De Lyon à Erevan, l'expérience d'un ingénieur en Arménie
J’ai eu la chance de vivre quatre mois en Arménie, d’avril à juillet 2026, dans le cadre de mon cursus en école d’ingénieur à Lyon. Je devais effectuer une période de mobilité internationale et j’ai choisi de réaliser cette expérience avec Birthright Armenia, un programme destiné aux jeunes Arméniens de la Diaspora. Ce séjour a été bien plus qu’une simple expérience professionnelle : il m’a permis de découvrir l’Arménie à travers le travail, les rencontres et la vie quotidienne.
par Hovig Bardakjian
A mon arrivée, l’équipe de Birthright Armenia m’a accompagné dans mon installation et dans la recherche d’une mission correspondant à mon parcours d’ingénieur. C’est dans ce carde que j’ai rejoint Foldink, une entreprise arménienne spécialisée dans les bio-encres et la bio-impression 3D.
La bio-impression reprend certains principes de l’impression 3D classique, mais utilise des biomatériaux pour répondre aux besoins de la recherche biologique et médicale. En tant qu’ingénieur mécanique, j’ai participé à la conception et au développement d’une nouvelle bio-imprimante 3D dans le cadre du projet « Foldink-Ti-3D ONTOGENESIS », mené en collaboration avec Ti-3D, une entreprise arménienne spécialisée dans les technologies 3D. J’ai travaillé sur différentes parties de la machine, de leur conception jusqu’à leur intégration. Cette nouvelle imprimante sera plus compacte, mieux adaptée aux exigences de stérilité propres à la bio-impression et pourra utiliser une plus grande variété de bio-encres.
Grâce à cette expérience, j’ai pu mettre en application les connaissances acquises pendant mes études et apprendre à collaborer avec des professionnels aux métiers et approches très différents des miens, notamment des médecins, des biologistes et des chercheurs. Mon rôle était de comprendre leurs besoins et de trouver des solutions mécaniques permettant d’y répondre. Cette collaboration m’a particulièrement intéressé, car elle représente selon moi une dimension essentielle du métier d’ingénieur. Dans le domaine médical, les besoins sont définis par des spécialistes qui connaissent leur application, tandis que l’ingénieur doit comprendre leurs attentes et déterminer comment les rendre réalisables techniquement. Cela demande un dialogue permanent, de la flexibilité et la recherche d’un compromis entre les besoins et les possibilités techniques.
La langue a également occupé une place importante dans mon expérience. Au quotidien, les échanges avec mes collègues se faisaient principalement en arménien, oriental comme occidental, tandis que les discussions plus techniques se déroulaient généralement en anglais. Avant mon départ, je parlais surtout l’arménien occidental et possédais quelques notions d’arménien oriental. Le fait d’être constamment entouré de personnes le parlant m’a permis de m’y habituer rapidement, d’enrichir mon vocabulaire et, au fil des semaines, de le comprendre et de le parler de plus en plus facilement.
Cette immersion ne se limitait pas au travail. Pendant mon séjour, j’ai vécu dans une famille d’accueil arménienne qui m’a très bien accueilli dès mon arrivée. La famille avait deux filles, Arevik et Mariam, à peu près de mon âge, qui m’ont fait découvrir la ville et m’ont permis de prendre rapidement mes repères. La vie en famille faisait véritablement partie de mon quotidien : nous partagions les repas et de nombreux moments ensemble. Avec les parents, je parlais principalement arménien, tandis qu’avec les filles, nous alternions entre l’arménien et l’anglais, notamment parce qu’elles souhaitaient profiter de ma présence pour le pratiquer.
Les excursions organisées par Birthright Armenia ont également beaucoup rythmé mon séjour. Presque chaque samedi, nous partions découvrir une nouvelle partie du pays à travers des randonnées, des visites de monastères ou de musées. C’était l’occasion de découvrir des lieux où je ne serais probablement pas allé de moi-même, mais aussi de mieux connaître l’histoire et la diversité de l’Arménie. Elles étaient également l’occasion de rencontrer et retrouver les autres bénévoles, des jeunes de la Diaspora venus du monde entier et installés à Erevan, Gumri ou Vanadzor. Au-delà des endroits visités, je garde surtout le souvenir des rencontres et des moments partagés en découvrant ensemble le pays.
Mon expérience chez Foldink m’a aussi amené à réfléchir à l’image que nous avons de l’Arménie depuis la France. À mon retour, j’ai souvent remarqué une certaine surprise lorsque j’expliquais avoir travaillé dans une entreprise arménienne développant des bio-imprimantes 3D. Cette réaction m’a interpellé, car elle montre que nous connaissons finalement assez peu certaines facettes de l’Arménie actuelle.
Pour nous, membres de la Diaspora, l’Arménie est naturellement associée à une histoire, une culture et un patrimoine qui nous ont été transmis. Mais c’est aussi un pays tourné vers l’avenir, qui évolue, innove et crée, avec des entrepreneurs, des ingénieurs, des chercheurs et de nombreux projets qui se développent. Ces quatre mois m’ont donné envie de m’intéresser davantage à ce qui se passe aujourd’hui dans le pays, et j’aimerais transmettre cette envie aux autres jeunes de la Diaspora pour créer ce lien. Au terme de mon volontariat, je retiens ce que cette expérience m’a apporté professionnellement en tant que futur ingénieur, mais aussi les rencontres, ma famille d’accueil, les excursions et tous les moments partagés. Partir avec Birthright Armenia m’a permis de construire un lien plus personnel avec l’Arménie : un lien qui ne repose plus seulement sur ce qui m’a été transmis, mais aussi sur mes propres souvenirs et expériences.
Site internet de Foldink : https://foldink.bio









