La rétine artificielle : un grand espoir
par Zmrouthe AUBOZIAN
Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur.
France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ?
Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil.
En quoi consiste l’implant ?
L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne.
Quels bienfaits pour le patient ?
38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets.
Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ?
Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire.
Quel avenir pour ce genre d’implant ?
Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale.
Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal.
L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ?
La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image.
Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ?
Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet.
J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine).
Laurent Kodjikian est :
- Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal,
- Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon,
- Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon,
- Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon
-Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020).
Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.

Comment les Arméniens rescapés du Génocide ont-ils vécu leur installation à Alfortville ? Quel regard le pays d’accueil a-t-il porté sur leur intégration ? Fruit d’un partenariat entre la MCA d’Alfortville et l’Association ARAM de Marseille, l’exposition organisée à Alfortville par l’historien Sevan Ananian, avec le soutien de la municipalité, revient sur cette période.

Ce 24 Avril marque un double rendez-vous : la ressortie en salles de Sans retour possible (1983), film co-réalisé par Serge Avédikian et Jacques Kébadian, et la publication d'Un mur contre l'oubli, ouvrage conçu par ce dernier à partir de cette matière filmique. À cette occasion, Serge Avédikian revient sur un geste cinématographique né de la nécessité de transmettre et de faire mémoire, dont la portée et les résonances se prolongent encore aujourd'hui.
Des souvenirs familiaux aux tapis rouges des Oscars, il trace un parcours singulier entre héritage, identité et création. À travers ses films, il explore l’intime pour mieux toucher à l’universel et porter une voix encore trop rare à Hollywood. Le film qu’il a coproduit Sinners (Les Pécheurs) avec le réalisateur Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler a été nommé dans 16 catégories aux Oscars. Sinners a remporté quatre statuettes.

On ne le sait pas suffisamment, mais le HOM, les Croix de secours arméniennes, est reconnu comme une organisation non gouvernementale (Ong) qui dispose depuis près de 50 ans du droit à participer plusieurs fois par an aux travaux de l’ONU au sein de plusieurs commissions et conférences. Une présence qui lui a permis de “ porter la voix des femmes arméniennes ” comme l’a confié à France Arménie, Aroussiag Melkonian, la présidente au niveau mondial du HOM.

À deux mois du scrutin législatif du 7 juin 2026, rendez-vous électoral crucial pour l'avenir de l'Arménie, la transnation arménienne s'est réunie à Paris les 11 et 12 avril 2026. Organisée à la Maison de la Mutualité, cette conférence de mobilisation de la Diaspora arménienne a bénéficié de la logistique et des réseaux de la FRA Dachnaktsoutioun en Diaspora et s'est donnée pour mission de faire entendre une autre voix, un autre positionnement politique articulé autour de la défense intransigeante de la Cause arménienne. Dans un contexte de crise existentielle sans précédent, cet événement a marqué l'émergence d'un contre-narratif face au discours officiel d'Erevan, une affirmation claire d'une arménité fondée sur la résistance et la dignité — et non sur la résilience passive

111 ans après le Génocide des Arméniens, les commémorations ont une nouvelle fois rassemblé largement, mêlant recueillement, engagement et transmission aux nouvelles générations. Preuve en est, la présence exceptionnelle du Premier ministre français Sébastien Lecornu lors de la cérémonie républicaine du 24-Avril

Entre crises économiques, tensions géopolitiques et guerres régionales, les Arméniens de Syrie, du Liban et d'Iran ont commémoré le 24-Avril dans des conditions exceptionnellement difficiles. Alors que ces communautés historiques, autrefois poumons de la Diaspora arménienne, luttent pour leur survie, le silence d'Erevan résonne comme un abandon.


