La contre-offensive russe
Mais Erévan ne prendra pas Moscou au mot. Les autorités arméniennes ont affirmé le 10 mars, sur la base d’un rapport des Renseignements extérieurs, que les services de sécurité d’un Etat étranger [ndlr : la Russie] exerçaient des pressions sur des hommes d’affaires arméniens afin qu’ils soutiennent les forces d’opposition lors des législatives du 7 juin en Arménie. Lors d’un déplacement de campagne, le 7 mars à Gumri, Nikol Pachinian a lui-même évoqué des rumeurs selon lesquelles “ on amènerait des gens de Russie ” pour les faire voter en faveur de l’opposition. “ Qu’ils les fassent venir, a-t-il renchéri, goguenard, car 84,5 % de ceux qui viendront, d’après les sondages que nous avons effectués sur place, voteront pour nous ! ”
Ces accusations allaient être relayées le 11 mars par Daniel Ioannissian, membre de l’ONG L’Observateur indépendant, qui surveillera le déroulement des élections du 7 juin, et coordonnateur des programmes de l’Union des citoyens informés d’Arménie. Dans un entretien accordé à azatutyun.am, il reprend à son compte le contenu du rapport des Renseignements extérieurs d’Arménie qui accuse le FSB (les Renseignements russes chargés de la sécurité intérieure) de faire pression sur les hommes d’affaires arméniens, dans l’objectif d’organiser le déplacement d’environ 80 000 électeurs arméniens de Russie en Arménie, en assumant leurs frais de transport et en leur promettant un pot-de-vin électoral de 100 000 roubles (1 000 euros).
Il indique que certains hommes d’affaires arméniens ayant subi ces pressions ont contacté L’Observateur indépendant pour l’informer de la mise en œuvre des opérations. “ Comme il est impossible pour un nombre de personnes aussi important de franchir la frontière, que ce soit par voie aérienne ou terrestre, en un laps de temps aussi court, l’opération doit s’étaler sur deux à trois semaines ”, précise Daniel Ioannissian, qui révèle que “ tous les bus pour fin mai - début juin en Arménie sont déjà mobilisés pour transporter les électeurs, les accueillir, les accompagner et les ramener ”.
Quel but la Russie poursuit-elle ? “ D’après nos informations, la Russie œuvre à la victoire d’une force spécifique. Nous publierons les preuves dès que nous les aurons. ” Pourquoi Moscou passe-t-il aujourd’hui à l’offensive ? Depuis 2021, l’Arménie a pris ses distances dans nombre de domaines importants : “ la ratification par l’Arménie du Statut de Rome, les discussions avec l’Occident sur la question de l’énergie nucléaire, la fin du monopole russe sur le blé et l’ouverture de discussions, à présent, au sujet de la fin de la concession russe sur les chemins de fer arméniens. ” Au final, la Russie “ constate qu’elle perd progressivement ses leviers d’influence, et cela – doux euphémisme – ne la satisfait pas ”.










