Pour la mémoire, pour la Cause arménienne et pour l’ Artsakh

Alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, était à Marseille, les cérémonies à Paris ont été marquées par la présence du nouveau maire, Emmanuel Grégoire, et par une belle mobilisation de la jeunesse lors de la marche pour la Justice.


Le grand salon d’honneur de la mairie de Paris est plein en ce 24 Avril pour le premier rendez-vous entre la communauté arménienne et le nouveau maire de la capitale. Cette réception est une tradition instaurée par Bertrand Delanoé et poursuivie par Anne Hidalgo, et c’est bien dans cette lignée qu’entend s’inscrire Emmanuel Grégoire. Interpellé par les deux coprésidents du CCAF, Ara Toranian et Mourad Papazian, sur la situation des 19 otages arméniens détenus à Bakou, il a annoncé que leurs portraits seront prochainement affichés dans les rues de Paris pour marquer la solidarité de la Ville et exiger leur libération immédiate et sans condition. Emmanuel Grégoire a également annoncé son soutien à l’ouverture, on l’espère avant l’année prochaine, d’une Maison de l’Arménie à Paris dont le CCAF attend la réalisation depuis de nombreuses années. Des engagements forts qu’il a répétés l’après-midi lors de la cérémonie nationale de commémoration du Génocide des Arméniens, devant la statue du Révérend Père Komitas. 


 Une cérémonie nationale où se sont rassemblées près de 2 000 personnes. Un chiffre, résultat de la dispersion intervenue depuis 2019 du fait des très nombreuses cérémonies locales qui se sont mises en place partout en Ile-de-France. Après les élections municipales, on notait la présence de nombreux nouveaux élus locaux, adjoints au maire, maires d’arrondissement toutes tendances politiques confondues, mais aussi celle du président de la Région des Hauts-de-France Xavier Bertrand, et de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal. Côté Arméniens, outre les coprésidents du CCAF et de nombreux responsables d’associations membres du CCAF, on remarquait la présence de l’ambassadeur d’Arménie en France Arman Khachatryan, et de Monseigneur Krikor Khachatryan, primat du diocèse de l’Église apostolique arménienne de France. 



Sur le fond, cette année encore, ce sont les deux coprésidents du CCAF qui ont donné le ton de la cérémonie. Pédagogue à l’égard des nouveaux élus, Ara Toranian a retracé les différentes étapes du Génocide qui fait que les chrétiens de Turquie “ n’en représentent plus qu’environ 0,2 %, soit à peine 200 000 personnes sur 90 millions d’habitants. Une disparition presque totale, qui dit à elle seule la réalité de ce qui s’est joué en 1915. ” Puis il a fait le lien avec la situation actuelle : “ Il existe une ligne directe entre 1915 et ce qui s’est produit en 2023 au Haut-Karabagh, c’est la même haine de l’autre. Même volonté d’homogénéisation ethnique et religieuse. Même instrumentalisation du fanatisme et obsession totalitaire de la pureté. Même expansionnisme territorial qui s’est aussi traduit en d’autres lieux par l’invasion de Chypre, les massacres contre les Kurdes depuis le Dersim jusqu’au Rojava, ou la mise en place d’un régime stipendié en Syrie ”. “ Cette idéologie panturquiste, dont la dynastie au pouvoir à Bakou constitue aujourd’hui le fer de lance, a coûté la vie à des milliers de jeunes Arméniens lors de la guerre de 2020. Et après avoir annihilé l’Artsakh, aujourd’hui en voie de turquification culturelle totale, cette idéologie continue de menacer l’existence même de l’Arménie à travers de multiples pressions, chantages et menaces exercés sur ce pays en quête permanente de solutions pour sa survie.  

Ainsi se présente aujourd’hui la situation. Avec, à l’intérieur de cette tragédie, un autre drame particulièrement cruel : celui des prisonniers arméniens de Bakou. Aujourd’hui encore, dix-neuf responsables politiques et militaires de la République d’Artsakh sont détenus en Azerbaïdjan. À travers eux, c’est tout un peuple, où qu’il se trouve, que l’on cherche à atteindre, à humilier, à faire plier. ” a indiqué Ara Toranian. 

 

Deuxième lame du couteau, Mourad Papazian après avoir dressé le réquisitoire de la politique panturque d’Erdogan et d’Aliev a fait, lui, le choix de s’adresser directement au gouvernement français pour exiger non pas simplement des paroles mais surtout d’intervenir à travers des actes. “ La France n’est pas un pays comme les autres dans cette histoire ” a rappelé le coprésident du CCAF. “ La France a reconnu le Génocide arménien. La France a accueilli des centaines de milliers d’Arméniens qui ont fait de ce pays leur seconde patrie, et qui ont donné à la France des ingénieurs, des artistes, des médecins, des entrepreneurs, des soldats. Mais avoir une mémoire ne suffit pas. Il faut avoir un courage. Alors nous attendons de la France qu’elle parle. Qu’elle parle fort. Qu’elle parle clairement. Devant l’Union européenne, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, devant les instances internationales. Que la voix de la France soit la voix de la vérité et de la justice. Nous attendons qu’elle réclame avec fermeté la libération des 19 otages de Bakou — et qu’elle use de tous les leviers diplomatiques et économiques à sa disposition pour y parvenir. Nous attendons que la France soutienne l’Arménie dans sa souveraineté, dans son intégrité territoriale, dans son droit à exister et à vivre en paix, sans la menace permanente qui pèse sur elle depuis des décennies. Nous attendons que la France soit, une fois encore, ce qu’elle a toujours su être aux heures décisives de l’Histoire : la nation qui choisit le droit contre la force, la dignité contre l’intérêt, la lumière contre l’obscurité. ” a conclu Mourad Papazian. 

Et si Emmanuel Grégoire lui a donné raison, notamment sur la solidarité de Paris avec les otages détenus en Azerbaïdjan, le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Jean-Didier Berger, qui était visiblement en service commandé, se livra lui à une pâle copie de l’intervention du Premier ministre le matin même à Marseille, se limitant à parler de l’amitié franco-arménienne millénaire. Il évoquera le Génocide des Arméniens mais comme à Marseille sans jamais en citer l’auteur pas plus qu’il n’évoquera, à aucun moment, l’Artsakh. Seul point positif, l’affirmation du soutien de la France face aux menaces de ses voisins par une aide militaire et un soutien politique. 

Ce n’est qu’après ces discours que la foule s’est élancée pour une Marche pour la Justice particulièrement rythmée par une jeunesse arménienne déterminée et engagée qui, contrairement au représentant du gouvernement, n’avait pas mis de côté les revendications à l’égard de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, dénonçant également le silence complice des nations européennes et de la France. 

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