À Lucca, sur les traces oubliées de San Davino l’Arménien

Début septembre 2021, à l’occasion de notre anniversaire de mariage, nous entreprenons un voyage en Toscane, avec une première étape dans la ville de Lucca. Derrière ce séjour touristique se cache aussi une quête singulière : retrouver la trace d’un saint arménien méconnu, San Davino.

Selon les rares sources hagiographiques disponibles, notamment Wikipédia, Davino serait un pèlerin arménien du XIe siècle. Après avoir distribué ses biens aux plus démunis, il aurait entrepris un long périple spirituel, passant par le Saint-Sépulcre à Jérusalem, les tombeaux des apôtres Pierre et Paul à Rome, puis en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est à Lucca que son voyage s’interrompt brutalement. Tombé malade, il est d’abord accueilli dans un hospice situé à proximité de l’église de San Michele in Foro, avant d’être recueilli par une veuve nommée Atha. Il y meurt le 3 juin 1050. Rapidement, la tradition lui attribue des miracles, conduisant à la translation de ses restes dans cette même église, où ils reposeraient encore aujourd’hui.

Arrivés sur place, rien n’est évident. Nous pénétrons dans l’imposante église San Michele in Foro. L’édifice, remarquable par sa façade de marbre blanc, impressionne immédiatement. Pourtant, une première visite rapide ne permet pas de localiser la sépulture du saint. À l’extérieur, l’enquête commence. Interrogeant plusieurs passants, nous finissons par obtenir une réponse inattendue d’un marchand de journaux : le lieu recherché se trouve… dans l’église que l’on vient de quitter. De retour à l’intérieur, notre regard change. Cette fois, nous remarquons enfin le catafalque de San Davino. L’impression est saisissante : la figure du saint semble presque vivante. On dirait qu’il nous regarde et qu’il nous montre du doigt. Malgré cette découverte, les informations restent limitées. Les ouvrages disponibles sur place sont exclusivement en italien, renforçant le caractère discret, presque effacé, de cette figure spirituelle.

La visite de Lucca se poursuit vers d’autres sites emblématiques, notamment la Tour Guinigi, célèbre pour ses chênes verts centenaires perchés à son sommet. Mais le souvenir de cette rencontre inattendue demeure. De retour en France, certains prêtres arméniens reconnaissent ne pas connaître San Davino, pourtant issu de leur propre tradition.

À Lucca, dans l’ombre des grandes figures religieuses, repose ainsi un saint voyageur venu d’Arménie. Une présence discrète, mais toujours vivante pour ceux qui prennent le temps de la chercher.


Et toujours en Toscane !

Florence d’abord. Quelle ville exceptionnelle ! Sans doute l’une des plus belles du monde, et à coup sûr l’un des grands berceaux de la Renaissance européenne. Peu d’endroits peuvent se targuer d’avoir vu naître autant de figures majeures, dans des domaines aussi variés que les arts, la science ou la pensée politique. Parmi elles, citons Leonardo da Vinci, Michelangelo, Niccolò Machiavelli, Galileo Galilei, Benvenuto Cellini, sans oublier Dante Alighieri, dont l’œuvre a profondément façonné la langue italienne.

La ville évoque quelques images emblématiques : la silhouette majestueuse du Duomo, la puissance expressive du David de Michel-Ange, ou encore le Ponte Vecchio, célèbre pour ses échoppes de joailliers suspendues au-dessus de l’Arno. Mais Florence ne se résume pas à ces symboles : son patrimoine est si dense qu’il défie toute tentative d’inventaire.


Une présence arménienne méconnue

Au-delà de son prestige artistique, Florence conserve également des traces inattendues d’une présence arménienne ancienne. Parmi elles, figure la basilique San Miniato al Monte, perchée sur les hauteurs de la ville. Elle est dédiée à saint Miniat — ou Sourp Minas — considéré comme le premier martyr florentin. Selon la tradition, cet homme venu d’Orient, parfois décrit comme un prince d’Arménie, se serait converti au christianisme avant de gagner Rome puis Florence, où il aurait subi le martyre lors des persécutions romaines. L’origine exacte de ce personnage demeure incertaine, oscillant entre histoire et légende, mais son lien à l’Arménie témoigne de la profondeur des échanges entre ces mondes.

À ce propos, la ville de San Miniato, en Toscane, perpétue son nom. Selon Stendhal, la famille de Napoléon Bonaparte y aurait trouvé ses racines avant de s’établir en Corse — une hypothèse évoquée dans son ouvrage, Vie de Napoléon.

Florence abrite également une autre trace significative : l’ancienne église San Basilio degli Armeni. Fondée au XIe siècle par des moines arméniens, elle témoigne de l’implantation durable de cette communauté au cœur de la ville. Aujourd’hui, l’édifice a changé d’affectation, mais son histoire demeure.


Une empreinte plus large en Toscane

En élargissant le regard à l’ensemble de la région, d’autres vestiges apparaissent. À Livourne, grand port méditerranéen, s’élevait l’église arménienne Saint-Grégoire l’Illuminateur. Construite au XVIIIe siècle par une communauté active de marchands arméniens, elle fut détruite lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale avant d’être reconstruite. Les recherches d’historiens tels que Patrick Donabédian, Claude Mutafian et Gérard Dédéyan ont permis de mettre en lumière cette présence arménienne ancienne, souvent méconnue, mais bien ancrée dans le paysage italien.

Ainsi, la Toscane ne se limite pas à l’héritage de la Renaissance : elle révèle aussi, à qui prend le temps de regarder, des traces d’histoires plus discrètes mais tout aussi fascinantes. Autant de lieux qui témoignent du passage de peuples et de cultures venus de loin — et qui invitent aujourd’hui encore à la découverte.



LÉGENDES

L'église San Michele in Foro de Lucca

Le catafalque de San Davino

Basilique San Miniato al Monte

San Basilio degli Armeni à Florence

Eglise arménienne de San Gegorio Iluminatore 

  • A Lucca, sur les traces oubliées de San Davino l'Arménien

    L'Eglise San Michele in Foro de Lucca

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    San Basilio degli Armeni à Florence

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    Basilique San Miniato al Monte

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    Eglise arménienne de San Gregorio Iluminatore

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