Terre et Culture : une action multiple pour le patrimoine arménien
L’Organisation Terre et Culture prépare sa nouvelle campagne en Arménie. Celle-ci s’inscrit parmi ses multiples axes de travail : protection et étude des monuments ou sites, transmission des valeurs du patrimoine aux jeunes générations, diffusion de données documentaires et historiques.
Documenter le Pays arménien
La défense du patrimoine arménien peut emprunter d’autres voies que la seule restauration de monuments anciens arméniens ou des fouilles archéologiques. L’Organisation Terre et Culture (OTC) conduit ainsi une activité éditoriale depuis de nombreuses années, afin de diffuser les connaissances portant sur le patrimoine de l’ensemble du territoire qui a constitué l’Arménie au cours de l’Histoire.
Le dernier exemple de cette production est l’ouvrage Monastère Saint-Jean de Meghri, les résultats des fouilles, publié en arménien à Erevan. Son auteur, l’archéologue Arman Nalbandian, a dirigé les fouilles sur le site de ce monastère du XVIIe siècle, où OTC réalise des campagnes de restauration depuis 2016. Meghri est la ville la plus au sud de la région du Siounik, à la frontière avec l’Iran. L’ouvrage, de grand format et richement illustré, présente l’édifice et son histoire, avant de détailler les résultats des campagnes de fouilles qui y ont été conduites entre 2016 et 2024. Les vestiges et objets qui ont été mis au jour font l’objet d’un inventaire méthodique : des stèles funéraires, des morceaux de khatchkars, de nombreuses poteries, jarres et céramiques et d’autres artefacts, dont un pan de vêtement sacerdotal portant une belle représentation de l’archange Saint-Michel. Plusieurs fragments de manuscrits, datés du XIVe au XIXe siècle, ont aussi été retrouvés dans des cachettes souterraines de l’église et confiés au Madénataran d’Erevan.
De l’Artsakh aux biens nationaux en Turquie
Au cours des années précédentes, l’Organisation Terre et Culture avait publié, en 2022, une monographie, en arménien et anglais, due à l’archéologue Tigran Aleksanyan. Étude des monuments médiévaux de la principauté de Khatchen décrit l’histoire et les principaux monuments de la principauté de Khatchen qui couvrait au Moyen âge, toute la moitié nord de l’Artsakh jusqu’au bassin sud-est du lac Sévan. Alors que ce patrimoine culturel est aujourd’hui en grand danger de destruction et de désarménisation, la production d’une documentation scientifique est rendue d’autant plus nécessaire. Deux autres ouvrages sont ainsi en préparation. L’un est consacré au développement de l’imprimerie à Chouchi, au XIXe siècle et au début du XXe siècle, et l’autre aux traditions orales de Chouchi et de Hadrout.
Un autre axe d’édition concerne le patrimoine arménien en Asie Mineure, au travers de l’ouvrage Localités et biens cultuels arméniens dans la Turquie ottomane, un patrimoine en destruction, publié en 2016. Les auteurs, Haroutioun Khatchadourian, Lucie et Patrick Aslanian et Jean Michel, y passent en revue les “ 1 239 biens cultuels répartis en 1 172 églises et 67 monastères ”, issus de l’inventaire des églises arméniennes rédigé par le Patriarcat arménien de Constantinople à la demande du gouvernement ottoman en 1913. Il s’agit d’un document précieux pour l’étude du patrimoine arménien en Turquie, mais aussi d’un instrument essentiel de la revendication de restitution des biens nationaux confisqués, conduite par le Collectif 2015 Réparation.
Notons enfin, le livre Sur le chemin de Guiragos, de Pascal Maguesyan, publié en 2017. L’auteur y décrit, dans un récit intimiste, sa participation à un pèlerinage vers l’église Sourp Guiragos de Diyarbakir, qui venait d’être restaurée, à l’occasion du centenaire du Génocide arménien.
Chantiers d’été en Arménie : bâtir l’avenir
L’été prochain, trois campagnes exceptionnelles sont organisées par l’Organisation Terre et Culture, en Arménie, mêlant engagement patrimonial, découverte culturelle et action solidaire. Ces missions offrent l’opportunité unique de contribuer à la préservation de sites historiques tout en vivant une expérience humaine enrichissante.
La campagne de Meghri, du 8 au 22 août, se déroulera au monastère Saint-Jean. Elle associe travaux de restauration et activités dédiées aux enfants de la région du Siounik. Parallèlement, la campagne d’Ervandachat (voir notre encadré p.34), aux mêmes dates, permettra de participer à des fouilles archéologiques dans la région d’Armavir, au cœur d’un site chargé d’histoire.
Enfin, le chantier de Bekh propose deux sessions, du 1er au 15 août et du 16 au 29 août, consacrées à la restauration du monastère de Dantzaparakh. Les participants peuvent s’inscrire à une ou aux deux sessions pour une immersion prolongée.
Préserver le patrimoine, faire vivre la mémoire
Ces campagnes ne sont pas de simples actions de bénévolat ; leur importance se situe à plusieurs niveaux.
Tout d’abord, elles jouent un rôle essentiel dans la préservation du patrimoine culturel. Les monastères, les sites archéologiques ou encore les édifices situés dans des zones rurales sont souvent menacés de disparition. Grâce à ces initiatives, ils sont non seulement restaurés, mais aussi valorisés. Il ne s’agit donc pas uniquement de sauver des structures, mais de leur redonner du sens.
Ensuite, la question de la mémoire est centrale. Dans un pays comme l’Arménie, riche d’une histoire ancienne mais parfois fragile, ces projets contribuent à maintenir une mémoire collective vivante. Les fouilles archéologiques et les travaux de restauration permettent de faire émerger les traces du passé et de renforcer le lien entre les générations. Restaurer, c’est aussi transmettre.
Un autre aspect fondamental est leur impact humain et social. Les échanges avec les populations locales, notamment les enfants, favorisent la transmission culturelle. La rencontre entre participants venus d’horizons différents encourage également le dialogue interculturel et l’ouverture.
Enfin, pour les participants, ces expériences sont souvent transformatrices. Elles permettent de s’engager concrètement tout en développant une réflexion plus profonde sur l’histoire, la solidarité et le sens de l’action collective.
En somme, ces campagnes sont importantes parce qu’elles relient le passé, le présent et l’avenir, en construisant un héritage à la fois matériel et humain.
Infos :
Tarifs hors billets d’avion.
Pour Méghri et Ervandachat 2 semaines : 470€
Bekh : pour 2 semaines – 450€ pour 1 mois 550 €
Contact : 01-48-97-42-58 / contact@otc-france.org
Ervandachat : des fouilles prometteuses de la capitale antique
Située des deux côtés de la rivière Akhourian, près du confluent avec l’Araxe, l’antique Ervandachat, impressionne par la beauté du paysage et frappe l’imagination. Là s’élevait la troisième capitale de l’Arménie, fondée à la fin du IIIe siècle avant J.-C., par Ervand IV, le dernier roi de la dynastie des Ervandouni (ou Orontides). L’historien Movsès Khorénatsi, du Ve siècle, raconte comment ce roi délaissa sa capitale Armavir, en raison du déplacement du cours de l’Araxe, et bâtit sa cité sur une falaise surplombant le confluent des deux fleuves. C’est aujourd’hui la frontière entre l’Arménie et la Turquie où se trouve une bonne partie du site. En Arménie, il s’étend entre les villages d’Ervandachat et de Bagaran, et avait fait l’objet de fouilles, de 2005 à 2014, sous la direction de Félix Ter Martirossov. Neuf ans plus tard, en octobre 2023, sur proposition de l’Institut d’archéologie et d’ethnologie d’Arménie, l’Organisation Terre et Culture finançait la reprise des travaux archéologiques et de consolidation, notamment sur une grande construction de type palatial. La partie turque quant à elle n’a pas fait l’objet de fouilles systématiques.
En 2025, c’est dans le cadre d’une campagne OTC, comprenant 20 volontaires, principalement de France, que les travaux se sont poursuivis, sous la supervision des archéologues Suzanna Mouratyan et Arévik Parsamyan, également coordinatrice du projet pour OTC, et de l’architecte Manouchak Titanyan. Les volontaires ont participé activement aux travaux de fouilles, nettoyage, tri et de première documentation des objets. La porte sud fut notamment dégagée et des sondages ont été faits dans une grande salle adjacente du palais, dite des jarres, afin de retrouver les bases des colonnes soutenant le toit de l’édifice. Les analyses au carbone 14 ont par ailleurs montré que le site avait été occupé du Xe siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.-C., c’est-à-dire dès la période ourartéenne. Une nouvelle campagne doit avoir lieu en août prochain, avec pour objectifs, nous indique Arévik Parsamyan, “ d’approfondir les connaissances scientifiques sur le site, d’étudier son développement urbain, architectural et culturel, de documenter et préserver les vestiges archéologiques et de contribuer à la valorisation du patrimoine culturel arménien ”. Souhaitons que ces fouilles apportent de belles découvertes et permettent de mieux comprendre cette période de l’histoire arménienne.









