Allez Bibi encore un effort
“ Erdogan est un tyran qui héberge également les chefs terroristes du Hamas. Il a fait assassiner des milliers de civils kurdes. Il nie le Génocide des Arméniens. Il emprisonne des journalistes et des leaders de l’opposition. Il occupe illégalement le nord de Chypre, membre de l’Union européenne, et multiplie les provocations à l’encontre de la Grèce, membre de l’OTAN. ”
Par Varouan MARDIKIAN
Ces accusations proférées par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le 24 septembre à la tribune de l’ONU, ont suscité la réaction de la Turquie, qui a dénoncé des propos “ scandaleux et ignobles ” par la voix du porte-parole du chef de l’Etat, Burhanettin Duran. Lequel a ajouté que cette déclaration “ ne saurait occulter les massacres commis par Netanyahou, la catastrophe humanitaire à Gaza ou les poursuites judiciaires engagées contre [le Premier ministre israélien] en vertu du droit international ”.
On notera avec intérêt que le discours offensif de Benyamin Netanyahou (alias « Bibi ») à l’égard de la Turquie répondait directement à celui prononcé la veille par Recep Tayyip Erdogan, qui avait qualifié de “ génocide ” la politique menée par Israël à Gaza et avait appelé la communauté internationale à exercer une pression accrue sur Tel-Aviv.
Ces propos tenus par le Premier ministre israélien sont intervenus trois mois après la reconnaissance officielle du Génocide des Arméniens par le gouvernement de Tel-Aviv, le 28 juin dernier. Mais on attend toujours la présentation et l’adoption d’un texte au Parlement israélien entérinant cette reconnaissance officielle par le biais d’une loi. Si le tandem turco-azerbaïdjanais ne se prive pas d’exercer des pressions sur Tel-Aviv, il n’en reste pas moins qu’Israël doit franchir cette étape pour que la politique arménienne du gouvernement israélien gagne en crédibilité. Dans le cas contraire, Israël aura « gratifié » les Arméniens et l’ensemble de la communauté internationale d’une énième instrumentalisation du Génocide des Arméniens à des fins politiques, dans un contexte de dégradation évidente des relations turco-israéliennes consécutive aux condamnations répétées par Ankara du calvaire infligé par Israël à la population palestinienne de Gaza.
Et si Israël saute le pas en adoptant un texte sans ambiguïté à la Knesset, un certain nombre d’actes forts devront suivre pour tourner la page du négationnisme et de la politique anti-arménienne érigée en raison d’Etat : sanctuariser la mémoire du Génocide des Arméniens dans l’ensemble de la société israélienne – ce qui constituera le plus bel hommage rendu à tous les historiens et personnalités du pays qui se battent depuis des lustres pour gagner ce combat –, mettre fin aux attaques incessantes contre la communauté arménienne de Jérusalem et ses biens, mais aussi à la coopération militaire avec l’Azerbaïdjan qui a déjà causé tant de victimes arméniennes. Bien trop échaudés par ces offenses subies depuis des décennies, les Arméniens n’accorderont pas leur confiance aux autorités de Tel-Aviv tant qu’elles n’auront pas clairement et définitivement tourné le dos à une époque qui ne grandit pas l’Etat d’Israël.









