A Dadivank, une représentante de l'Azerbaidjan présente aux diplomates une origine "albanaise" du complexe monastique totalement inventée
La délégation s’est également rendue dans les monastères de Gandzassar et Dadivank, deux monuments majeurs du patrimoine chrétien arménien d’Artsakh. Durant ces visites, les autorités azerbaïdjanaises ont présenté aux diplomates leur lecture de l’histoire de ces bâtiments, les rattachant notamment à l’héritage de l’Albanie du Caucase et accusant les Arméniens d’avoir modifié ou falsifié certains des éléments. À Gandzassar, une séquence a particulièrement attiré l’attention. Hikmet Hajiyev, conseiller du président Aliev et secrétaire général du Conseil de sécurité de l’Azerbaïdjan, a présenté un ouvrage comportant des pages vierges comme une preuve supposée de falsification arménienne, le tout sous les rires moqueurs des diplomates étrangers. Or, le Maténadaran d’Erevan avait expliqué dès 2025 que les ouvrages exposés dans le musée de Gandzassar étaient des reproductions spécialement réalisées pour l’exposition. Seules certaines pages avaient été reproduites, les manuscrits originaux étant conservés à Erevan, ce qu’a immédiatement rappelé le directeur du Maténadaran, Ara Khzmalyan.
Un voyage de la honte qui a suscité de vives réactions à travers la Diaspora arménienne et particulièrement en France. L’association de soutien à l’Artsakh et son représentant en France, Hovhannès Guévorkian, ont dénoncé la présence de l’ambassadrice de France en Azerbaïdjan, madame Sophie Lagoutte : “ Que signifie admirer la reconstruction de Stépanakert ou de Chouchi lorsque les habitants arméniens de cette ville ne peuvent toujours pas y retourner ? La crédibilité d’une diplomatie ne se mesure pas seulement aux paroles prononcées au moment d’une tragédie, mais à la fidélité à ces paroles lorsque, avec le temps, il devient diplomatiquement plus commode de les oublier ” s’indigne Hovhannès Guévorkian. Le Comité de défense de la Cause arménienne (CDCA) a adressé, pour sa part, une lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans laquelle le CDCA fait le lien entre les pressions exercées pour faire annuler l’exposition des portraits des otages arméniens à la Mairie de Paris et les propos de l’ambassadrice de France à Bakou. “ Monsieur le Ministre, au cours de ces derniers jours, de manière répétée, auprès du Maire du Paris et à travers votre ambassadrice, vous avez apporté votre caution, si ce n’est votre complicité, à des pratiques abjectes de la dictature azerbaïdjanaise en lien avec le nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabagh ”, indique le CDCA qui exige une clarification publique de la position de la France à l’égard de l’Artsakh et des otages arméniens.
Le catholicos de la Grande Maison de Cilicie, Aram 1er, a déclaré avoir regardé les vidéos de ce voyage “ avec une profonde douleur et de l’indignation ”, mettant en rapport ce “ phénomène répugnant ” et “ notre désunion et notre politique à courte vue ”. En Arménie, la première condamnation est venue du catholicos de tous les Arméniens, Karékine II, pour qui “ cette pratique est une expression flagrante de la politique anti-arménienne adoptée par les autorités azerbaïdjanaises. Ces tentatives de déformer la réalité historique à des fins politiques constituent une falsification flagrante et une atteinte à la mémoire historique et au patrimoine spirituel du peuple arménien ” indique le communiqué qui appelle les autorités arméniennes à réagir pour empêcher de telles provocations. Rappelons que c’est justement pour avoir organisé en Suisse une conférence sur la préservation du patrimoine arménien en Artstakh que le catholicos Karékine II fait l’objet d’une répression politique depuis plus d’un an de la part du gouvernement de Nikol Pachinian.
Quant aux autorités arméniennes, leur silence gêné démontre les limites de la politique, dite de la paix, qui n’est autre que celle de la capitulation devant toutes les exigences de l’Azerbaïdjan. Ararat Mirzoyan affirme simplement “ avoir pris les mesures nécessaires ” sans plus de précisions, renvoyant la réponse à “ des instances plus spécialisées pour traiter cette question ” et se disant “ très satisfait de la position exprimée par le directeur du Maténadaran ”. Comment avaler non pas une couleuvre mais un boa. Rouben Roubinian, le président du Parlement, répondant à une charge de l’opposition qui n’a eu de cesse de dénoncer au Parlement la passivité de la réaction du gouvernement arménien, s’est limité, lui, à dire que “ l’attitude de la partie azérie ne contribuait pas au renforcement de la paix ”. Pour Alen Simonian, l’homologue de Hikmet Hajiyev avec lequel il s’entretient tous les deux jours : “ Il y a leur point de vue, il y a le nôtre. Mon travail n’est pas de mettre en avant ces points de vue, ni de les opposer. ” Comme si en étant un responsable arménien, on pouvait mettre un trait égal entre le négationnisme de l’Azerbaïdjan et la réalité de la présence arménienne en Artsakh depuis plus de 1 700 ans.
“ Absurde et infondé ” aura été la première réaction quatre jours plus tard de Nikol Pachinian indiquant “ qu’il n’y avait donc pas besoin d’en rajouter après la déclaration du Maténadaran ”. Il faudra attendre le lendemain et le fait que la pression médiatique ne retombe pas pour que le chef du gouvernement indique que “ cette rhétorique de l’« Azerbaïdjan occidental » menace la sécurité de l’Arménie ”. Mais pour autant, le Premier ministre estime que le principe de réciprocité ne donnera jamais de résultats. En clair, il ne faut pas répondre, laisser dire et faire et ne pas se défendre. Une position qui montre la faiblesse de l’Arménie actuelle et de son idéologie de l’Arménie réelle prônée par Nikol Pachinian.









