"Jardin d'abandon" de Vahan Soghomonian

En pleine Biennale d’art contemporain, le Chalet du Parc, au cœur du parc de la Tête d’Or à Lyon, accueille sa première résidence artistique. 

A voir jusqu'en décembre 2026

par Louise Basmadjian 

 

Une résidence artistique est d’abord une invitation. Celle faite à un artiste de s’installer dans un lieu pour un temps donné, d’y travailler et d’y construire un projet en relation avec ce qui l’entoure. De septembre à décembre 2026, l’artiste lyonnais Vahan Soghomonian y développe « Jardin d’abandon », un projet imaginé à partir du lieu et de son environnement : le parc, les plantes, le lac, mais aussi les sons et les mémoires qu’ils portent. 


Artiste polymorphe, Vahan Soghomonian travaille aussi bien la photographie, la peinture, les installations que la création sonore. Son travail s’attache souvent aux lieux eux-mêmes, à ce qu’ils produisent, à ce qu’ils gardent en mémoire et à la manière dont ils peuvent devenir matière artistique. 


Pour « Jardin d’abandon », il installe dans le Chalet un « satellite » qu’il transforme en véritable dispositif artistique. Pensé comme une unité de croissance pour des plantes de rue, il accueille des végétaux qui poussent spontanément dans les fissures du béton, sur les trottoirs ou dans les interstices de la ville. L’idée du satellite vient notamment d’une ancienne diapositive de sa grand-mère Louise, photographiée à côté d’un satellite russe des années 1970. À partir de cette image, l’artiste reprend une forme existante et l’emmène ailleurs : le satellite, normalement tourné vers l’espace, devient ici un objet relié au sol, au vivant et à ce qui pousse presque sans qu’on le remarque. Le projet se prolonge jusqu’au lac du parc de la Tête d’Or. Vahan Soghomonian imagine un objet en forme de clou, sorte de petit vaisseau, destiné à enregistrer les sons du lac et de son environnement. Ces sons seront ensuite renvoyés vers le satellite installé dans le Chalet. Le dispositif relie ainsi très concrètement l’intérieur et l’extérieur : les plantes prélevées dehors entrent dans le Chalet tandis que les sons du lac viennent à leur tour l’habiter. “ Un enregistrement, c’est une mémoire ”, explique l’artiste. Son idée pourrait presque se résumer ainsi : faire chanter le lac et faire vivre dans le Chalet ce qui pousse dehors. Un jardin dans le jardin. 


Cette attention portée aux lieux traverse déjà son travail. Vahan Soghomonian a ainsi créé dans des environnements singuliers, notamment à Rochebrune ou encore dans un tunnel de la communauté de communes du Pays de L’Arbresle. À chaque fois, il part de ce qui existe déjà : un espace, une résonance, une mémoire, une matière sonore. 

Cette résidence s’est ouverte le 20 septembre avec un concert autour de l’ORG. 


Dans le Chalet, Vahan Soghomonian est installé sur un tapis, entouré des différents modules de son instrument. Sur eux sont disposées des pierres de lune venues d’Arménie, qui s’éclairent progressivement au fil du concert. Des bruits de vagues, d’insectes, de clochettes se mêlent aux sons de synthèse. L’artiste joue du doudouk et du tar. Des poèmes en arménien apparaissent, ainsi que le chant « Der Voghormia » avec les voix du trio Nazani, d’une pureté presque minérale. Peu à peu, les sons naturels et les sons fabriqués se confondent. Le dedans et le dehors aussi. Par moments, le tapis et les modules évoquent un vaisseau. Certains sons donnent presque la sensation d’un décollage. Puis reviennent l’eau, les voix, quelques phrases récitées comme des fragments de souvenirs ou des ricochets sur le lac. Les mémoires du monde extérieur semblent être entrées dans la salle. Le public est ainsi entraîné dans un voyage qui tient autant de l’écoute que de l’imagination et de la conscience personnelle. 


La programmation artistique du Chalet du Parc est accompagnée par Maison Gutenberg, qui intervient comme consultant artistique du lieu. Le projet des résidences repose sur une volonté claire : accueillir des artistes capables de travailler en relation avec le vivant, l’écologie et l’environnement particulier du parc de la Tête d’Or. Le comité de sélection réunit des professionnels du monde de l’art lyonnais, parmi lesquels des responsables de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon et de la Tator Galerie. Vahan Soghomonian, lauréat de cette première session après la rénovation et réouverture de ce lieu d’exception, inaugure ainsi un espace qui entend porter une programmation exigeante tout en maintenant un lien direct avec le public. 

Tout au long de l’automne, des rendez-vous sont proposés les mercredis pour découvrir le projet en cours, rencontrer l’artiste et entrer dans son processus de création. Des actions sont également prévues auprès des scolaires, dans cette même volonté de pédagogie et de transmission. 

 

Vahan Soghomonian en Arménie 

 

Le 6 novembre 2026, Vahan Soghomonian sera à Erevan, au NPAK, dans le cadre de l’exposition Stellar Frequencies. 

Il y donnera un concert autour d’un instrument créé en Arménie à la suite d’une commande du Goethe-Institut, aux côtés d’autres artistes contemporains. 

 

Informations pratiques 
Vahan Soghomonian – “Jardin d’abandon” 
Chalet du Parc – Parc de la Tête d’Or, Lyon 6e 
De septembre à décembre 2026 
Rencontres et ateliers avec l’artiste : les mercredis, sur inscription 
Les activités sont accessibles gratuitement aux adhérents du Chalet. 
Adhésion annuelle : 12 € – Tarif réduit : 7 € 

https://www.chaletduparc.fr/activites/residence-d-artistes


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