L'Arménie face au dilemme du Génocide : entre reconnaissance historique et impératifs géopolitiques

Sous les présidences de Robert Kotcharian et de Serge Sarksian l’Arménie a fait de la reconnaissance internationale du Génocide de 1915 un pilier de sa politique étrangère et de son identité nationale. Pourtant, sous la direction de Nikol Pachinian, et surtout depuis la défaite de 2020, une rupture majeure s'est opérée : l'État arménien a progressivement délaissé cette cause au profit d'une normalisation des relations avec la Turquie et l'Azerbaïdjan. Cette évolution soulève des questions fondamentales sur la nature de l'État arménien, son rapport à l'histoire et son avenir géopolitique.

Le tournant opéré par Nikol Pachinian marque une transformation radicale du discours d'État. Lors de la commémoration du 24 Avril 2025, le Premier ministre a déclaré aux médias turcs que la reconnaissance du Génocide n'était plus une priorité pour l'Arménie. Cette position, impensable il y a quelques années, s'inscrit dans ce que Pachinian appelle la “ psychologie de l'Arménie réelle ”. Dans son discours d'avril 2024, il a évoqué l'abandon de la quête d'une “ patrie perdue ”, affirmant que “ les terres promises ” sont désormais l'Arménie actuelle. Cette rhétorique témoigne d'un pragmatisme géopolitique : après les défaites militaires face à l'Azerbaïdjan en 2020 et 2023, qui ont abouti à la perte de l’Artsakh et à l'exode de plus de 100 000 Arméniens, Erevan cherche à sortir de son isolement régional. Le ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a confirmé en octobre 2024 que la promotion du Génocide de 1915 ne figurait plus parmi les priorités de la politique étrangère arménienne. Cette réorientation s'accompagne de réformes éducatives significatives : en juillet 2024, le gouvernement a décidé d'enseigner l’“ Histoire de l'Arménie ” plutôt que l’“ Histoire arménienne ”, mettant l'accent sur l'État moderne plutôt que sur l’évocation des territoires perdus. Néanmoins, cette approche ne va pas sans susciter des controverses internes. Lors de la commémoration de 2025, l'absence de grands événements officiels et la déclaration de Pachinian ont suscité l'incompréhension et la colère d'une part importante de la population, consternée de voir le Premier ministre et sa garde rapprochée reproduire les narratifs négationnistes turcs et de trahir la mémoire des victimes du Génocide.


Un monde arménien fracturé

Face à la normalisation engagée par Erevan avec la Turquie et l'Azerbaïdjan, les historiens et intellectuels arméniens proposent des lectures profondément contrastées, révélant une fracture qui traverse toute la transnation arménienne. Gérard Libaridian, historien de la Diaspora et ancien conseiller du président Lévon Ter-Pétrossian (1991-1997), incarne la vision la plus pragmatique de cette question. Figure intellectuelle respectée pour ses travaux sur le nationalisme arménien moderne, Libaridian a longtemps plaidé pour une approche réaliste des relations arméno-turques, fondée sur les impératifs de survie étatique plutôt que sur les exigences mémorielles. Dans ses récentes interventions, notamment son entretien télévisé largement diffusé de novembre 2025, il défend avec une franchise dérangeante l'idée que la normalisation avec la Turquie et l'Azerbaïdjan constitue une nécessité existentielle pour l'Arménie. Selon lui, la Turquie n'a pas de contentieux direct avec l'existence d'une Arménie indépendante, et les hypothèses selon lesquelles Ankara chercherait à “ anéantir ” l'Arménie manquent de preuves. Cette affirmation, qui semble ignorer le contexte du blocus économique imposé par la Turquie depuis 1993 et son soutien militaire à l'Azerbaïdjan lors des guerres du Karabagh, a suscité l'indignation d'une partie de la communauté arménienne. Libaridian insiste sur la distinction fondamentale entre symboles et impératifs politiques : “ Nous nous sacrifions pour des symboles depuis deux siècles. C'est assez ”. Le mont Ararat, symbole national par excellence visible depuis Erevan mais situé en territoire turc, doit selon lui rester une icône culturelle sans constituer un casus belli territorial. Cette position résonne avec celle qu'il défendait déjà dans les années 1990 : pour Libaridian, la priorité d'un État n'est pas de préserver une identité figée dans le trauma, mais de protéger concrètement la vie, la sécurité et la prospérité de ses citoyens. Il voit dans le processus de paix actuel une “ fenêtre d'opportunité inédite ” depuis l'indépendance – une chance qu'il serait criminel de gaspiller au nom de la mémoire. Cette ligne pragmatiste trouve des échos en France chez d'autres intellectuels, notamment Michel Marian et Gaïdz Minassian, qui plaident pour ce qu'on pourrait appeler un « dépassement mémoriel ». Marian défend l'idée que les Arméniens, tout en exigeant légitimement la reconnaissance du Génocide, ne peuvent construire leur avenir sur le seul socle du trauma. Cette approche, qui vise à sortir de ce qu'il considère comme une “ prison mémorielle ”, insiste sur la nécessité pour l'Arménie de développer des relations normales avec ses voisins. Un propos auquel se fait écho le journaliste au Monde et ancien militant de la FRA, avant de se muer en son détracteur farouche, Gaïdz Minassian, à savoir, s'affranchir de la mémoire, s'émanciper des processus de domination et devenir le sujet de son propre destin. Pour Minassian, l'identité nationale arménienne ne peut pas se construire à partir du seul génocide. Il appelle les Arméniens à sortir d'une existence purement “ mémorielle ” pour revenir à une histoire vivante, orientée vers l'avenir plutôt que figée dans le passé. L’idée peut paraître séduisante, mais pour qu’elle se matérialise, encore faudrait-il que l’État arménien puisse proposer un récit fédérateur aux forces vives d’une diaspora en quête de sens, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Face à eux, il existe des gardiens de la mémoire qui ont choisi de résister au travers de leurs travaux. L’historien Raymond Kévorkian est de ceux-là. Opposé à toute forme de « relativisation », qui ouvrirait grand la porte sur le révisionnisme, Kévorkian propose non seulement une histoire exhaustive du génocide, mais aussi sa géographie, région par région. Dans son dernier ouvrage, Parachever un génocide : Mustafa Kemal et l'élimination des rescapés arméniens et grecs (1918-1922) (2023), il établit de manière irréfutable la continuité du processus génocidaire sous Mustafa Kemal, et conclut que la Turquie contemporaine ne peut être comprise qu’à la lumière de l’héritage des premiers dirigeants de la République de Turquie. Son approche scientifique rigoureuse s’accompagne d’une position politique claire : le travail historique n’est pas seulement académique, il constitue un acte de résistance contre le négationnisme d’Etat d’Ankara. C'est ici que se situe la ligne de fracture la plus profonde. Pour les défenseurs de la mémoire, le discours des pragmatistes ne relève pas simplement d'un désaccord stratégique, mais d'une capitulation morale qui sape le travail de longue haleine accompli par les militants et les chercheurs. Cette tension se manifeste de plusieurs manières. Depuis les années 1980, des militants arméniens ont œuvré sans relâche pour obtenir la reconnaissance du Génocide par les parlements nationaux. À ce jour, trente-trois pays ont officiellement reconnu le Génocide arménien. Pour les critiques du pragmatisme, le discours de « dépassement mémoriel » affaiblit cette dynamique en suggérant que cette reconnaissance, bien qu'importante, ne devrait plus être une priorité politique. Ensuite, le travail minutieux d'historiens comme Kévorkian, qui ont passé des décennies dans les archives pour établir la vérité factuelle du Génocide, risque d'être perçu comme une obsession du passé plutôt que comme une nécessité scientifique et éthique. Lorsque Minassian parle de “ s'affranchir de la mémoire ”, ses critiques y voient une dévaluation implicite de ce travail historique fondamental. En outre, les adversaires du pragmatisme pourraient accuser les soutiens ou les idiots utiles du régime de Pachinian de s’aligner, par opportunisme ou naïveté, sur le discours officiel, qui serait engagé dans une dérive révisionniste. Plutôt que de fédérer la transnation arménienne – cette communauté mondiale qui transcende les frontières étatiques – , ce discours la divise en posant un ultimatum implicite : « Avec nous ou contre nous ». Enfin, les critiques les plus sévères dénoncent un relativisme “ gazeux ” qui, sous couvert de pragmatisme, relativise l'importance du Génocide dans l'identité et la politique arméniennes. Ce relativisme serait d'autant plus problématique qu'il intervient au moment même où le négationnisme turc se sophistique et où certains cercles académiques occidentaux, influencés par des intérêts géopolitiques, tentent de minimiser ou de « complexifier » la réalité du Génocide.


La question fondamentale : paix sans mémoire ?

Cette polarisation entre pragmatistes et défenseurs d'une ligne mémorielle intransigeante révèle une tension philosophique et politique profonde, qui dépasse largement le cas arménien : peut-on construire une paix durable en « normalisant » les relations sans reconnaissance préalable du Génocide ? Ou bien cette reconnaissance reste-t-elle une condition sine qua non de toute réconciliation authentique ? Pour les pragmatistes comme Libaridian, la réponse est claire : la survie de l'État arménien prime sur la justice historique. Dans un environnement géopolitique hostile, avec une économie fragile et une population en déclin, l'Arménie n'a pas le luxe d'attendre que la Turquie reconnaisse le Génocide – ce qui pourrait ne jamais arriver. La paix et la prospérité doivent être construites maintenant, avec les voisins tels qu'ils sont, non tels qu'on voudrait qu'ils soient. Pour les défenseurs de la mémoire, cette position relève d'une double erreur, à la fois morale et stratégique. Morale, parce qu'elle équivaut à accepter l'impunité : si un génocide peut être commis, nié pendant un siècle, et finalement « oublié » au nom de la realpolitik, quel message envoie-t-on aux bourreaux présents et futurs ? Stratégique, parce qu'une paix construite sur l'oubli et le déni ne peut être durable : sans reconnaissance du passé, les mêmes mécanismes idéologiques qui ont rendu le Génocide possible demeurent en place, prêts à ressurgir lors de la prochaine crise. Cette polarisation met en lumière un dilemme tragique : entre la nécessité pragmatique de vivre et la nécessité morale de ne pas oublier, les Arméniens doivent choisir. Ou plutôt, ils sont condamnés à chercher un équilibre impossible entre ces deux impératifs également légitimes. Et dans cette recherche d'équilibre, la transnation arménienne risque de se fracturer davantage, non pas seulement entre Arménie et diaspora, mais entre ceux qui choisissent la vie et ceux qui choisissent la mémoire – comme si ces deux choix étaient mutuellement exclusifs. En d’autres termes, il s’agirait de savoir si en renonçant à la Cause arménienne, à la demande de justice et de réparation, on encourage l’impunité et la poursuite du crime en se leurrant sur l’illusoire sécurisation d’une Arménie exsangue et dévitalisée.


Deux scénarios pour l'Arménie : avec ou sans État ?

Face aux contraintes géopolitiques imposées par le panturquisme et l'alliance turco-azerbaïdjanaise, deux scénarios se dessinent pour l'avenir de la Cause arménienne.

Le premier scénario suppose le maintien de l'État arménien comme acteur central, mais dans un cadre géopolitique contraint. L'Arménie pourrait poursuivre la normalisation avec ses voisins en acceptant de reléguer la question du Génocide à l'arrière-plan de sa diplomatie. Cette stratégie mise sur l'ouverture de corridors économiques (comme le projet de « route Trump »), la diversification des partenariats internationaux (Inde, Chine, pays occidentaux), et l'intégration dans des réseaux commerciaux régionaux. Les avantages potentiels sont évidents : sortie de l'isolement, développement économique, sécurisation des frontières, réduction du risque de nouvelles guerres. L'internationalisation des routes commerciales constituerait une garantie en elle-même, car leur fermeture heurterait les intérêts de nombreux États. Cependant, les limites de ce scénario sont tout aussi manifestes. Les concessions exigées par Bakou et Ankara semblent sans fin : reconnaissance de souveraineté sur le Karabagh, abandon des revendications territoriales symboliques, affaiblissement de l'Église apostolique arménienne (perçue comme un obstacle à la normalisation), et désormais révision du narratif historique sur 1915. La question devient alors : jusqu'où peut-on aller dans les compromis sans perdre la substance même de l'identité arménienne ? Le risque est celui d'une « arménité » vidée de son contenu historique, réduite à une existence administrative sur un territoire exigu, privée de sa mémoire collective et de ses symboles fondateurs. Ce scénario pourrait conduire à une forme d'assimilation douce, où l'État arménien perdurerait formellement, mais sans la capacité de porter un projet national cohérent. Le second scénario envisage une configuration où l'État arménien affaibli, voire « délégitimé », ne serait plus en mesure de porter seul la Cause arménienne. Ce retour à une situation « sans État », comparable à l'époque soviétique (où l'Arménie était une république sans souveraineté réelle), confierait à la Diaspora le rôle principal dans la défense de la Cause arménienne. Paradoxalement, cette configuration présente certains avantages. La Diaspora, forte de ses communautés influentes en France, aux États-Unis, en Argentine et ailleurs, dispose d'une liberté d'action que l'État arménien n'a plus. Elle peut maintenir la pression pour la reconnaissance du Génocide sans les contraintes diplomatiques qui pèsent sur Erevan. Les organisations diasporiques ont joué un rôle crucial dans les reconnaissances obtenues par 34 pays à ce jour. Elles peuvent continuer ce combat juridique, mémoriel et culturel sans craindre de représailles économiques ou militaires. Toutefois, ce scénario comporte aussi des risques majeurs. Sans un État pour incarner la nation arménienne et protéger physiquement un territoire, la Diaspora risque de se diluer progressivement. Comme le souligne Libaridian dans ses analyses sur la Diaspora, celle-ci est “ un phénomène vivant et en développement ”, mais aussi vulnérable à l'assimilation. Des communautés arméniennes autrefois florissantes ont quasiment disparu. La préservation de l'identité arménienne nécessite des institutions, une langue vivante, une culture transmise – éléments que seul un État peut garantir durablement. De plus, un État arménien affaibli ou inexistant laisserait le champ libre aux pressions turques et azerbaïdjanaises pour effacer la mémoire arménienne en Anatolie orientale et au Karabagh. Les destructions de patrimoine culturel observées après la guerre de 2020 illustrent cette menace. Sans présence étatique, la Cause arménienne risquerait de devenir une cause abstraite, détachée d'une réalité territoriale et démographique.


Le Génocide comme symptôme de la nature de l'État

Au-delà des enjeux mémoriels et diplomatiques, la question du Génocide de 1915 demeure profondément révélatrice de la nature même de l'État arménien. Un État qui renonce à défendre la mémoire du Génocide, qui accepte de reléguer ce chapitre fondateur au second plan, peut-il encore prétendre incarner la continuité de la nation arménienne ? Pour les critiques de Pachinian, la réponse est clairement négative. Ils voient dans cette évolution une trahison, une capitulation face aux pressions extérieures, voire une forme de collaboration avec les États responsables du 24-Avril-1915. Cette date n’est pas seulement un événement historique à commémorer : elle structure l'identité arménienne moderne, explique la dispersion de la Diaspora, justifie l'existence même d'un État arménien comme refuge pour un peuple persécuté. À l'inverse, les défenseurs d'une approche pragmatique estiment que l'État arménien doit avant tout garantir la survie et la prospérité de ses citoyens. Ils soulignent que l'insistance sur la reconnaissance du Génocide, si elle est légitime moralement, a enfermé l'Arménie dans un isolement dangereux. Ils rappellent que la République d'Arménie de 1918 à 1920 (Première République) avait tenté de négocier avec la Turquie kémaliste avant d'être écrasée. De même, l'actuelle Troisième République doit choisir entre un maximalisme symbolique qui mène à l'affaiblissement, et un réalisme qui préserve l'essentiel : un territoire, un peuple, une langue, une culture. Cette tension révèle une question philosophique profonde : qu'est-ce qu'un État ? Est-il simplement un appareil administratif garantissant la sécurité et le bien-être matériel de ses citoyens ? Ou bien est-il le dépositaire d'une mémoire collective, d'une identité historique, d'un projet national qui transcende les générations ? Pour l'Arménie, cette interrogation est d'autant plus cruciale que le Génocide de 1915 constitue le traumatisme fondateur de l'État moderne. Renoncer à sa reconnaissance, c'est peut-être gagner en marge de manœuvre diplomatique, mais c'est aussi risquer de perdre la légitimité historique qui fonde l'existence même de l'État.


Conclusion : un équilibre impossible ?

L'Arménie se trouve aujourd'hui à un carrefour historique. D'un côté, la voie du pragmatisme géopolitique, incarnée par Pachinian et soutenue par une poignée d’intellectuels, promet une normalisation régionale, une sécurité renforcée et un développement économique. De l'autre, la voie de la fidélité mémorielle, défendue par l'opposition, la majeure partie de la Diaspora et une partie significative de la population, refuse toute concession sur la question du Génocide, au risque de perpétuer l'isolement. Peut-être que la véritable question n'est pas de choisir entre ces deux voies, mais de trouver un équilibre. Un État arménien qui pourrait normaliser ses relations avec ses voisins tout en maintenant une exigence morale intacte sur la reconnaissance du Génocide. Un État qui pourrait s'appuyer sur la Diaspora pour porter cette cause au niveau international, tout en concentrant ses efforts diplomatiques sur la sécurisation de son territoire et de sa population. Cet équilibre semble aujourd'hui hors de portée, tant les pressions turques et azerbaïdjanaises sont fortes, tant les traumatismes de 2020 et 2023 sont profonds. Mais l'histoire arménienne, jalonnée de catastrophes et de renaissances, enseigne qu'un peuple peut survivre aux pires épreuves s'il préserve l'essentiel : sa mémoire, sa langue, sa culture. La question demeure : l'État arménien actuel sera-t-il capable de porter cet héritage, ou bien cette responsabilité reviendra-t-elle, une fois de plus, à la Diaspora ? La réponse à cette question déterminera non seulement l'avenir géopolitique de l'Arménie, mais aussi la nature même de ce que signifie être arménien au XXIe siècle. 

par Serge Mardirossian 28 mai 2026
La visite d’Emmanuel Macron en Arménie avait tout pour être un geste fort : rappeler l’attachement de la France au droit international, dire que l’abandon du Haut-Karabagh par l’Europe était inadmissible, et promettre que la sécurité arménienne n’était pas négociable. Tout cela a bien eu lieu, avec en plus une communication bien orchestrée faite de bains de foule sincères, de jogging au petit matin dans les rues d’ Erevan et de chansonnettes accompagnées à la batterie par le Premier ministre arménien. Mais au bout du compte, qui peut croire à la fin de cette séquence, que l’Europe ou la France interviendraient directement si l’Arménie était attaquée par Bakou, Ankara, Moscou ou les trois à la fois. Personne de sérieux et c’est bien là le problème ! Avec l’Arménie, la France s’est trop longtemps crue quitte avec de nobles déclarations. Or l’Azerbaïdjan a imposé par la force un fait accompli avec la guerre des 44 jours, puis une « paix » dictée, puis un nettoyage ethnique pendant que Moscou se retirait et que l’Union européenne se contentait d’observer. Puis il y a eu la paix de TRUMP – une capitulation déguisée de l’Arménie – qui malgré sa méthode Coué de « carrefour de la paix » n’est vouée dans cette « paix » sous menaces imminentes qu’à devenir un satellite de la Turquie à qui les Etats-Unis et l’Europe entendent déléguer le contrôle du Sud-Caucase face à la Russie. Dans ce vide géopolitique, le Président français est arrivé à Erevan en grand avocat des principes, mais sans coalition, sans calendrier, sans instruments de contrainte. C’est encore là le problème ! Pire, la communication élyséenne semble parler à l’électorat français plus qu’aux Arméniens. Évoquer l’“ honneur ” et la “ fidélité ” ne compense pas l’absence de lignes rouges claires face à Ilham Aliev. Les livraisons françaises d’équipements, réelles mais limitées, restent fragmentaires, sans doctrine partagée avec les partenaires européens et sans possibilité d’intervention directe en cas d’agression. Cette ambiguïté s’inscrit dans une dérive plus large de la diplomatie française : l’esthétisation du courage politique. On « tient la ligne » en mots, mais on externalise le coût réel de la puissance, à Bruxelles, à l’OTAN, à des discussions interminables sur les « paramètres ». Le résultat est visible : l’Azerbaïdjan avance, la Russie se réinvente courtier cynique, la Turquie capitalise, et l’Arménie, amputée de ses illusions de parapluie russe, restera une fois de plus seule au pied du mur et c’est là un problème !  Emmanuel Macron sait pourtant qu’un signal crédible se mesure à son coût. Il aurait pu convertir la visite en pivot : annoncer une mission européenne élargie et durable à la frontière, conditionner des accords énergétiques avec Bakou au respect de paramètres vérifiables comme la libération des otages détenus, ou annoncer une résolution à l’ONU sur la protection des déplacés d’Artsakh, fût-elle bloquée, pour fixer un cadre normatif. Au lieu de cela, le Sommet de la communauté politique européenne et la visite d’Etat se sont transformés en une démonstration de soutien au maintien au pouvoir de Nikol Pachinian, si forte, qu’elle en est devenue gênante et peut-être même contre-productive. Un Premier ministre arménien qui, dès la séquence Europe et France achevée, a retrouvé ses accents d’autocrate vulgaire. Chaque jour, de nouveaux procès sont intentés aux partis d’opposition, des militants arrêtés. Chaque jour, des menaces sont prononcées en toute impunité à l’égard de citoyens. Chaque jour, des insultes sont proférées avec en toile de fond un racisme à l’égard des Arméniens d’Artsakh qui est à peine voilé. Nikol Pachinian surfe de nouveau sur un populisme assumé et mobilise l’ensemble de l’appareil de l’Etat pour assurer sa réélection. Et il le fait ouvertement car il sait que les observateurs européens fermeront les yeux sur toutes les violations du code électoral. Car comme l’avait dit Emmanuel Macron en 2022, un soir à Marseille : “ Le problème, c’est Nikol Pachinian ”.
par Serge Mardirossian 28 mai 2026
L'agenda du mois de juin 2026
par Serge Mardirossian 28 mai 2026
Notre sommaire du mois de juin 2026
par Tigrane Yégavian 26 mai 2026
Depuis plus de trente ans, la photographe documente le quotidien du peuple arménien, de la guerre du Haut-Karabagh aux bouleversements politiques. Son nouveau livre, We are our mountains (1), qui vient de paraître, constitue une archive vivante et intime de cette nation.
par NORBERT SARADJIAN 25 mai 2026
Début septembre 2021, à l’occasion de notre anniversaire de mariage, nous entreprenons un voyage en Toscane, avec une première étape dans la ville de Lucca. Derrière ce séjour touristique se cache aussi une quête singulière : retrouver la trace d’un saint arménien méconnu, San Davino.
par Dikran Zékian 18 mai 2026
Le Centre photographique Marseille présente du 16 mai au 12 septembre une exposition consacrée au photographe arméno-gazaoui Kegham Djeghalian : « Kegham of Gaza Unboxing », une archive inachevable. Son studio photo installé depuis 1944 à Gaza était devenu une institution de l’antique cité et les clichés pris constituent la mémoire vivante d’un lieu devenu synonyme de désolation et de honte. 
par Anne Marie MOURADIAN 10 mai 2026
A l’approche des élections législatives du 7 juin, l’Europe apporte son soutien au Premier ministre arménien, jugeant sa réélection “ essentielle à la paix, à la stabilisation dans la région et au maintien du rapprochement de l'Arménie avec l'Occident ”.
par Varoujan MARDIKIAN 1 mai 2026
Comment les Arméniens rescapés du Génocide ont-ils vécu leur installation à Alfortville ? Quel regard le pays d’accueil a-t-il porté sur leur intégration ? Fruit d’un partenariat entre la MCA d’Alfortville et l’Association ARAM de Marseille, l’exposition organisée à Alfortville par l’historien Sevan Ananian, avec le soutien de la municipalité, revient sur cette période.
par Peniamin HAGI MANOUGIAN 1 mai 2026
Ce 24 Avril marque un double rendez-vous : la ressortie en salles de Sans retour possible (1983), film co-réalisé par Serge Avédikian et Jacques Kébadian, et la publication d'Un mur contre l'oubli, ouvrage conçu par ce dernier à partir de cette matière filmique. À cette occasion, Serge Avédikian revient sur un geste cinématographique né de la nécessité de transmettre et de faire mémoire, dont la portée et les résonances se prolongent encore aujourd'hui.
par Almasd LELOIRE KERACKIAN 1 mai 2026
Des souvenirs familiaux aux tapis rouges des Oscars, il trace un parcours singulier entre héritage, identité et création. À travers ses films, il explore l’intime pour mieux toucher à l’universel et porter une voix encore trop rare à Hollywood. Le film qu’il a coproduit Sinners (Les Pécheurs) avec le réalisateur Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler a été nommé dans 16 catégories aux Oscars. Sinners a remporté quatre statuettes.