Armin Wegner ou le courage de regarder
Né en 1886 à Elberfeld, en Allemagne, Armin Wegner est mobilisé comme infirmier sanitaire au sein de l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale. Affecté auprès des forces alliées de l’Empire ottoman, il découvre en 1915 l’immense entreprise d’extermination menée contre les Arméniens.
Alors que les autorités ottomanes interdisent toute documentation des déportations et des massacres, Wegner photographie clandestinement les colonnes de déportés, les camps de concentration du désert syrien et les survivants errant sur les routes de l’exil. Cachant ses négatifs dans sa ceinture afin d’échapper aux contrôles militaires, il parvient à les faire sortir de l’Empire ottoman. Aujourd’hui conservées dans plusieurs institutions, notamment au Deutsches Literaturarchiv de Marbach en Allemagne et au Musée-Institut du Génocide des Arméniens à Erevan, ces photographies deviendront, au fil des décennies, une part essentielle des preuves visuelles les plus précieuses du Génocide de 1915. La conférence a rappelé combien ces photographies continuent aujourd’hui encore de nourrir la recherche historique et la mémoire collective.
Mais Armin Wegner ne fut jamais un simple photographe de guerre. Poète, écrivain et humaniste, il consacre une grande partie de sa vie à défendre la Cause arménienne. Il plaide auprès du président américain Woodrow Wilson en faveur d’une patrie arménienne, témoigne en 1921 lors du procès de Soghomon Tehlirian, et multiplie conférences, publications et interventions pour faire connaître le sort des Arméniens et lutter contre l’oubli. Quelques années plus tard, son courage le conduit une nouvelle fois à affronter l’Histoire. Dès 1933, il adresse une lettre ouverte à Adolf Hitler dénonçant les premières persécutions antisémites. Ce geste exceptionnel lui vaut l’arrestation, la torture et l’internement avant son exil définitif en Italie.
Son parcours relie ainsi les deux grandes tragédies du XXᵉ siècle : témoin du Génocide des Arméniens, il devient également l’un des premiers intellectuels allemands à dénoncer publiquement la politique nazie. En 1967, l’Institut Yad Vashem lui décerne le titre de Juste parmi les Nations. L’année suivante, le catholicos Vazken Ier le distingue de l’ordre de Saint-Grégoire-l’Illuminateur. À sa mort, en 1978, une partie de ses cendres est transférée en Arménie où un hommage national lui est rendu au mémorial de Dzidzernagapert.








