L’opposition arménienne, un enjeu pour Moscou
La répression menée par les autorités d’Erévan contre les dirigeants des partis d’opposition, réputés proches de Moscou, empoisonne également les relations bilatérales. Après que son parti, Arménie prospère, a échoué de justesse à entrer au Parlement, Gaguik Tsaroukian a été arrêté et incarcéré le 6 juillet. Il est inculpé pour fraude et évasion fiscales, blanchiment d’argent et corruption, et plusieurs de ses entreprises ont dû suspendre leurs activités. La détention provisoire de Gaguik Tsaroukian, qui s’élève contre une “ persécution politique ”, a été prolongée le 4 septembre pour une durée de deux mois.
Le 25 août, au tour de Robert Kotcharian d’être arrêté et écroué, en compagnie de son fils aîné Sédrak et de quatre autres dirigeants actuels ou anciens d’entreprises liées à la famille Kotcharian. Le leader de l’alliance Hayastan est accusé d’abus de pouvoir en vue d’acquérir des biens publics à des prix dérisoires, de blanchiment d’argent et de corruption. Son fils est inculpé pour complicité et les quatre autres personnes pour fraude fiscale.
L’alliance Hayastan a dénoncé “ une subordination flagrante de l’appareil d’Etat aux craintes et à l’esprit de vengeance d’une seule personne [ndlr : Nikol Pachinian] ”. Elle fait référence aux événements tragiques des 1er et 2 mars 2008, consécutifs à l’élection contestée de Serge Sarkissian à la tête de l’Etat. Très proche du challenger Lévon Ter Pétrossian et fortement impliqué dans les émeutes post-électorales qui avaient fait dix victimes (huit civils et deux policiers), Nikol Pachinian avait choisi la clandestinité, dans un premier temps, pour échapper aux autorités, puis il s’était rendu et avait passé près de deux ans en prison, avant d’être amnistié au printemps 2011. Mais il garde une rancune tenace à l’encontre de Robert Kotcharian, qui assumait encore ses fonctions de président durant ces émeutes.
Nikol Pachinian s’est justifié en affirmant détenir la “ légitimité ” pour mettre ses adversaires politiques “ à genoux ”. Il a rappelé son double engagement pris le 5 juin lors de l’ultime meeting organisé avant les législatives : l’arrestation de Robert Kotcharian “ juste après les élections ” pour son rôle dans ces émeutes et la saisie des principaux actifs des deux autres leaders de l’opposition, Samvel Karapétian et Gaguik Tsaroukian.
Le premier a vu la Justice prolonger son assignation à résidence de deux mois, le 17 septembre. Samvel Karapétian n’a toutefois rien perdu de sa combativité, puisqu’il a déclaré le lendemain que son entreprise, Réseaux électriques d’Arménie (REA), n’était “ pas à vendre ”, en dépit des efforts déployés par le gouvernement pour la nationaliser. Ce dernier a proposé 23,5 milliards de drams (environ 56 millions d’euros) à la famille Karapétian pour acquérir la compagnie, à condition qu’elle restitue environ 23 milliards de drams de dividendes perçus au cours de la dernière décennie. Mais les Karapétian ont rejeté cette offre. “ Ne vous inquiétez pas pour REA, le gouvernement a compris qu’il ne serait pas capable d’en assurer la gestion ! ”, a martelé Samvel Karapétian.
Face à cette mise sous l’éteignoir des leaders de l’opposition arménienne, Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, est montée au créneau le 27 août. “ Malheureusement, la tendance négative que le président russe Vladimir Poutine avait relevée lors de sa rencontre avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, le 1er avril à Moscou, se confirme : à savoir, une escalade de véritables mesures répressives à l’encontre des forces et des personnalités politiques qui prônent le maintien de relations d’alliance avec la Russie. ”
Le 31 août, soit la veille de son tête-à-tête avec Nikol Pachinian à Bichkek, Vladimir Poutine a adressé un message d’anniversaire à Robert Kotcharian pour ses 72 ans, lui souhaitant “ force spirituelle et résilience face aux épreuves que vous et votre famille traversez actuellement ”. Robert Kotcharian avait été pris d’un malaise et hospitalisé quelques heures après son arrestation. Conduit au tribunal le lendemain, il avait de nouveau été hospitalisé puis transféré dans une prison d’Erévan, suite à la prolongation de deux mois de sa détention provisoire.









