Rencontre avec le président turc Erdogan et son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan
Aucune avancée substantielle ne se profile à l’horizon, en revanche, sur l’ouverture de la frontière turco-arménienne, qu’Ankara conditionne à la signature d’un accord de paix arméno-azerbaïdjanais conforme aux intérêts de Bakou. Face au statu quo imposé par Ankara, qui se contente d’autoriser le transit de marchandises turques et arméniennes via la liaison ferroviaire géorgienne avec la Turquie, le président arménien Vahagn Khatchatrian a précisé début septembre que les travaux nécessaires ont été réalisés côté arménien aux points de passage frontaliers, désormais “ prêts à assurer la circulation des personnes, des biens et des véhicules ”. Mais la mise en œuvre de l’accord de 2022 prévoyant l’ouverture de la frontière aux détenteurs de passeports diplomatiques turcs et arméniens ainsi qu’aux citoyens de pays tiers se fait attendre, en dépit des avancées enregistrées dans certains secteurs économiques (lire l’encadré ci-contre).
De leur côté, les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais, Ararat Mirzoyan et Jeyhun Bayramov, se sont rencontrés le 24 septembre en soirée. Selon le ministère arménien des Affaires étrangères, les deux dirigeants ont examiné les “ progrès ” accomplis depuis la signature des accords de Washington d’août 2025 et ont accordé une “ attention particulière au déblocage des infrastructures économiques et de transport entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ”. Ils ont également exploré la “ possibilité de faire progresser un programme constructif au sein de diverses instances multilatérales ”, sans livrer davantage de détails. La précédente rencontre entre les deux chefs de la diplomatie s’était tenue à Bichkek (Kirghizistan), début septembre, dans le cadre du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai.
Ararat Mirzoyan et Jeyhun Bayramov figuraient parmi les hauts responsables du Sud-Caucase, d’Asie centrale et les dirigeants de plus de 40 entreprises réunis quelques heures plus tôt, à New York, pour discuter des prochaines étapes de la mise en œuvre de l’accord sur la TRIPP, dans le cadre d’un événement organisé par le gouvernement américain, ayant pour thème « La prospérité pour la paix : investir dans la route commerciale transcaspienne et l’Accord sur la TRIPP ». Ararat Mirzoyan est intervenu aux côtés de Jeyhun Bayramov et du secrétaire d’Etat adjoint américain aux Affaires européennes et eurasiennes, Brendan Hanrahan. Egalement présent, l’émissaire spécial américain pour les missions de paix, Steve Witkoff, a souligné l’importance géopolitique et économique du projet de Route Trump.
On ne saurait d’ailleurs conclure ce bilan de la séquence sud-caucasienne à l’AG de l’ONU sans se faire l’écho de la présentation par le président américain Donald Trump des acquis de sa politique étrangère censés favoriser la paix dans le monde. “ Pendant que d’autres parlaient, j’agissais. Pendant que d’autres parlaient de paix, j’ai instauré la paix ”, a-t-il martelé le 22 septembre à la tribune de l’ONU. En guise d’illustration de ses succès, il a évoqué le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en se référant aux propos tenus à son sujet par Nikol Pachinian et Ilham Aliev : le premier avait déclaré que “ cette avancée [ndlr : l’accord du 8 août 2025 à Washington] n’aurait pas été possible sans l’implication personnelle et la détermination du président Trump à parvenir à la paix ”, et le second que “ le président Trump [avait] accompli un miracle en six mois ”.
Un ego bien boursouflé de cet « apôtre tout puissant » de la paix, qui a pourtant omis de donner suite à son autre engagement pris le 8 août 2025 : intercéder auprès d’Ilham Aliev pour obtenir la libération des otages arméniens emprisonnés à Bakou…
(1) L’ambassadeur d’Iran en Arménie, Khalil Chirgholami, avait déclaré quelques jours avant le rendez-vous onusien que son pays ne s’opposerait pas à la création de la TRIPP, si celle-ci respectait l’intégrité territoriale de l’Arménie et n’entraînait pas de présence militaire américaine le long de la frontière arméno-iranienne.
(2) Lors de son dîner de travail avec la Chambre de Commerce des Etats-Unis, Nikol Pachinian a souligné qu’à la suite du mémorandum d’entente signé le 8 août 2025 avec les Etats-Unis, deux centres d’intelligence artificielle de grande envergure avaient été créés en Arménie en l’espace d’un an.
(3) Le président turc a invité Nikol Pachinian à la COP31 sur le changement climatique, qui se tiendra du 9 au 20 novembre prochains à Antalya.