Organiser sa succession : avez-vous pensé aux legs ?

Par Harout MARDIROSSIAN

C’est un sujet que l’on évoque peu, mais transmettre son patrimoine dans de bonnes conditions et à une faible fiscalité est une préoccupation pour de nombreuses familles. Dans ce cadre avec son statut « reconnue d’utilité publique », la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) offre un cadre avantageux dans le respect complet des volontés des légataires. Rencontre avec Maître Nicolas Djolakian, car le notaire est le conseil indispensable en la matière. 

France Arménie : Pourquoi est-il important d’organiser sa succession auprès d’un notaire ?
Maître Nicolas Djolakian : L’organisation de sa succession consiste à anticiper le règlement civil et fiscal de son patrimoine personnel et professionnel. Cette démarche est propre à chaque personne. Selon son environnement familial et/ou professionnel, la dévolution légale de la succession peut ne pas être pertinente ni refléter la volonté réelle. Il est donc judicieux de se renseigner auprès d’un notaire afin de connaître les règles applicables à sa situation actuelle et, le cas échéant, la modifier pour transmettre ses biens aux héritiers de son choix, dans un cadre fiscal optimisé.

En quoi consiste un legs et quels avantages présente-t-il ?
Un legs est l’attribution d’un ou plusieurs biens, au moment du décès, au profit d’une ou plusieurs personnes, physiques ou morales.
Le legs présente plusieurs avantages. Il permet notamment d’attribuer un bien à toute personne de son choix, même en l’absence de lien de parenté. Toutefois, le montant des droits de succession dus par le bénéficiaire dépend de ce lien de parenté. Le legs doit être prévu par testament. Il existe plusieurs formes de testaments permettant à chacun de le rédiger ou de le faire rédiger. Il est toutefois conseillé de faire établir ce testament par un notaire afin d’éviter toute erreur de rédaction ou difficulté d’interprétation lors de l’ouverture de la succession. Il est également recommandé, lors de la rédaction du testament, de désigner un exécuteur testamentaire. Il s’agit d’une personne chargée de veiller à l’exécution des dernières volontés du testateur, qu’elles soient patrimoniales ou extrapatrimoniales. Cette mission est généralement exercée à titre gratuit. Il est tout à fait possible de désigner une association en qualité d’exécuteur testamentaire. Celle-ci agira de manière neutre et indépendante et veillera au respect des volontés exprimées.

Est-ce qu’un legs peut se faire au détriment des héritiers ?
Il existe plusieurs situations. Certains héritiers ne peuvent pas être totalement déshérités : ils disposent d’une réserve héréditaire (quote-part incompressible). Il s’agit, selon les cas, du conjoint survivant et des enfants. Il est toutefois possible de léguer une partie de son patrimoine à d’autres personnes, dans la limite de la quotité disponible. En l’absence de conjoint et d’enfants, il est possible de léguer l’ensemble de ses biens à toute personne de son choix.

En quoi une association reconnue d’utilité publique comme la Croix Bleue des Arméniens de France, est-elle intéressante pour recevoir un legs ?
Tout héritier ou légataire doit en principe s’acquitter de droits de succession. Le montant de ces droits dépend du lien de parenté avec le défunt.
En l’absence de lien de parenté, ces droits peuvent atteindre 60 % des biens légués. En revanche, si le légataire est une association reconnue d’utilité publique, comme la Croix Bleue des Arméniens de France, celle-ci est exonérée de droits de succession. Cela constitue donc un avantage particulièrement important. Par ailleurs, certaines associations, comme la CBAF, disposent d’un service juridique spécialisé dans les successions, ce qui facilite les démarches.

Peut-on orienter la destination de son legs et à qui peut-il profiter ?
Chaque legs doit être fait au profit d’une personne précisément désignée. Il peut s’agir d’un legs universel (totalité de son patrimoine), à titre universel (une quote-part de son patrimoine), ou particulier (un bien désigné). Il est possible de léguer un bien avec une charge, c’est-à-dire d’imposer au légataire d’utiliser ce legs pour la réalisation d’une opération ou d’une œuvre déterminée. Il est également possible de prévoir un legs avec la charge de remettre un second legs net de frais et de droits. Il s’agit d’un dispositif permettant de soutenir une cause tout en gratifiant un proche, sans que celui-ci ne soit pénalisé fiscalement.
Par exemple, la CBAF n’est pas soumise aux droits de succession. Lorsqu’un legs est consenti à un proche, celui-ci est en principe soumis aux droits de succession, généralement à sa charge. Avec le mécanisme du legs net de frais et de droits, ces droits peuvent être pris en charge par l’association.
Les avantages du dispositif :
◗ L’assiette taxable revenant au bénéficiaire est réduite, ce qui limite la fiscalité globale.
◗ Le bénéficiaire reçoit son legs plus rapidement, tout en étant déchargé de formalités administratives complexes.
◗ Le bénéficiaire et son notaire disposent d’un interlocuteur unique : l’association, facilitant le suivi des démarches.

Dans ce cas, l’association, exonérée de droits de succession, reçoit l’ensemble du patrimoine puis exécute les volontés du testateur. Ainsi, le legs net de frais et de droits permet de transmettre la même somme à un proche tout en soutenant significativement une cause d’intérêt général.

Peut-on aussi faire un don de son vivant en faveur d’une association et quel avantage cela peut-il représenter dans une succession ?
Le don permet également d’organiser la transmission de son patrimoine, sous réserve du respect de la réserve héréditaire. Il est possible de réaliser un don à une association de son vivant. Le principe est le même : une association reconnue d’utilité publique ne paie aucun droit. Le don présente également un avantage fiscal : son montant est déductible selon la qualité du donateur.
Don des entreprises – Réduction de l’impôt sur les sociétés
Réduction de 60 % du montant du don pour la fraction inférieure ou égale à 2 millions d’euros et 40 % pour la fraction supérieure à 2 millions d’euros, dans la limite de 20 000 € ou 5% du chiffre d’affaires annuel hors taxes.

Don des particuliers – Réduction d’impôt sur le revenu
66 % du total des versements, dans la limite de 20 % du revenu imposable du foyer.

Don des particuliers – Réduction d’IFI :
75 % de la valeur des dons, dans la limite de 50 000 € 

Il convient également de préciser que la transmission peut s’effectuer par d’autres biais, tels que l’assurance-vie, au moyen de la rédaction de la clause bénéficiaire.

Chaque situation étant particulière, il est conseillé de prendre attache avec son notaire afin de faire un point sur sa situation, anticiper le règlement de la succession tant au niveau civil que dans une optique d’optimisation fiscale.  

Un exemple de legs, la bourse Onossian 


Depuis plus de 30 ans, la Croix Bleue des Arméniens de France attribue des bourses d’études aux étudiants méritants mais surtout en situation sociale et/ou financière délicate afin de leur permettre de poursuivre des études supérieures. Pendant de nombreuses années, l’association ne pouvait, faute de moyens, attribuer plus d’une quinzaine de bourses.


En 2022, grâce au legs de ses bienfaiteurs Gérard et Annick Onossian, membre de la CBAF d’Issy-les-Moulineaux, l’association a pu considérablement augmenter le nombre de bourses et leur montant. 


La bourse est ouverte à partir de la 2e année post bac avec une limite d’âge à 28 ans. Une commission spécifique de la CBAF examine les dossiers chaque année pour la proposer. Des étudiants qui entraient à l’ENA, à Sciences politiques ou dans d’autres écoles prestigieuses et provenant de milieux modestes ont ainsi pu bénéficier d’une bourse grâce au legs Onossian. Pour l’année 2025/2026, ce sont 40 bourses qui ont ainsi été attribuées pour un montant variant entre 800 et 1 000 euros. 

 


par Anne Marie MOURADIAN 10 mai 2026
A l’approche des élections législatives du 7 juin, l’Europe apporte son soutien au Premier ministre arménien, jugeant sa réélection “ essentielle à la paix, à la stabilisation dans la région et au maintien du rapprochement de l'Arménie avec l'Occident ”.
par Varoujan MARDIKIAN 1 mai 2026
Comment les Arméniens rescapés du Génocide ont-ils vécu leur installation à Alfortville ? Quel regard le pays d’accueil a-t-il porté sur leur intégration ? Fruit d’un partenariat entre la MCA d’Alfortville et l’Association ARAM de Marseille, l’exposition organisée à Alfortville par l’historien Sevan Ananian, avec le soutien de la municipalité, revient sur cette période.
par Peniamin HAGI MANOUGIAN 1 mai 2026
Ce 24 Avril marque un double rendez-vous : la ressortie en salles de Sans retour possible (1983), film co-réalisé par Serge Avédikian et Jacques Kébadian, et la publication d'Un mur contre l'oubli, ouvrage conçu par ce dernier à partir de cette matière filmique. À cette occasion, Serge Avédikian revient sur un geste cinématographique né de la nécessité de transmettre et de faire mémoire, dont la portée et les résonances se prolongent encore aujourd'hui.
par Almasd LELOIRE KERACKIAN 1 mai 2026
Des souvenirs familiaux aux tapis rouges des Oscars, il trace un parcours singulier entre héritage, identité et création. À travers ses films, il explore l’intime pour mieux toucher à l’universel et porter une voix encore trop rare à Hollywood. Le film qu’il a coproduit Sinners (Les Pécheurs) avec le réalisateur Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler a été nommé dans 16 catégories aux Oscars. Sinners a remporté quatre statuettes.
par Harout MARDIROSSIAN 1 mai 2026
On ne le sait pas suffisamment, mais le HOM, les Croix de secours arméniennes, est reconnu comme une organisation non gouvernementale (Ong) qui dispose depuis près de 50 ans du droit à participer plusieurs fois par an aux travaux de l’ONU au sein de plusieurs commissions et conférences. Une présence qui lui a permis de “ porter la voix des femmes arméniennes ” comme l’a confié à France Arménie, Aroussiag Melkonian, la présidente au niveau mondial du HOM.
par Tigrane YEGAVIAN - Photos Melkon AJAMIAN 30 avril 2026
À deux mois du scrutin législatif du 7 juin 2026, rendez-vous électoral crucial pour l'avenir de l'Arménie, la transnation arménienne s'est réunie à Paris les 11 et 12 avril 2026. Organisée à la Maison de la Mutualité, cette conférence de mobilisation de la Diaspora arménienne a bénéficié de la logistique et des réseaux de la FRA Dachnaktsoutioun en Diaspora et s'est donnée pour mission de faire entendre une autre voix, un autre positionnement politique articulé autour de la défense intransigeante de la Cause arménienne. Dans un contexte de crise existentielle sans précédent, cet événement a marqué l'émergence d'un contre-narratif face au discours officiel d'Erevan, une affirmation claire d'une arménité fondée sur la résistance et la dignité — et non sur la résilience passive
par Varoujan MARDIKIAN 30 avril 2026
À un mois et demi des élections et en plein processus de normalisation des relations avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, le message du 24-Avril de Nikol Pachinian a torpillé les fondamentaux de la Cause arménienne
par Sacha VAYTET CAZARIAN 30 avril 2026
111 ans après le Génocide des Arméniens, les commémorations ont une nouvelle fois rassemblé largement, mêlant recueillement, engagement et transmission aux nouvelles générations. Preuve en est, la présence exceptionnelle du Premier ministre français Sébastien Lecornu lors de la cérémonie républicaine du 24-Avril
par Tigrane YEGAVIAN 30 avril 2026
Entre crises économiques, tensions géopolitiques et guerres régionales, les Arméniens de Syrie, du Liban et d'Iran ont commémoré le 24-Avril dans des conditions exceptionnellement difficiles. Alors que ces communautés historiques, autrefois poumons de la Diaspora arménienne, luttent pour leur survie, le silence d'Erevan résonne comme un abandon.
par Zmrouthe AUBOZIAN 30 avril 2026
111 ans sont passés depuis le funeste 24-Avril-1915 à Constantinople et 61 ans depuis la première commémoration publique de ce Génocide.