La mairie de Erevan (Contrat civil) veut effacer des murs les fresques rendant hommage aux soldats morts, "au nom de la paix"
Effacer la mémoire, la marquede fabrique de l’« Arménie réelle »
Si les questionnements du Premier ministre peuvent ouvrir la voie, en théorie, à un débat sur un enjeu de société pour la nation arménienne, on regrettera, en revanche, certaines décisions dont la brutalité et l’incohérence décrédibilisent le discours de Nikol Pachinian autour d’une certaine « frénésie » commémoratrice et ne laissent guère planer de doute sur ses véritables intentions. Il en va par exemple du choix des autorités municipales d’Erévan d’effacer des fresques murales représentant des soldats arméniens tués lors des combats en Artsakh, malgré les protestations de leurs familles, de nombreux citoyens et de l’opposition. La quasi-totalité de ces fresques avaient été peintes sur des murs et des bâtiments de la capitale, après la guerre de 2020, et d’autres étaient également apparues en province.
En juin dernier, au moins cinq images de soldats morts au combat avaient été effacées des murs de passages souterrains pour piétons dans le centre d’Erévan. L’une d’elles représentait Haykaz Mkrtchian, un conscrit de 19 ans décédé le dernier jour de la guerre de 2020. À l’époque, les autorités municipales avaient affirmé que les murs étaient nettoyés dans le cadre de travaux de rénovation de ces passages souterrains. Or celui sur lequel figurait l’image de ce soldat décédé n’a toujours pas été rénové. De nombreuses marches d’escaliers sont toujours brisées et les carreaux des murs sont arrachés ou en mauvais état. En outre, on a découvert le 9 octobre que les fresques représentant deux autres soldats morts au combat, Guévorg Assatrian et Hovhannès Khoderian, avaient elles aussi été effacées au même endroit.
Les autorités de la capitale ont même décidé d’ignorer le tollé suscité quelques jours auparavant par le retrait d’une autre fresque murale, inspirée d’une photographie arménienne emblématique de la guerre de 2020, qui montrait le soldat Albert Hovhannissian tirer au canon obusier, quelques jours avant d’être tué au combat. Son père, Artak, a accusé les autorités de “ profanation ”. “ On voit très clairement d’où souffle ce vent toxique [ndlr : Nikol Pachinian]. Vous aurez beau effacer les images, vous ne pourrez pas effacer la mémoire des gens ”, a-t-il écrit sur Facebook. En réaction, des responsables de l’administration municipale l’ont rencontré pour lui promettre d’ériger un mémorial spécialement en l’honneur de son fils. Le chef du district central de la capitale, Pétros Pétoyan, a répété le 9 octobre que ces fresques murales étaient effacées dans le cadre de travaux de rénovation, ajoutant qu’“ il n’y a pas de directive spécifique pour les retirer ”. Cependant, comment ne pas pointer l’incohérence du discours des autorités municipales, sachant que les travaux de rénovation censés justifier le retrait des fresques murales se font attendre !
Ces tentatives visant à rassurer les familles des soldats morts au combat n’ont pas convaincu les détracteurs du gouvernement, qui accusent Nikol Pachinian d’être à l’origine de la disparition de ces fresques. Ils soutiennent que le Premier ministre et ses alliés cherchent à jeter l’Artsakh et les soldats tombés pour cette cause aux oubliettes de l’Histoire, dans le cadre de sa politique de soumission aux diktats de l’Azerbaïdjan. Le 23 septembre, lors d’une audition consacrée aux problèmes socio-économiques des réfugiés artsakhiotes, certains responsables du gouvernement et des députés du Contrat civil ont quitté le Parlement, en signe de protestation contre l’inclusion de personnes qualifiées de “ représentants du Parlement de l’Artsakh ” par Lilit Galstian, la députée de l’opposition (3) organisatrice de l’événement.
Alors que la veille, dix jours seulement après le scandale de Gandzassar (cf. FA octobre, pp. 22-23), l’Azerbaï-djan négationniste venait de récidiver en accusant la partie arménienne d’avoir transporté des fresques, des khatchkars et d’autres biens culturels du monastère arménien de Dadivank après la guerre de 2020. Cette opération de sauvetage d’un joyau religieux et architectural de l’Artsakh est présentée par Bakou comme une spoliation du patrimoine de l’“ Albanie caucasienne”, les informations relatives aux fresques et aux khatchkars retirés de Dadivank ayant été transmises à Interpol en octobre 2025 et inscrites dans la base de données des “ œuvres d’art volées ” !









