chambres d’agriculture : un réseau de vente directe et d’agritourisme, qui compte actuellement 5 000 acteurs. Former les agriculteurs, c’est le but de l’AFRAT dont la directrice est Martine Chaligné. La coopération décentralisée s’est exercée dans le Guégharkounik et le Siounik. Accueil chez l’habitant, formation de guides de randonnée, tourisme rural, sont autant d’apprentissages que l’AFRAT dispense. 


 Avec des vestiges archéologiques témoignant d’une production de vin vieille de plus de 6 000 ans, l’Arménie est le plus ancien berceau de la viticulture, détaillait Zaruhi Muradyan, directrice de la Fondation arménienne de la vigne et du vin. Après la chute de l’URSS, la culture de la vigne a repris de l’importance. Avec ses cépages endémiques, l’œnotourisme – la découverte des régions viticoles et leurs productions – prend de l’importance auprès des viticulteurs arméniens. Œnotourisme sur lequel revenait Ludovic Walbaum, président du Comité Vin Auvergne-Rhône-Alpes qui a engagé une coopération depuis 2020 avec l’Arménie. Si l’économie se développe dans la Région, c’est par la grande diversité de ses terroirs a-t-il souligné. En Arménie, la découverte dans une grotte d’Aréni de la plus vieille chaussure du monde (5 500 ans), est un atout de plus pour l’œnotourisme. 


 Pour conclure, l’ambassadeur de France en Arménie, Florian Escudié, l’ambassadeur d’Arménie en France, Arman Khachatryan et Laurent Wauquiez (en vidéo), conseiller spécial de la Région, député et président du groupe d’amitié France-Arménie de l’Assemblée nationale, ont mis en avant les opportunités de croissance et de réussite envisageables pour le futur grâce à cette coopération. 


 Cette rencontre a été l’occasion d’inaugurer officiellement la mise en place du bureau lyonnais de la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-arménienne (CCIFA)*. Faciliter les échanges, accompagner les projets et agir en tant qu’intermédiaire pour les entreprises françaises et arméniennes, tel est son but. Constituée de 23 membres, tous entrepreneurs, elle a pour président Armen Mnatzakanian, Raffi Derderian étant le président du bureau lyonnais. 


 Cette 2e Rencontre s’est achevée par un buffet où trônaient les produits typiques de la Région, dont les fromages et la charcuterie, et les vins arméniens et français. Le chef Alain Alexanian faisait goûter le brandy arménien aromatisé d’herbes et de feuilles de thé. Des dégustations qui ont permis des rencontres avec près de 230 acteurs économiques et institutionnels. n  


  


*CCIFA, 20 rue de la Bourse, Lyon 2e – tél. 06 79 65 94 04 – lyon@ccifa-france.com 


 


Signature du partenariat entre la Chambre régionale d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes et le Fonds Arménien de France 


 


En marge de la 2e Rencontre économique à l’Hôtel de Région, a pris place la signature d’une convention de partenariat entre les deux organismes pour une durée de trois ans, concernant le développement économique et agricole du Siounik. 


Devant les drapeaux européen, français, arménien, de la Région et de la ville de Lyon, la signature a été entérinée par Bédros Terzian, président du Fonds Arménien de France, Michel Joux, président de la Chambre régionale d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes et Michel Pazoumian, administrateur de la Fondation Himna Tavush. Elle prolonge l’accord de partenariat signé en 2023 entre la Région et la Préfecture du Siounik. Participaient à cette signature, Aline Mouseghian, conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes, et Valérie Morier-Genoud, responsable de la coopération internationale. Tous ont œuvré pour la complémentarité : connaissance du terrain par le Fonds et expertise technique par la Chambre.  



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