Moscou avertit : pas de TRIPP sans la Russie

par Varoujan MARDIKIAN

Dans une interview accordée à l’agence russe RIA-Novosti, Mikhaïl Kalouguine, l’un des responsables du ministère des Affaires étrangères pour les pays de la CEI, est monté au créneau : “ Sans la participation de la Russie, les partenaires ne pourront pas mettre en œuvre la Voie Trump. Il s’agit d’un itinéraire correspondant au tronçon convenu par le Groupe de travail trilatéral [russo-arméno-azerbaïdjanais] (1). De plus, la Compagnie des chemins de fer du Sud-Caucase, filiale des Chemins de fer russes, détient la concession pour la gestion de l’infrastructure ferroviaire arménienne. La Voie Trump traversera principalement la zone placée sous la responsabilité de nos garde-frontières. L’appartenance de l’Arménie à l’Union économique eurasiatique doit également être prise en compte. Il est évident que les partenaires ne peuvent se passer de la Russie. ” 
Soulignant que les accords russo-arméno-azerbaïdjanais conclus sous l’égide de la Russie entre 2021 et 2023 “ restent pertinents ”, Mikhaïl Kalouguine a égratigné la politique menée par l’Occident dans la région. “ Ils tentent de semer la discorde dans le Sud-Caucase et de créer des tensions entre les Etats [qui le composent] et la Russie. Leur principal objectif est de nuire à la Russie et d’impliquer une autre région dans des programmes anti-russes ”, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il y a quelques semaines, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avait appelé l’Arménie à rejoindre la coalition des pays qui appliquent des sanctions contre la Russie.
Que Moscou reste hors-jeu dans ce processus initié par Wa-shington semble donc difficile à envisager. Mais contrairement à l’Iran, la Russie conserve deux options pour jouer un rôle majeur : s’assurer un engagement à long terme ou tenter de bloquer le processus en utilisant une panoplie d’instruments à sa disposition. Si la Russie ne parvient pas à s’intégrer à ce projet, elle perdra l’essentiel de son influence dans un Sud-Caucase qu’elle considère comme sa chasse gardée ; si elle s’y implique, elle prendra part à une initiative lancée pour la contourner. 

(1) Créé par la Russie, dans la foulée de l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020 en Artsakh, en vue de débloquer les voies de communication régionales.



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