L'Arménie face au dilemme du Génocide : entre reconnaissance historique et impératifs géopolitiques

Sous les présidences de Robert Kotcharian et de Serge Sarksian l’Arménie a fait de la reconnaissance internationale du Génocide de 1915 un pilier de sa politique étrangère et de son identité nationale. Pourtant, sous la direction de Nikol Pachinian, et surtout depuis la défaite de 2020, une rupture majeure s'est opérée : l'État arménien a progressivement délaissé cette cause au profit d'une normalisation des relations avec la Turquie et l'Azerbaïdjan. Cette évolution soulève des questions fondamentales sur la nature de l'État arménien, son rapport à l'histoire et son avenir géopolitique.

Le tournant opéré par Nikol Pachinian marque une transformation radicale du discours d'État. Lors de la commémoration du 24 Avril 2025, le Premier ministre a déclaré aux médias turcs que la reconnaissance du Génocide n'était plus une priorité pour l'Arménie. Cette position, impensable il y a quelques années, s'inscrit dans ce que Pachinian appelle la “ psychologie de l'Arménie réelle ”. Dans son discours d'avril 2024, il a évoqué l'abandon de la quête d'une “ patrie perdue ”, affirmant que “ les terres promises ” sont désormais l'Arménie actuelle. Cette rhétorique témoigne d'un pragmatisme géopolitique : après les défaites militaires face à l'Azerbaïdjan en 2020 et 2023, qui ont abouti à la perte de l’Artsakh et à l'exode de plus de 100 000 Arméniens, Erevan cherche à sortir de son isolement régional. Le ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a confirmé en octobre 2024 que la promotion du Génocide de 1915 ne figurait plus parmi les priorités de la politique étrangère arménienne. Cette réorientation s'accompagne de réformes éducatives significatives : en juillet 2024, le gouvernement a décidé d'enseigner l’“ Histoire de l'Arménie ” plutôt que l’“ Histoire arménienne ”, mettant l'accent sur l'État moderne plutôt que sur l’évocation des territoires perdus. Néanmoins, cette approche ne va pas sans susciter des controverses internes. Lors de la commémoration de 2025, l'absence de grands événements officiels et la déclaration de Pachinian ont suscité l'incompréhension et la colère d'une part importante de la population, consternée de voir le Premier ministre et sa garde rapprochée reproduire les narratifs négationnistes turcs et de trahir la mémoire des victimes du Génocide.


Un monde arménien fracturé

Face à la normalisation engagée par Erevan avec la Turquie et l'Azerbaïdjan, les historiens et intellectuels arméniens proposent des lectures profondément contrastées, révélant une fracture qui traverse toute la transnation arménienne. Gérard Libaridian, historien de la Diaspora et ancien conseiller du président Lévon Ter-Pétrossian (1991-1997), incarne la vision la plus pragmatique de cette question. Figure intellectuelle respectée pour ses travaux sur le nationalisme arménien moderne, Libaridian a longtemps plaidé pour une approche réaliste des relations arméno-turques, fondée sur les impératifs de survie étatique plutôt que sur les exigences mémorielles. Dans ses récentes interventions, notamment son entretien télévisé largement diffusé de novembre 2025, il défend avec une franchise dérangeante l'idée que la normalisation avec la Turquie et l'Azerbaïdjan constitue une nécessité existentielle pour l'Arménie. Selon lui, la Turquie n'a pas de contentieux direct avec l'existence d'une Arménie indépendante, et les hypothèses selon lesquelles Ankara chercherait à “ anéantir ” l'Arménie manquent de preuves. Cette affirmation, qui semble ignorer le contexte du blocus économique imposé par la Turquie depuis 1993 et son soutien militaire à l'Azerbaïdjan lors des guerres du Karabagh, a suscité l'indignation d'une partie de la communauté arménienne. Libaridian insiste sur la distinction fondamentale entre symboles et impératifs politiques : “ Nous nous sacrifions pour des symboles depuis deux siècles. C'est assez ”. Le mont Ararat, symbole national par excellence visible depuis Erevan mais situé en territoire turc, doit selon lui rester une icône culturelle sans constituer un casus belli territorial. Cette position résonne avec celle qu'il défendait déjà dans les années 1990 : pour Libaridian, la priorité d'un État n'est pas de préserver une identité figée dans le trauma, mais de protéger concrètement la vie, la sécurité et la prospérité de ses citoyens. Il voit dans le processus de paix actuel une “ fenêtre d'opportunité inédite ” depuis l'indépendance – une chance qu'il serait criminel de gaspiller au nom de la mémoire. Cette ligne pragmatiste trouve des échos en France chez d'autres intellectuels, notamment Michel Marian et Gaïdz Minassian, qui plaident pour ce qu'on pourrait appeler un « dépassement mémoriel ». Marian défend l'idée que les Arméniens, tout en exigeant légitimement la reconnaissance du Génocide, ne peuvent construire leur avenir sur le seul socle du trauma. Cette approche, qui vise à sortir de ce qu'il considère comme une “ prison mémorielle ”, insiste sur la nécessité pour l'Arménie de développer des relations normales avec ses voisins. Un propos auquel se fait écho le journaliste au Monde et ancien militant de la FRA, avant de se muer en son détracteur farouche, Gaïdz Minassian, à savoir, s'affranchir de la mémoire, s'émanciper des processus de domination et devenir le sujet de son propre destin. Pour Minassian, l'identité nationale arménienne ne peut pas se construire à partir du seul génocide. Il appelle les Arméniens à sortir d'une existence purement “ mémorielle ” pour revenir à une histoire vivante, orientée vers l'avenir plutôt que figée dans le passé. L’idée peut paraître séduisante, mais pour qu’elle se matérialise, encore faudrait-il que l’État arménien puisse proposer un récit fédérateur aux forces vives d’une diaspora en quête de sens, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Face à eux, il existe des gardiens de la mémoire qui ont choisi de résister au travers de leurs travaux. L’historien Raymond Kévorkian est de ceux-là. Opposé à toute forme de « relativisation », qui ouvrirait grand la porte sur le révisionnisme, Kévorkian propose non seulement une histoire exhaustive du génocide, mais aussi sa géographie, région par région. Dans son dernier ouvrage, Parachever un génocide : Mustafa Kemal et l'élimination des rescapés arméniens et grecs (1918-1922) (2023), il établit de manière irréfutable la continuité du processus génocidaire sous Mustafa Kemal, et conclut que la Turquie contemporaine ne peut être comprise qu’à la lumière de l’héritage des premiers dirigeants de la République de Turquie. Son approche scientifique rigoureuse s’accompagne d’une position politique claire : le travail historique n’est pas seulement académique, il constitue un acte de résistance contre le négationnisme d’Etat d’Ankara. C'est ici que se situe la ligne de fracture la plus profonde. Pour les défenseurs de la mémoire, le discours des pragmatistes ne relève pas simplement d'un désaccord stratégique, mais d'une capitulation morale qui sape le travail de longue haleine accompli par les militants et les chercheurs. Cette tension se manifeste de plusieurs manières. Depuis les années 1980, des militants arméniens ont œuvré sans relâche pour obtenir la reconnaissance du Génocide par les parlements nationaux. À ce jour, trente-trois pays ont officiellement reconnu le Génocide arménien. Pour les critiques du pragmatisme, le discours de « dépassement mémoriel » affaiblit cette dynamique en suggérant que cette reconnaissance, bien qu'importante, ne devrait plus être une priorité politique. Ensuite, le travail minutieux d'historiens comme Kévorkian, qui ont passé des décennies dans les archives pour établir la vérité factuelle du Génocide, risque d'être perçu comme une obsession du passé plutôt que comme une nécessité scientifique et éthique. Lorsque Minassian parle de “ s'affranchir de la mémoire ”, ses critiques y voient une dévaluation implicite de ce travail historique fondamental. En outre, les adversaires du pragmatisme pourraient accuser les soutiens ou les idiots utiles du régime de Pachinian de s’aligner, par opportunisme ou naïveté, sur le discours officiel, qui serait engagé dans une dérive révisionniste. Plutôt que de fédérer la transnation arménienne – cette communauté mondiale qui transcende les frontières étatiques – , ce discours la divise en posant un ultimatum implicite : « Avec nous ou contre nous ». Enfin, les critiques les plus sévères dénoncent un relativisme “ gazeux ” qui, sous couvert de pragmatisme, relativise l'importance du Génocide dans l'identité et la politique arméniennes. Ce relativisme serait d'autant plus problématique qu'il intervient au moment même où le négationnisme turc se sophistique et où certains cercles académiques occidentaux, influencés par des intérêts géopolitiques, tentent de minimiser ou de « complexifier » la réalité du Génocide.


La question fondamentale : paix sans mémoire ?

Cette polarisation entre pragmatistes et défenseurs d'une ligne mémorielle intransigeante révèle une tension philosophique et politique profonde, qui dépasse largement le cas arménien : peut-on construire une paix durable en « normalisant » les relations sans reconnaissance préalable du Génocide ? Ou bien cette reconnaissance reste-t-elle une condition sine qua non de toute réconciliation authentique ? Pour les pragmatistes comme Libaridian, la réponse est claire : la survie de l'État arménien prime sur la justice historique. Dans un environnement géopolitique hostile, avec une économie fragile et une population en déclin, l'Arménie n'a pas le luxe d'attendre que la Turquie reconnaisse le Génocide – ce qui pourrait ne jamais arriver. La paix et la prospérité doivent être construites maintenant, avec les voisins tels qu'ils sont, non tels qu'on voudrait qu'ils soient. Pour les défenseurs de la mémoire, cette position relève d'une double erreur, à la fois morale et stratégique. Morale, parce qu'elle équivaut à accepter l'impunité : si un génocide peut être commis, nié pendant un siècle, et finalement « oublié » au nom de la realpolitik, quel message envoie-t-on aux bourreaux présents et futurs ? Stratégique, parce qu'une paix construite sur l'oubli et le déni ne peut être durable : sans reconnaissance du passé, les mêmes mécanismes idéologiques qui ont rendu le Génocide possible demeurent en place, prêts à ressurgir lors de la prochaine crise. Cette polarisation met en lumière un dilemme tragique : entre la nécessité pragmatique de vivre et la nécessité morale de ne pas oublier, les Arméniens doivent choisir. Ou plutôt, ils sont condamnés à chercher un équilibre impossible entre ces deux impératifs également légitimes. Et dans cette recherche d'équilibre, la transnation arménienne risque de se fracturer davantage, non pas seulement entre Arménie et diaspora, mais entre ceux qui choisissent la vie et ceux qui choisissent la mémoire – comme si ces deux choix étaient mutuellement exclusifs. En d’autres termes, il s’agirait de savoir si en renonçant à la Cause arménienne, à la demande de justice et de réparation, on encourage l’impunité et la poursuite du crime en se leurrant sur l’illusoire sécurisation d’une Arménie exsangue et dévitalisée.


Deux scénarios pour l'Arménie : avec ou sans État ?

Face aux contraintes géopolitiques imposées par le panturquisme et l'alliance turco-azerbaïdjanaise, deux scénarios se dessinent pour l'avenir de la Cause arménienne.

Le premier scénario suppose le maintien de l'État arménien comme acteur central, mais dans un cadre géopolitique contraint. L'Arménie pourrait poursuivre la normalisation avec ses voisins en acceptant de reléguer la question du Génocide à l'arrière-plan de sa diplomatie. Cette stratégie mise sur l'ouverture de corridors économiques (comme le projet de « route Trump »), la diversification des partenariats internationaux (Inde, Chine, pays occidentaux), et l'intégration dans des réseaux commerciaux régionaux. Les avantages potentiels sont évidents : sortie de l'isolement, développement économique, sécurisation des frontières, réduction du risque de nouvelles guerres. L'internationalisation des routes commerciales constituerait une garantie en elle-même, car leur fermeture heurterait les intérêts de nombreux États. Cependant, les limites de ce scénario sont tout aussi manifestes. Les concessions exigées par Bakou et Ankara semblent sans fin : reconnaissance de souveraineté sur le Karabagh, abandon des revendications territoriales symboliques, affaiblissement de l'Église apostolique arménienne (perçue comme un obstacle à la normalisation), et désormais révision du narratif historique sur 1915. La question devient alors : jusqu'où peut-on aller dans les compromis sans perdre la substance même de l'identité arménienne ? Le risque est celui d'une « arménité » vidée de son contenu historique, réduite à une existence administrative sur un territoire exigu, privée de sa mémoire collective et de ses symboles fondateurs. Ce scénario pourrait conduire à une forme d'assimilation douce, où l'État arménien perdurerait formellement, mais sans la capacité de porter un projet national cohérent. Le second scénario envisage une configuration où l'État arménien affaibli, voire « délégitimé », ne serait plus en mesure de porter seul la Cause arménienne. Ce retour à une situation « sans État », comparable à l'époque soviétique (où l'Arménie était une république sans souveraineté réelle), confierait à la Diaspora le rôle principal dans la défense de la Cause arménienne. Paradoxalement, cette configuration présente certains avantages. La Diaspora, forte de ses communautés influentes en France, aux États-Unis, en Argentine et ailleurs, dispose d'une liberté d'action que l'État arménien n'a plus. Elle peut maintenir la pression pour la reconnaissance du Génocide sans les contraintes diplomatiques qui pèsent sur Erevan. Les organisations diasporiques ont joué un rôle crucial dans les reconnaissances obtenues par 34 pays à ce jour. Elles peuvent continuer ce combat juridique, mémoriel et culturel sans craindre de représailles économiques ou militaires. Toutefois, ce scénario comporte aussi des risques majeurs. Sans un État pour incarner la nation arménienne et protéger physiquement un territoire, la Diaspora risque de se diluer progressivement. Comme le souligne Libaridian dans ses analyses sur la Diaspora, celle-ci est “ un phénomène vivant et en développement ”, mais aussi vulnérable à l'assimilation. Des communautés arméniennes autrefois florissantes ont quasiment disparu. La préservation de l'identité arménienne nécessite des institutions, une langue vivante, une culture transmise – éléments que seul un État peut garantir durablement. De plus, un État arménien affaibli ou inexistant laisserait le champ libre aux pressions turques et azerbaïdjanaises pour effacer la mémoire arménienne en Anatolie orientale et au Karabagh. Les destructions de patrimoine culturel observées après la guerre de 2020 illustrent cette menace. Sans présence étatique, la Cause arménienne risquerait de devenir une cause abstraite, détachée d'une réalité territoriale et démographique.


Le Génocide comme symptôme de la nature de l'État

Au-delà des enjeux mémoriels et diplomatiques, la question du Génocide de 1915 demeure profondément révélatrice de la nature même de l'État arménien. Un État qui renonce à défendre la mémoire du Génocide, qui accepte de reléguer ce chapitre fondateur au second plan, peut-il encore prétendre incarner la continuité de la nation arménienne ? Pour les critiques de Pachinian, la réponse est clairement négative. Ils voient dans cette évolution une trahison, une capitulation face aux pressions extérieures, voire une forme de collaboration avec les États responsables du 24-Avril-1915. Cette date n’est pas seulement un événement historique à commémorer : elle structure l'identité arménienne moderne, explique la dispersion de la Diaspora, justifie l'existence même d'un État arménien comme refuge pour un peuple persécuté. À l'inverse, les défenseurs d'une approche pragmatique estiment que l'État arménien doit avant tout garantir la survie et la prospérité de ses citoyens. Ils soulignent que l'insistance sur la reconnaissance du Génocide, si elle est légitime moralement, a enfermé l'Arménie dans un isolement dangereux. Ils rappellent que la République d'Arménie de 1918 à 1920 (Première République) avait tenté de négocier avec la Turquie kémaliste avant d'être écrasée. De même, l'actuelle Troisième République doit choisir entre un maximalisme symbolique qui mène à l'affaiblissement, et un réalisme qui préserve l'essentiel : un territoire, un peuple, une langue, une culture. Cette tension révèle une question philosophique profonde : qu'est-ce qu'un État ? Est-il simplement un appareil administratif garantissant la sécurité et le bien-être matériel de ses citoyens ? Ou bien est-il le dépositaire d'une mémoire collective, d'une identité historique, d'un projet national qui transcende les générations ? Pour l'Arménie, cette interrogation est d'autant plus cruciale que le Génocide de 1915 constitue le traumatisme fondateur de l'État moderne. Renoncer à sa reconnaissance, c'est peut-être gagner en marge de manœuvre diplomatique, mais c'est aussi risquer de perdre la légitimité historique qui fonde l'existence même de l'État.


Conclusion : un équilibre impossible ?

L'Arménie se trouve aujourd'hui à un carrefour historique. D'un côté, la voie du pragmatisme géopolitique, incarnée par Pachinian et soutenue par une poignée d’intellectuels, promet une normalisation régionale, une sécurité renforcée et un développement économique. De l'autre, la voie de la fidélité mémorielle, défendue par l'opposition, la majeure partie de la Diaspora et une partie significative de la population, refuse toute concession sur la question du Génocide, au risque de perpétuer l'isolement. Peut-être que la véritable question n'est pas de choisir entre ces deux voies, mais de trouver un équilibre. Un État arménien qui pourrait normaliser ses relations avec ses voisins tout en maintenant une exigence morale intacte sur la reconnaissance du Génocide. Un État qui pourrait s'appuyer sur la Diaspora pour porter cette cause au niveau international, tout en concentrant ses efforts diplomatiques sur la sécurisation de son territoire et de sa population. Cet équilibre semble aujourd'hui hors de portée, tant les pressions turques et azerbaïdjanaises sont fortes, tant les traumatismes de 2020 et 2023 sont profonds. Mais l'histoire arménienne, jalonnée de catastrophes et de renaissances, enseigne qu'un peuple peut survivre aux pires épreuves s'il préserve l'essentiel : sa mémoire, sa langue, sa culture. La question demeure : l'État arménien actuel sera-t-il capable de porter cet héritage, ou bien cette responsabilité reviendra-t-elle, une fois de plus, à la Diaspora ? La réponse à cette question déterminera non seulement l'avenir géopolitique de l'Arménie, mais aussi la nature même de ce que signifie être arménien au XXIe siècle. 

par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.