Le Tour de la honte… sur Eurosport
14 mai : la chaîne TV Eurosport diffusait les images et les commentaires du Tour d’Azerbaïdjan, dénommé Baku Khankendi, juste après la retransmission du Giro ou Tour d’Italie. Le Tour d’Azerbaïdjan cycliste est une course professionnelle, qui n’était d’ailleurs plus organisée depuis 2017. Mais là, le « terminus » de cette course (en cinq étapes) s’achevait à Khankendi, l’ex-Stépanakert, capitale du Haut-Karabagh arménien ! Alors impossible d’y rester indifférent.
Par Khoren Nercessian
Les paysages dévoilés dans cette course sont verts et montagneux mais… ne se croirait-on pas au Haut-Karabagh arménien ? Le téléspectateur fan de cyclisme, bien assis dans son fauteuil, ne se rend pas compte du subterfuge. L’étape finale de ce Tour, le 14 mai, se termine à Khankendi, l’ex-Stépanakert. Peu de monde sur le bord des routes. Tout paraît presque désert. Normal après tout, les 120 000 et (quelques) habitants ancestraux du coin ont fui comme des lapins il y a déjà quelques années (octobre 2023 pour être plus précis). Par peur d’être « liquidés » par les Azéris, ces frères ou cousins des Turcs génocidaires de 1915.
Qui a gagné cette étape ? A vrai dire est-ce vraiment important ? Il n’y a que des drapeaux azéris et turcs à l’arrivée, et un drapeau hollandais ou italien bien esseulé ici ou là. Mais là, le suivi de cette dernière étape est poignant. Les cyclistes traversent une localité (Chouchi rebaptisée Chucha ou Susa par le pouvoir azéri) et déboulent juste devant une ancienne cathédrale arménienne dont le clocher a été démonté et remplacé par un dôme « suspect » en 2022, précisément après la conquête azérie !
Arrivée donc à Khankendi. L’objectif politique est assurément atteint. Et bien sûr pas le moindre mot des commentateurs sportifs d’Eurosport sur l’historique de cette région. Ils sont en général plus loquaces quand des épreuves cyclistes traversent d’autres lieux chargés d’histoire. Les Arméniens ont, eux, le cœur qui saigne en voyant ces images. Comme en 1915. Bref un beau Tour… de la honte avant tout. A propos, il y a encore et toujours à ce jour des prisonniers politiques arméniens qui croupissent dans les geôles à Bakou. Mais de cela personne n’en a cure. A titre de comparaison historique, pour qui se rappelle les conflits des Balkans des années 90, imaginerait-on aujourd’hui un Tour cycliste de la Serbie traversant un Kosovo vidé de sa population albanaise ? Mais l’histoire ne s’écrit malheureusement pas de la même façon pour nombre de décideurs politiques… et sportifs !









