Une petite Arménie dans la jungle de béton

Surnommée « Sampa » mais aussi « Jungle de béton » pour ses innombrables gratte-ciels à perte de vue, la capitale économique du Brésil a accueilli de nombreux réfugiés du Génocide arménien, qui font partie intégrante du paysage brésilien contemporain.

Les premières familles arméniennes arrivèrent à São Paulo avec l’immigration syro-libanaise dès les années 1890. Dans les années 1920, plusieurs milliers d’Arméniens originaires de Cilicie débarquèrent au port de Santos, dans l’État de São Paulo, et une communauté arménienne bien organisée s’est petit à petit formée dans la plus grande ville d’Amérique du Sud.


Les lieux liés à la communauté arménienne se répartissent en quatre principales zones : le quartier de Luz, où les premiers immigrants s’installèrent ; le quartier des Jardins et ses environs, plus aisés ; Santana, une zone résidentielle située au nord ; et Osasco, une municipalité de la banlieue ouest. Tous méritent une visite.

La gare de la Luz a servi de porte d’entrée aux immigrants arméniens arrivant en train depuis le port de Santos. Naturellement, c’est dans ce quartier que la communauté arménienne s’est établie dans les années 1920. Les trois églises arméniennes de São Paulo s’y trouvent encore aujourd’hui.


Centre spirituel des Arméniens du Brésil, l’église Saint-Georges (São Jorge) fut inaugurée sur l’avenue Tiradentes en 1945. Dans son enceinte se trouve le Hay Azkayin Turian Varjaran (Externato José Bonifácio), seule école arménienne du Brésil. De l’autre côté de l’avenue se dresse l’église catholique arménienne Saint-Grégoire-l’Illuminateur (São Gregório Iluminador), inaugurée en 1973.


Non loin de là, sur la même avenue, se trouve l’église évangélique arménienne, datant de 1933, à proximité de la station de métro Armênia. Cette station est nommée Armênia en reconnaissance de l’aide financière apportée par la communauté arménienne lors de la construction du métro. Aux abords de la station, la Praça Armênia abrite un mémorial du Génocide arménien ainsi qu’un khatchkar. Un second khatchkar se trouve sous le pont, à proximité de l’église évangélique.


L’Esfiharia Effendi, fondée en 1973, fait également partie des derniers témoins de la présence arménienne dans le quartier de Luz. Dans la rue Florêncio de Abreu, un arrêt s’impose devant la Casa da Boia, avec sa façade élégante, fondée par le philanthrope syro-arménien Rizkallah Jorge, pionnier de l’industrie métallurgique au Brésil. Arrivé dans le pays dans les années 1890, il joua un rôle clé dans l’accueil des Arméniens venus dans les années 1920, offrant un logement à de nombreuses familles et devenant le principal mécène de la construction de l’église arménienne. On peut encore voir une plaque « Casa Armenia » au 607 de la rue 25 de Março, où logeaient des familles. L’incontournable restaurant arménien Carlinhos se trouve depuis 1971 dans le quartier commerçant de Brás.


Au cours du XXe siècle, les familles arméniennes qui le pouvaient quittèrent le quartier de Luz pour s’installer dans les quartiers aisés de la Zona Oeste, comme Pinheiros, Jardins, Itaim Bibi, Perdizes ou encore Moema. Situé dans le quartier de Moema, à proximité du célèbre parc Ibirapuera, le Clube Armênio fut inauguré en 1969 pour offrir à la jeunesse arménienne un espace dédié au sport et aux événements culturels. Allez-y un week-end pour rencontrer les locaux, jouer au football ou au tennis, ou encore savourer un café accompagné d’une esfiha [Ndlr : sorte de lehmedjoun à la viande de mouton]. 


De l’autre côté du parc Ibirapuera, un khatchkar se dresse dans l’enceinte de l’Assemblée législative de l’État de São Paulo. C’est dans le quartier voisin des Jardins que se déroulait la célèbre telenovela [Ndlr : feuilleton télévisé] des années 1990 Rainha da Sucata, où le personnage de Dona Armênia, incarné par Aracy Balabanian, fit apparaître pour la première fois une figure arménienne dans la culture populaire brésilienne. Ne manquez pas Ian Restaurante, une adresse moderne dans le quartier de Brooklin. Dans le quartier branché de Pinheiros, l’UGAB inaugura en 1974 le centre Alex Manoogian.


Le quartier de Santana, situé dans la Zona Norte, est une zone résidentielle bien connectée au centre-ville. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, de nombreuses familles ayant quitté Luz s’y installèrent, attirées par la proximité de leurs commerces restés dans le centre ou des églises arméniennes. Le quartier est également réputé pour ses esfiharias arméniennes, dont certaines sont emblématiques, comme Casa Garabed, Esfiha do Naha ou encore Yeran.


Osasco est une banlieue de São Paulo qui se développa grâce à l’industrie et au commerce, attirant dès les années 1920 des travailleurs arméniens, notamment dans les abattoirs Wilson. En 1932, la première église arménienne du Brésil, Saint-Jean-Baptiste (São João Batista), fut inaugurée, accompagnée d’une école arménienne et, plus tard, d’un complexe sportif. Le quartier conserve une forte empreinte arménienne, comme en témoignent la place Dicran Echrefian et les rues Armênia, Sanazar Mardiros, Gabriel Seferian et Agop Guzelian. C’est d’ailleurs dans cette rue Armênia que fut fondée en 1956 l’esfiharia arménienne Dozza, aujourd’hui une chaîne de restaurants présente dans toute la ville.

 

Conseils de voyage

• Quand partir ? 

Les meilleurs mois pour visiter São Paulo sont mai, juin, septembre et octobre, lorsque la météo est plus sèche et les températures douces (15-25°C), évitant ainsi la saison des pluies intenses de décembre à mars.

 

• Quel circuit prévoir ?

L’idéal est d’avoir le temps de visiter Buenos Aires, en Argentine, lors de votre circuit en Amérique du Sud, voire également Montévideo, en Uruguay, pour un panorama presque complet de l’arménité sud-américaine.

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