Une diaspora aux Antipodes
À plus de 13 000 kilomètres des terres arméniennes, Sydney est devenue le terreau d’une communauté arménienne récente et moderne, qui mérite le voyage.
par Rouben Koulaksezian
La plus grande île du monde, colonisée par les Britanniques à la fin du 18e siècle pour y établir des colonies pénitentiaires, a vu arriver quelques Arméniens à la fin du 19e siècle à l’époque de la ruée vers l’or, mais c’est surtout au 20e siècle que s’est formée une communauté organisée, notamment dans la plus grande ville du pays, Sydney. D’abord originaires de l’Empire ottoman et d’anciennes colonies britanniques comme l’Inde et la Birmanie, ils furent ensuite rejoints à partir des années 1950, par d’autres Arméniens originaires du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Égypte, Iran, Turquie). On estime que 40 000 d’entre eux vivent à Sydney aujourd’hui.
Fondée en 1788, la première colonie européenne d’Australie est devenue une métropole dynamique de près de cinq millions d’habitants, harmonieusement intégrée à un cadre naturel exceptionnel. La présence arménienne se trouve principalement au nord de la baie, dans des quartiers comme Willoughby, Chatswood et Ryde.
Le centre historique de Sydney, situé autour de Circular Quay et The Rocks, constitue le berceau de la ville et de la nation australienne. En 2018, un khatchkar est inauguré à côté de la majestueuse cathédrale néogothique Sainte-Marie, en bordure de Hyde Park. Le Parlement de l’État abrite également un mémorial discret dédié aux victimes du Génocide arménien, installé en 1999 dans les jardins sur le toit, bien qu’il ne soit pas accessible au public. La première église arménienne d’Australie, consacrée en 1957, se trouvait dans la petite rue Campbell, au cœur du quartier ouvrier de Surry Hills. Dix ans plus tard, elle est déplacée à Chatswood, dans le nord de Sydney, où de nombreuses familles arméniennes nouvellement arrivées choisissent de s’établir.
La construction du Sydney Harbour Bridge en 1930 accéléra le développement des banlieues résidentielles de Willoughby et Chatswood au nord de la baie, et de nombreuses familles arméniennes s’y installèrent dans les années 1960. L’église de la Sainte-Résurrection est inaugurée à Chatswood en 1966, tandis que l’église arménienne évangélique de Chatswood date de 1996. Si vous passez dans le quartier de Willoughby, ne manquez pas Anto’s Pizza, pizzeria aux airs d’agoump au cœur de Willoughby, à l’accueil chaleureux, grâce à Hagop, natif d’Alep.
Deux khatchkars sont érigés à Chatswood, l’un sur le Chatswood Concourse en 2013 et l’autre dans Beauchamp Park en 2015. L’UGAB Sydney se trouve dans le quartier de Neutral Bay, tandis que le restaurant méditerranéen avec une touche arménienne Jijo’s Grill se trouve dans la localité voisine de Crows Nest.
Parallèlement à Willoughby, la ville de Ryde, autre zone résidentielle de la banlieue nord, a vu sa population arménienne croître significativement à partir des années 1980. Aujourd’hui, Ryde accueille la plus grande concentration d’Arméniens en Australie, avec environ un habitant sur dix. Gharibian House est une délicieuse pâtisserie à Ryde, avec tous les classiques des desserts arméniens, qui propose également un service de traiteur. Un khatchkar est inauguré en 2020 dans le Memorial Park de Meadowbank, tandis que le secteur arménien du cimetière de Macquarie Park abrite un mémorial arménien intéressant.
Les deux seules écoles arméniennes à temps plein d’Australie se trouvent dans la région paisible des Northern Beaches. À Ingleside, l’école Hamazkaïne Arshak et Sophie Galstaun, fondée en 1986, porte le nom de l’homme d’affaires Arshak Galstaun, né en Iran et formé à Calcutta, mécène de l’école. En 1990, l’école Alexander de l’UGAB ouvre ses portes à Duffys Forest et connaît actuellement des travaux d’agrandissement. Dans l’Ararat Bushland Reserve, à Frenchs Forest, l’Ararat Cultural Centre accueille régulièrement des événements. Un monument arménien de 8 mètres de haut est érigé en 2022 dans la section arménienne du cimetière de Bushland.
Bien plus à l’ouest, les banlieues du Western Sydney se développèrent durant la seconde moitié du 20e siècle, avec la construction de grands axes routiers reliant notamment la ville de Parramatta au centre de Sydney. De plus en plus de familles arméniennes s’y installèrent, notamment autour de Dundas et Fairfield. Le centre culturel Panoyan se trouve à Bonnyrigg. Afin de répondre à l’augmentation de la population arménienne, l’église Sainte-Trinité est inaugurée en 2014 dans la commune de Wentworthville. Plus au sud, la commune de Lidcombe est connue pour son cimetière de Rookwood, le plus ancien et le plus grand cimetière d’Australie, qui abrite notamment un mémorial du Génocide arménien. Dans cette même commune, se trouve l’église arménienne catholique Notre-Dame de l’Assomption, inaugurée en 2004.
Côté gastronomie, un peu plus loin, Anaïs est un excellent restaurant arméno-perse dans la localité de Norwest, tandis que Teta’s, restaurant arméno-libanais à Roseville Chase, est à ne pas manquer également.
Conseils de voyage
• Quand partir ?
Le plus agréable est généralement au printemps austral, entre septembre et octobre, ainsi qu’en automne, en avril et mai.
• Quel circuit prévoir ?
Si vous voyagez depuis la France, l’idéal est de combiner le trajet vers l’Australie avec une escale en Asie, notamment à Singapour ou à Calcutta, deux villes qui méritent une escale arménienne.









