Loghofète ou le prénom perdu d'une rive à l'autre

Il suffit parfois d’un nom pour rouvrir une histoire. Pour Fred Nevché, de son vrai nom Fred Nevchehirlian, ce mystère est celui de son arrière-grand-père : Loghofète. Un « prénom » singulier, presque énigmatique, devenu le point de départ d’un travail sur la filiation, l’exil et les origines.

A voir au Centre du patrimoine arménien (Cpa) de Valence jusqu'au 3 janvier 2027

Par Marie Soghomonian 

 

Artiste, musicien et poète marseillais d’origine arménienne, Fred Nevché développe avec l’exposition “Loghofète ou le prénom perdu”, une recherche qui puise d’abord dans son histoire familiale. Son arrière-grand-père, Loghofète, orfèvre, arrive à Marseille avec son épouse Saténik et leurs cinq enfants en octobre 1923, après avoir survécu au Génocide des Arméniens. Un siècle plus tard, l’artiste reprend le fil de ce parcours à partir des traces laissées par les générations précédentes. Le projet se prolonge au Liban grâce au travail mené avec Diala Lteif, urbaniste libanaise à l’Université de Cambridge. Ses recherches font apparaître d’autres trajectoires : celles de familles arméniennes qui, à la même époque, trouvent refuge à Beyrouth. 


Beyrouth et Marseille. Deux ports, deux rives de la Méditerranée, deux terres de reconstruction. Cette géographie constitue l’un des fils conducteurs de l’exposition présentée au Cpa. La mer y relie symboliquement des destins éloignés mais issus du même bouleversement : celui de familles contraintes de quitter leur terre et de rebâtir leur vie ailleurs. Pour donner corps à cette enquête, Fred Nevché a choisi une forme hybride, fidèle à son univers artistique. L’exposition réunit photographies réalisées par l’artiste, clichés et documents d’archives, vidéos, musique et créations audio. Ces différentes matières se répondent et composent progressivement un récit où le passé dialogue avec le présent. 


Les documents anciens replacent les parcours individuels dans leur contexte. Les photographies ouvrent un regard contemporain sur les lieux et les traces encore visibles. Les voix, la musique et les images animées donnent une autre profondeur à l’ensemble. Autant d’éléments visuels et auditifs qui viennent questionner les origines, la transmission et la manière dont une histoire familiale se transforme au fil des générations. L’expérience a été pensée comme immersive. Il ne s’agit pas seulement de regarder des archives ou de suivre une chronologie, mais d’entrer dans un ensemble de correspondances : un visage, un paysage, un document administratif, une voix ou une photographie peuvent soudain faire surgir un pan du passé. Cette construction convient particulièrement au travail de Fred Nevché. Dans son parcours artistique, les frontières entre poésie, musique, récit et image sont volontiers poreuses. Ici, cette pluralité de langages permet de restituer une mémoire nécessairement lacunaire, faite de ce qui a été conservé mais aussi de ce qui manque.

 

Le prénom Loghofète en est lui-même le symbole. Fred Nevché n’en retrouve pas d’autre trace. À travers cet homme et son identité presque effacée se dessine alors une interrogation plus large : que reste-t-il de nos origines lorsque les lieux ont changé, que les générations se sont succédé et que certains récits se sont perdus ? 


“Loghofète ou le prénom perdu” ne s’arrête pas aux murs du Cpa. Le projet a vocation à circuler et à rencontrer d’autres publics, avec des rendez-vous annoncés à Paris, Marseille, Beyrouth et Tripoli. Une itinérance qui prend tout son sens pour une création née précisément de déplacements, de passages et de liens tissés entre plusieurs villes méditerranéennes. À Valence, l’exposition se prolongera le 5 novembre par une performance réunissant Fred Nevché et Diala Lteif. L’artiste la définit comme un « podcast vivant » : une forme scénique où récits, archives, lectures, musique, images et création radiophonique se rencontrent. L’exposition devient alors parole et présence. De Marseille à Beyrouth, d’une génération à l’autre, Fred Nevché remonte ainsi le fil d’une histoire dont toutes les pièces ne pourront sans doute jamais être réunies. 


Au commencement, il y avait un prénom. Il est devenu le point d’entrée vers une histoire familiale et, au-delà, vers celle de milliers de trajectoires arméniennes dispersées sur les rives de la Méditerranée. 

 

 

Infos pratiques 

Loghofète ou le prénom perdu – Fred Nevché 

Du 4 septembre 2026 au 3 janvier 2027 

Le Cpa – Centre du patrimoine arménien 

14 rue Louis-Gallet, 26000 Valence 

Entrée libre pour l’exposition présentée dans l’Espace galerie. 

Horaires : du mardi au vendredi, 10 h – 13 h et 14 h – 18 h ; samedi et dimanche, 14 h – 18 h. Fermé les jours fériés ainsi que du 25 décembre 2026 au 1er janvier 2027. 

Performance de l’artiste : 

Loghofète ou le prénom perdu 

Jeudi 5 novembre 2026 à 18 h 30 

Avec Fred Nevché et Diala Lteif 

Tarifs : 8 € / 5 € tarif réduit - Réservation sur le site du CPA. 


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