Kakistocratie
Notre éditorial du mois d'Octobre 2026
KAKISTOCRATIE
Merci à George Clooney d’avoir remis au goût du jour ce mot « Kakistocratie » qui désigne un pays dirigé par les personnes les moins qualifiées. Certes, pour Clooney, ce terme visait le gouvernement américain dirigé par Donald Trump, mais il apparaît également totalement approprié pour l’Arménie tant nous sommes sidérés par l’amateurisme dont fait preuve dans tous les domaines le gouvernement de Nikol Pachinian.

Par Harout Mardirossian
Loin de nous l’idée de remettre en cause le choix réalisé par les Arméniens au cours des élections de 2021 et de 2026. Cependant, on pourrait raisonnablement se poser la question si le résultat aurait été le même, sans l’usage massif des ressources administratives, sans les arrestations arbitraires d’opposants, sans l’aide massive de l’Europe et des Etats-Unis.
« Kakistocratie » lorsque commandant en chef, alors que l’on n’a même pas accompli son service militaire, on a mené son armée avec des choix déconcertants lors de la guerre de 2020 en n’envoyant que des troupes de conscrits sur la ligne de front ou en achetant des missiles ou des avions inutilisables. On n’oublie pas non plus l’interdiction faite aux militaires de se défendre lors des attaques sur le territoire de l’Arménie en 2022 qui ont coupé la route Goris Kapan, ou le choix de laisser la route de Berdzor aux Azéris au profit du pont de Hakkari, ce qui a permis à l’Azerbaïdjan de prendre le contrôle de l’électricité, du gaz et des communications et ainsi mettre en place le blocus qui entraînera le nettoyage ethnique de l’Artsakh en 2023.
« Kakistocratie » quand, au lieu de combattre la remise en cause de l’origine arménienne des églises et couvents de l’Artsakh par Aliev, en dépit des écrits des historiens, Nikol Pachinian préfère mener une répression contre l’Église apostolique arménienne et son Catholicos qui, eux, entendent continuer de défendre le patrimoine arménien d’Artsakh. Négocier une paix juste peut être compatible avec la défense des intérêts nationaux. Négocier la paix ne veut pas dire oui à tout ce que demande la partie adverse.
« Kakistocratie » lorsque chef de gouvernement, alors qu’il maîtrise très mal le russe et l’anglais (on ne parle même pas du français, on se souvient tous du discours illuminé lors des obsèques de Charles Aznavour), Nikol Pachinian engage le pays et signe des accords comme celui du 19 novembre 2020, puis celui de Prague, puis celui de Washington, avant de se rendre compte des conséquences dramatiques pour l’intégrité territoriale de l’Arménie, de l’abandon de l’Artsakh, du non-retour des otages détenus à Bakou.
« Kakistocratie » lorsqu’en charge du développement de l’économie, alors qu’il n’a pas achevé ses études universitaires, Nikol Pachinian choisit de ne pas avoir de ministère de l’Agriculture, alors qu’elle représente plus de 50% des exportations arméniennes, qu’il augmente la dette extérieure pour financer le train de vie de l’Etat et notamment les primes que lui et son gouvernement s’auto-attribuent tous les six mois ou qu’il entend faire de l’Azerbaïdjan son principal partenaire énergétique au nom de la paix. La leçon de Berdzor n’a visiblement pas été retenue !
« Kakistocratie » enfin, lorsqu’au lieu de faire appel aux forces vives de la Diaspora pour le conseiller, lorsqu’au lieu d’unir le pays, Nikol Pachinan préfère le cliver et mettre en œuvre un « népotisme Contrat Civil » distribuant les postes stratégiques à des fidèles, incompétents mais inoffensifs, jetables et corvéables à merci. Au cours des huit dernières années, l’Arménie aura payé le prix cher de ces choix que ce soit en matière d’aviation civile, de services secrets, de diplomatie, de défense, de justice ou de santé publique.
On aurait pu rêver que le leader de la révolution de velours puisse être un Vaclav Havel ou un Nelson Mandela arménien. On hérite à la place d’un fan inconditionnel de Donald Trump et d’Erdogan, qui n’hésite pas à se ridiculiser ainsi que son peuple derrière une batterie ou sur son vélo. A en pleurer !








