On prend (presque) les memes
Et on recommence : au sein du gouvernement et du Parlement, les sortants sont reconduits. A de rares exceptions près.
PAR VAROUJAN MARDIKIAN
Le président de la République d’Arménie, Vahagn Khatchatrian, a signé le 2 août le décret renommant Nikol Pachinian au poste de Premier ministre, le jour de la session inaugurale du nouveau Parlement élu le 7 juin. Dès le lendemain, le gouvernement Pachinian IV était formé. Avec un seul changement : le remplacement de Mekhitar Hayrapétian par Davit Tadevossian à la tête du ministère de l’Industrie des Hautes Technologies. Sont donc reconduits : Ararat Mirzoyan (Affaires étrangères), Souren Papikian (Défense), Guévorg Papoyan (Economie), Vahé Hovhannissian (Finances), Arsen Torossian (Travail et Affaires sociales), Janna Andréassian (Education, Sciences, Culture et Sports), Anahit Avanessian (Santé), Srbouhi Galian (Justice), Arpiné Sargsian (Intérieur), Davit Khoudatian (Administration territoriale et Infrastructures), Hambardzoum Matévossian (Environnement), ainsi que les deux vice-Premiers ministres Mher Grigorian et Tigrane Khatchatrian.
Seule modification notable au sein de l’équipe gouvernementale : Lilit Makunts succède à Arayik Haroutiounian comme cheffe de cabinet de Nikol Pachinian. Ministre de la Culture en mai 2018, députée en décembre 2018, elle a présidé le groupe parlementaire pro-Pachinian Mon Pas jusqu’au 2 août 2021, date à laquelle elle a été nommée ambassadrice d’Arménie aux Etats-Unis. Cette promotion lui vaudra un flot de critiques acerbes, en raison de son inexpérience totale dans le domaine diplomatique, ce qui ne l’empêchera pas de rester à ce poste jusqu’en août 2025. Depuis un an, elle assumait les fonctions de conseillère spéciale du Premier ministre. Arayik Haroutiounian, pour sa part, a été élu député le 7 juin.
Du changement à la tête du Parlement
Dans le ballet des nominations qui consacrent le début de cette nouvelle législature, la seule véritable surprise restera le remplacement d’Alen Simonian par Rouben Roubinian à la présidence de l’Assemblée nationale (AN). Réélu député du Contrat civil (CC) le 7 juin, membre fondateur du parti, Rouben Roubinian, âgé de 36 ans, est un compagnon de longue date de Nikol Pachinian. Élu député sur la liste Mon Pas lors des élections de décembre 2018, puis président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement en janvier 2019 et vice-président du CC de 2019 à 2022, il a été réélu député en juin 2021 pour le compte du CC et a accédé à la vice-présidence de l’AN le 3 août 2021. Mais il s’est signalé surtout par sa mission d’émissaire spécial de l’Arménie pour la normalisation des relations arméno-turques (2022-2026). Son élection à la tête du Parlement l’oblige à démissionner de ce poste. On ne connaît pas encore le nom de son successeur.
Rouben Roubinian succède donc à un autre allié de longue date de Nikol Pachinian, Alen Simonian, qui avait refusé de se porter candidat aux législatives du 7 juin, tout en s’attendant à conserver son poste après la victoire du CC. Mais l’organe directeur du parti a désigné Rouben Roubinian nouveau président de l’AN. Selon certaines rumeurs, Nikol Pachinian serait à l’origine de l’éviction surprise d’Alen Simonian, dont le mandat avait été marqué par de nombreuses manifestations d’agressivité déplacées pour un responsable étatique de ce rang. Une éviction néanmoins compensée par sa nomination au poste de secrétaire du Conseil national de sécurité, en remplacement d’Armen Grigorian, le titulaire du portefeuille depuis huit ans. Nikol Pachinian a annoncé cette nomination lors du Conseil des ministres du 13 août, sans motiver cette décision, se contentant d’indiquer qu’Armen Grigorian a décliné l’offre qui lui a été faite.
Sur les trois vice-présidences du Parlement, deux sont attribuées à la majorité. Hayk Kondjorian, 39 ans, a été élu le 4 août premier vice-président de l’AN. L’alliance Hayastan n’a pas participé au vote, tandis que le bloc Arménie forte (AF) a voté contre. Élu député, depuis 2018, sous les étiquettes Yelq, Mon Pas et CC (2021 et 2026), Hayk Kondjorian a été à la tête du groupe parlementaire du CC entre 2021 et 2026. Membre de différentes commissions parlementaires, il a présidé également les groupes d’amitié Arménie - Etats-Unis et Arménie - Grèce à l’AN. Depuis 2025, il est membre du Conseil d’administration du CC.
Vahagn Alexanian, 33 ans, a été élu le 5 août deuxième vice-président de l’AN. Élu en 2022 membre du Conseil d’administration du CC, puis vice-président, il est député depuis 2021 (Mon Pas, puis CC) et a été réélu le 7 juin dernier. Souvent en première ligne dans les débats à l’AN, il a occupé ces dernières années plusieurs postes au sein de différentes commissions parlementaires.
La troisième vice-présidence du Parlement, qui échoit à un membre de l’opposition, est revenue le 10 août à Aram Vartevanian (AF), qui dirige depuis 2025 le département juridique de la société Tashir de Samvel Karapétyan. Membre du barreau d’Arménie, cet avocat de formation, âgé de 36 ans, a reçu le soutien du bloc Hayastan, pour le compte duquel il avait été élu député en juin 2021, avant de démissionner le 2 décembre 2022 afin de reprendre l’exercice du droit. Entre 2011 et 2014, Aram Vartevanian avait occupé plusieurs fonctions au sein du bureau du Défenseur des droits de l’homme. De 2014 à 2018, il avait été successivement conseiller du président de la Cour constitutionnelle (2014-2016), assistant (2016-2017) puis conseiller principal du Premier ministre (2017-2018). Après son élection, il s’est dit conscient des “ difficultés ” qui l’attendaient dans ses nouvelles fonctions, laissant entendre que le nouveau président du Parlement, Rouben Roubinian, l’empêcherait de présider des séances de l’AN.
La bataille des commissions à l’Assemblée nationale
La majorité parlementaire n’a guère tardé à livrer un échantillon du sort qu’elle compte réserver à l’opposition. Sur les quatre présidences de commissions permanentes qui reviennent de droit à AF et à Hayastan, seule celle de la Commission chargée de la Protection des droits de l’homme échoit pour l’heure à Lilit Galstian (Hayastan), élue à une courte majorité (54 voix pour, 47 contre). Car les députés du CC, après plusieurs jours de débats musclés, ont rejeté le 20 août l’élection des candidats d’AF à la tête des trois autres commissions : Haïk Farmanian (Finances, Crédit et Budget), Davit Ghazinian (Administration territoriale, Agriculture et Environnement) et Aréga Hovsépian (Intégration européenne), originaire de l’Artsakh. Narek Karapétyan, le chef du groupe AF à l’AN, a indiqué que le bloc présenterait d’autres candidats pour ces postes.
En revanche, l’élection de députés du CC à la tête des huit présidences de commissions revenant à la majorité n’a pas fait un pli. Trdat Sargsian (Intégration régionale et eurasienne), Nazéli Baghdassarian (Travail et Affaires sociales), Sissak Gabrielian (Education, Sciences, Culture et Sports), Sarkis Khandanian (Relations extérieures), Loussiné Badalian (Santé), Aroussiak Djoulhakian (Affaires étatiques et juridiques), Vilen Gabrielian (Défense et Sécurité) et Babken Tounian (Affaires économiques) ont été élus confortablement.









