Pachinian, Erdogan et Aliev déplorent la reconnaissance du Génocide par Israël

La reconnaissance du Génocide arménien par le cabinet des ministres israéliens, le 28 juin 2026, a suscité des réactions diverses. Voici quelques faits essentiels pour dissiper la confusion. 

Par Harut Sassounian

 

Après des décennies de déni et d’esquive, le gouvernement israélien a finalement publié une déclaration reconnaissant le Génocide arménien. Ce retard prolongé était honteux et immoral, en particulier pour un peuple lui-même victime d’un génocide. Pire encore, le gouvernement israélien a collaboré pendant des années avec la Turquie et sa politique négationniste en incitant d’importantes organisations juives américaines à bloquer les tentatives du Congrès américain de reconnaître le Génocide arménien. 

La raison pour laquelle Israël n’a pas reconnu le Génocide auparavant et pourquoi il le reconnaît maintenant, est évidente. Cela n’a rien à voir avec les faits du Génocide. Les pays fondent leurs décisions politiques sur leurs intérêts nationaux, et non sur des considérations émotionnelles ou morales. Condamner Israël pour avoir reconnu le Génocide arménien, c’est ignorer cette importante réalité politique. Israël ne l’a reconnu que lorsqu’il a estimé que cela servait ses intérêts, à l’instar de plus de 30 autres pays qui l’ont déjà reconnu. 

 Le malentendu suivant vient des Arméniens qui demandent : “ Qu’est-ce que la reconnaissance du Génocide arménien par des pays étrangers nous a apporté ? ”. Il est illusoire d’espérer que sa reconnaissance par un pays quelconque obligera la Turquie à le reconnaître, à indemniser les Arméniens pour leurs pertes et à leur restituer l’Arménie occidentale ! 

La reconnaissance du Génocide est un acte symbolique qui comporte plusieurs avantages plus concrets : 

1. Ce récit rappelle sans cesse au monde que l’horrible crime de génocide a été perpétré contre le peuple arménien. Plus d’un siècle après, il continue de hanter les négationnistes turcs. Partout où se rendent les dirigeants turcs à travers le monde, ils sont confrontés aux massacres de leurs ancêtres. 

2. Cela apporte un certain réconfort aux descendants des victimes en affirmant que leur tragédie n’a pas été oubliée. Le déni aggrave leur souffrance. 

 3. Cela répond à la question tristement célèbre d’Hitler : “ Qui, après tout, parle aujourd’hui de l’anéantissement des Arméniens ? ”. Cette croyance erronée d’Hitler fut l’une des raisons qui l’ont incité à planifier l’Holocauste. 

4. En n’oubliant pas le Génocide, les Arméniens entretiennent l’espoir qu’un jour, dans un avenir lointain, lorsque les circonstances géopolitiques de la région changeront, ils auront peut-être la chance de récupérer ce qu’ils ont perdu. 

5. Chaque fois qu’un pays reconnaît le Génocide arménien, des milliers d’articles paraissent dans les médias internationaux, révélant les crimes de masse commis par la Turquie. Le gouvernement turc a gaspillé des milliards de dollars au fil des ans pour tenter d’étouffer l’affaire, en vain. 

6. Quelles que soient les motivations d’Israël ou de tout autre pays à reconnaître le Génocide arménien, les Arméniens ne devraient considérer que leurs propres intérêts. 

7. Il est dans l’intérêt stratégique de l’Arménie de tirer profit de la détérioration des relations diplomatiques entre la Turquie, Israël et l’Azerbaïdjan. Le retour à Bakou, la semaine dernière, de l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en Israël pourrait en être un signe. 

 Réactions de rejet ou de déni 

Passons maintenant à ceux qui ont réagi à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien par le rejet ou le déni pur et simple. 

 

 Turquie : après 111 ans de déni, le gouvernement turc persiste à gaspiller son temps et ses ressources à nier l’évidence. Le ministère turc des Affaires étrangères a publié une déclaration évasive en réponse à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien. Il a accusé Israël de commettre des atrocités à Gaza, ce qui n’absout en rien le gouvernement turc de ses propres massacres de millions d’Arméniens, d’Assyriens et de Grecs. De plus, le président Recep Tayyip Erdogan a réitéré un mensonge flagrant : “ En des milliers d’années d’histoire, il n’y a eu ni génocide, ni massacre, ni oppression, ni colonialisme ”. L’Empire ottoman et la République de Turquie existent depuis bien moins de mille ans, période durant laquelle ils ont perpétré massacres, oppression, colonialisme et de multiples génocides. 

Le président Erdogan prétend également, à tort, être le défenseur du peuple palestinien. Pendant des décennies, la Turquie a entretenu une solide alliance militaire avec Israël, lui a vendu des marchandises pour des milliards de dollars et a autorisé le transbordement de quantités massives de pétrole azerbaïdjanais vers Israël, contribuant ainsi à alimenter la guerre à Gaza qui a fait des dizaines de milliers de morts parmi les Palestiniens. 

 

 Azerbaïdjan : bien que l’Azerbaïdjan ait commis ses propres crimes de masse contre les Arméniens, il se rend aujourd’hui complice du Génocide arménien de 1915 en participant à son négationnisme. L’Azerbaïdjan n’est pas non plus un ami des Palestiniens. Il verse des milliards de dollars à Israël pour l’achat d’armes et est son principal fournisseur de pétrole. 

 Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a publié la semaine dernière un communiqué exprimant sa “ vive préoccupation ” quant à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien et exhortant le gouvernement israélien à reconsidérer sa décision. Le passage le plus absurde de ce communiqué de Bakou est le suivant : “ L’Azerbaïdjan demeure fermement attaché à la vérité historique, au respect des principes du droit international et à la promotion d’une paix et d’une stabilité durables dans la région ”. 

Il est honteux que le rabbin Shneur Segal, grand rabbin de la communauté juive ashkénaze d’Azerbaïdjan, ait écrit une lettre à la Knesset pour lui demander de ne pas reconnaître le Génocide arménien. Comment un homme de Dieu peut-il rejeter la vérité et s’opposer à sa reconnaissance ? Il est évident que le gouvernement azerbaïdjanais fait pression sur sa communauté juive locale pour qu’elle mène une propagande pro-azerbaïdjanaise et pro-turque. 

 Chypre du Nord : cette “ république ” de pacotille, reconnue uniquement par sa puissance occupante, la Turquie, n’a aucune légitimité pour s’exprimer sur quelque sujet que ce soit. Son déni infondé du Génocide arménien est uniquement motivé par son désir de plaire à ses maîtres d’Ankara. 

 

 Nikol Pachinian : malheureusement, le Premier ministre arménien a perdu toute crédibilité lorsqu’il s’agit d’exprimer une opinion sur le Génocide arménien. Ces dernières années, il a tenu des propos insultants à ce sujet, en semant le doute sur sa véracité. Interrogé sur sa reconnaissance par Israël, il a honteusement déclaré : “ Nous ne voyons pas la nécessité de répondre, car nous estimons qu’il est dans l’intérêt de la République d’Arménie de ne pas s’enliser dans la question de l’instrumentalisation du Génocide arménien ”. Il est profondément regrettable que le Premier ministre de la République d’Arménie tente d’apaiser ses ennemis jurés, l’Azerbaïdjan et la Turquie, en évitant d’aborder de manière constructive la reconnaissance du Génocide arménien par Israël. 

Il reste à voir si et quand la Knesset israélienne se saisira de la question de la reconnaissance du Génocide arménien et transformera la décision du Cabinet en une reconnaissance officielle de l’État par le biais d’une loi.


De Harut Sassounian  
The California Courier
www.TheCaliforniaCourrier.com
Editorial du 6 juillet 2026 

 


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