Eric Akopian, le nettoyeur

par Armenag Bedrossian

A l’instar de Jean Reno dans Léon qui utilise un pistolet Wather GSP, Eric Akopian a pour armes de destruction des sacs poubelles, des gants, des pinces et son invincible détermination pour éliminer les monticules de déchets qui dénaturent les plus beaux paysages de Marseille !


Natif de Marseille, Eric Akopian va vivre sa petite enfance à Erevan, ville d’origine de ses parents. Cinq années où il sera imprégné à vie de l’atmosphère unique de cette ville couleur abricot. Après un séjour au Canada, sa mère s’installe définitivement avec lui à Marseille où il grandit et passe son bac. Passionné de sport et d’aventure, il rejoint l’armée chez les chasseurs alpins pour être un fantassin spécialisé dans le combat. Les études le rattrapent pour le diriger en fac des sciences du sport. Bardé de son diplôme et adepte du MMA (mixed martial arts), il devient coach sportif.
Eric Akopian aime Marseille et part très souvent en randonnée pour son métier et son plaisir mais comme la majorité des Marseillais il souffre de voir sa belle ville se dégrader, ensevelie par la saleté et l’abondance des déchets qui jonchent le sol surtout aux abords et en pleines calanques. C’est d’ailleurs en plein footing à Sormiou qu’il découvre l’horreur et qu’il a le déclic. Il propose alors à ses amis de faire la randonnée classique qu’ils aiment faire en rajoutant une paire de gants et un sac.

En 2017, il créée l’association Clean my Calanques, 100 % locale, qui milite pour la préservation de l’environnement en sensibilisant l’ensemble de la population aux enjeux environnementaux. Le crédo d’Eric c’est la nature qu’il respecte. Il se lance le défi de faire prendre conscience à tous qu’il est urgent de se mobiliser pour la sauvegarder. Pour cela, il s’adresse depuis plusieurs années, outre aux entreprises, principalement à la jeunesse, en donnant des conférences dans toutes les écoles publiques et privées. En classe, l’auditoire est attentif, écoute et adhère. C’est de cette assemblée de futurs adultes, qu’il fonde aussi l’espoir de sensibiliser les parents à faire le tri sélectif, le recyclage, etc. “ Les enfants et les ados sont très connectés, bien plus que les adultes, ils ont une empathie générale ”. Pour toucher la jeunesse rien de tel “ qu’un partenariat avec des youtubeurs, des rappeurs, des influenceurs qui grâce à leur rayonnement peuvent faire passer des messages plus facilement que juste des écolos qui crient sur les toits : "On en a marre ! " ”. Parfois, des artistes comme Jérémy Frérot n’hésitent pas à s’impliquer.

Eric est fier d’être marseillais et fier d’être arménien même si ne pas avoir l’opportunité de parler sa langue maternelle est un manque. N’ayant que trente et un ans, il trouvera l’occasion d’aller en Arménie et de s’exprimer dans la langue du pays qu’il affectionne et où réside une partie de sa famille. Une de ses nombreuses qualités est d’aimer ce qu’il entreprend. “ Pas question de se prendre la tête, l’objectif est de rendre l’écologie accessible à tous en s’amusant ”. 
Il termine notre entretien en avouant quelques autres passions dont la musique (saxo) et... le stand-up ! Il aime rire et faire rire. L’humour c’est son truc. Gageons qu’il sera sur scène dans quelques années, seul, sans décor ou accessoire, en train de briser le « quatrième mur » en racontant son histoire si riche d’expériences. 
Ce jour-là nous serons au premier rang pour l’applaudir ! Promis ! 

Clean my Calanques en quelques questions

France Arménie : Combien de personnes rassemblez-vous en moyenne lors de vos sorties ?
Eric Akopian : Cent à cent cinquante personnes. Petits, grands, seuls ou en familles, uniquement des bénévoles désireux de participer. Il y a toujours une bonne ambiance, de la musique, des cadeaux à gagner, de la pizza... sans culpabiliser qui que ce soit.

D’où viennent tous ces déchets ?
C’est multifactoriel ! Les « imbéciles » qui jettent sans scrupules, les poubelles qui débordent, pas assez de tri, pas assez de ramassage, la mauvaise éducation en général, l’abondance d’emballages que l’on trouve dans la société de consommation. Le mistral les déverse dans la mer qui les renvoie. Un cercle vicieux. La société nous pousse à consommer… Commençons donc par moins consommer, c’est la base !

Quel type de déchets ramassez-vous ?
De tout ! Des canettes, détritus, mégots, bouchons de bouteilles, bouteilles plastique, verre, trottinettes, vélos, etc. Tout ce qui est dangereux - seringue par exemple - est scrupuleusement évité. Une partie est distribuée à des associations locales partenaires, comme Recyclop ou Sauvage Méditerranée. 

Qu’en pensent les politiques ? Vous soutiennent-ils ?
Absolument, nous sommes assez « craints » par eux. Le maire Benoît Payan ainsi que la responsable de la Métropole, Martine Vassal, sont déjà venus nous rencontrer. Nous avons une très grande visibilité. L’association est subventionnée et les dons sont défiscalisables.


Clean my Calanques en chiffres, en 2025, c’est : 
2, 419 tonnes collectées, 249 dépollutions (ramassages), 
27 717 litres, 973 bénévoles, 18 745 jeunes sensibilisés en classe.
Le rythme des nettoyages est mensuel et est annoncé dans tous les réseaux sociaux, Facebook, Instagram (76K followers),TikTok…
Une équipe soudée, une bande de « potes » très complice, rodée à la communication, très motivée pour transmettre les valeurs de l’association. Eric Akopian est un homme engagé qui s’investit à plein temps, un hyperactif. Vegan, il aime par-dessus tout la nature. Avec Céline, directrice générale, Hedi ambassadeur et les autres, il forme la dream team de Clean my Calanques. 

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