Karabagh : autopsie d’un échec diplomatique - Hraïr Balian et les « occasions manquées » d’une paix possible.

Par Tigrane YEGAVIAN

Figure reconnue de la diplomatie discrète et de la médiation internationale, Hraïr Balian appartient à cette génération d’experts issus de la Diaspora arménienne dont le parcours épouse les lignes de fracture du monde contemporain. Né à Beyrouth dans une famille marquée par l’histoire du Génocide et de l’exil, formé au droit aux États-Unis, il consacre depuis plus de trois décennies sa carrière à la résolution de conflits au sein d’organisations internationales telles que l’ONU, l’OSCE, l’International Crisis Group et le Carter Center pour la paix. De l’Afrique aux Balkans, du Moyen-Orient au Caucase, Hraïr Balian a observé de l’intérieur les dynamiques de négociation, les rapports de force invisibles et les occasions manquées qui jalonnent les processus de paix. Cette expérience unique irrigue son ouvrage majeur, Anatomy of Peacemaking: Nagorno-Karabakh Conflict & Missed Opportunities (1). 


Dans ce livre dense et méthodiquement documenté, il propose bien davantage qu’une chronique des négociations sur le Haut-Karabagh, il en offre une véritable autopsie stratégique. S’appuyant sur des archives diplomatiques, des documents confidentiels et des entretiens avec des acteurs de premier plan, Balian interroge les moments charnières – 1997, Key West, les principes de Madrid, Kazan – et analyse pourquoi aucune de ces fenêtres d’opportunité n’a débouché sur un accord durable. Son travail éclaire avec rigueur les responsabilités partagées, les contraintes politiques internes, les calculs géopolitiques et les limites de l’architecture de médiation internationale. Il ne s’agit ni d’un réquisitoire ni d’une défense, mais d’un effort rare de lucidité, indispensable pour comprendre comment un conflit gelé a fini par basculer.

 1997 : la fenêtre la plus sérieuse, refermée de l’intérieur
Dans la cartographie des “ occasions manquées ”, Hraïr Balian insiste sur un moment qu’il juge décisif : septembre 1997. Les coprésidents du Groupe de Minsk (France, Russie, États-Unis) proposent alors une architecture intérimaire : repousser indéfiniment la question du statut final du Haut-Karabagh, mais stabiliser l’indépendance de facto par l’octroi à la République du Haut-Karabagh (RHK/NKR) d’une personnalité juridique internationale et de garanties de sécurité sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. La proposition prévoit le maintien des forces de défense et des institutions de gouvernance, l’ouverture possible de relations diplomatiques, l’éloignement des forces azerbaïdjanaises et le déploiement de forces internationales de maintien de la paix.
Le nœud, comme souvent, réside dans la géographie : la RHK devrait restituer les territoires « tampons » autour de l’enclave, à l’exception de Latchine (au-delà du corridor) et possiblement Kelbadjar, conservés jusqu’à la détermination du statut final. Les zones restituées seraient démilitarisées. Fait crucial : Bakou accepte — une première dans tout le processus. Levon Ter-Petrossian est prêt à suivre. Mais, à Erévan et à Stépanakert, la proposition est rejetée. Le Premier ministre d’alors, Robert Kotcharian, deux ministres clés, Vazgen Sarkissian, Serge Sarkissian, et les responsables de la RHK s’y opposent.
Balian prend au sérieux l’argument sécuritaire des opposants : ces territoires, disent-ils, sont un bouclier vital. Sans eux, la ligne de contact passerait d’environ 22 km à près de 220 km, rendant la défense plus coûteuse et plus incertaine ; Kelbadjar, aujourd’hui défendue par un passage montagneux étroit, deviendrait une frontière longue et vulnérable. Autre crainte : une fois les régions rendues, l’Azerbaïdjan n’aurait plus d’intérêt à poursuivre les négociations. Pour Kotcharian, rendre sans statut préalable serait “ suicidaire ”.
Mais c’est précisément ici que se situe, selon Balian, l’“ occasion manquée ” au sens fort : non pas ignorer la sécurité, mais négocier à partir de l’offre. La partie arménienne, affirme-t-il, aurait pu accepter le principe et proposer des amendements pour corriger les faiblesses. Car l’offre de 1997 permettait aux deux camps de proclamer une victoire partielle : l’Azerbaïdjan conservait la souveraineté de jure, tandis que la RHK préservait son indépendance de facto, gagnait un statut international et des garanties onusiennes. Le « bonus » est même stratégique : conserver non seulement le corridor de Latchine mais le district entier, voire Kelbadjar, aussi longtemps que Bakou refuserait un accord sur le statut final — potentiellement indéfiniment. Balian rapproche ce schéma du Kosovo en 1999, où un statut intérimaire sous parapluie international a fini par déboucher sur l’indépendance.
D’autres moments émergent ensuite : un accord bilatéral Aliev–Kotcharian en 1999 (dont la nature exacte demeure disputée), brisé par les assassinats au Parlement arménien en octobre ; Key West (2001) et Kazan (2011), que Balian décrit comme des opportunités rejetées par la partie azerbaïdjanaise, faute de pouvoir « vendre » le compromis à l’opinion.

De la résolution à la gestion : le Groupe de Minsk piégé par la géopolitique


Le constat est sévère : le Groupe de Minsk a préservé le cessez-le-feu près de 26 ans sans produire d’accord final. Pour Balian, ce glissement vers la gestion du conflit tient d’abord aux contradictions géopolitiques des coprésidents. Dans les années 1990 et au début des années 2000, le dossier du Karabagh est l’un des rares terrains où Russie et Occident coopèrent relativement bien. Mais la phase unipolaire se dissipe ; les rivalités grandissent ; Ukraine et Syrie deviennent des priorités supérieures et vampirisent l’attention.

Dans cette reconfiguration, le Karabagh cesse d’être central pour Washington et Paris. Balian souligne une autre hiérarchie : l’importance croissante des hydrocarbures azerbaïdjanais, et le projet de réduction de la dépendance européenne au gaz russe. L’Azerbaïdjan se repositionne aussi comme hub de connectivité (Est-Ouest, puis Nord-Sud). Résultat : les intérêts économiques et stratégiques, combinés à la structure consensuelle de l’OSCE (qui empêche l’imposition d’une solution), réduisent l’incitation à pousser une médiation plus ferme.

Dans ce cadre, les Principes de Madrid (2007) et la variante de Kazan (2011) apparaissent comme les dernières contributions substantielles. Après 2014–2015, la Russie n’a plus, dit-il, la “ bande passante ” pour autre chose que l’Ukraine. L’architecture reste en place, mais la capacité à résoudre s’érode : la machine diplomatique entretient le statu quo plus qu’elle ne le transforme.


L’illusion du statu quo : l’avertissement 

de Libaridian, confirmé par 2020–2023

Balian reprend une formule de l’historien et ancien diplomate Gérard Libaridian qui devient, à ses yeux, un diagnostic tragiquement vérifié : “ L’Azerbaïdjan peut se permettre de perdre une guerre ; l’Arménie ne le peut pas ”. L’idée est simple : Bakou a une profondeur stratégique, des ressources, du temps ; Erevan, lui, ne peut pas perdre une seule fois sans compromettre durablement sa capacité de retour.

À partir de là, Balian pointe une double faute : l’Arménie et la RHK se sont appuyées sur le statu quo issu de 1994 sans renforcer l’alternative au compromis — tandis que l’Azerbaïdjan préparait la guerre pendant deux décennies. L’asymétrie est territoriale, militaire, mais aussi temporelle : la stratégie azerbaïdjanaise s’améliore, l’arménienne s’endort.

La charge la plus directe vise les années 2018–2020 : à l’automne 2020, estime-t-il, le Premier ministre Nikol Pachinian, aurait dû savoir que Bakou visait une solution militaire. Or, au lieu d’une extrême prudence — renforcer les alliances, corriger l’asymétrie, réduire les provocations —, l’Arménie s’enferme, selon lui, dans une rhétorique durcie. La formule “ nouvelles guerres pour de nouveaux territoires ” marque un seuil. Même l’intervieweur de la BBC, Steven Sackur, s’en étonne : “ Vous dites être un homme de paix, mais vous sonnez comme un homme de guerre ”. Balian ajoute un autre élément : les références imprudentes au traité de Sèvres, qui auraient inutilement provoqué la Turquie, fournissant à l’Azerbaïdjan et à Ankara un casus belli.

Son jugement est net. A l’évidence, l’Arménie a commis des erreurs stratégiques fondamentales en misant sur le statu quo, en ne se préparant pas à la guerre à venir et en adoptant, dans la période décisive, un comportement “ erratique, maladroit et provocateur ”.

Exclure Stépanakert : le “ déficit 

de légitimité ” au cœur du processus


Sur le plan de la méthode, Balian défend un principe de base en médiation : on ne négocie pas sérieusement l’avenir d’un territoire sans la présence de ceux qui ont le plus à perdre ou à gagner. Or, rappelle-t-il, la RHK est progressivement marginalisée. Jusqu’en 1998, elle participe largement aux discussions ; la CSCE avait même invité des représentants “ élus ” (arméniens) et “ autres ” (azerbaïdjanais). La RHK a signé le protocole de Bichkek (1994). Mais avec l’arrivée de Kotcharian à la présidence, Erevan “ prend en charge ” la représentation de Stépanakert, tandis que les coprésidents continuent des consultations séparées.

Pour Balian, ce n’est pas substituable : même si Kotcharian et Serge Sarkissian sont originaires du Karabagh, leur présence ne remplace pas la participation des autorités locales qui devraient appliquer un éventuel accord (évacuation de territoires, retour des déplacés, gouvernance). Il attribue la responsabilité initiale de l’exclusion à Kotcharian ; et une fois l’exclusion actée, l’Azerbaïdjan s’y oppose avec constance, les coprésidents s’alignent. Le résultat est une faille structurelle : un “ déficit de légitimité ”. Sans participation de la RHK, tout accord risque d’être perçu comme illégitime, donc difficile à mettre en œuvre. Plus encore, l’absence de face-à-face durcit les récits et réduit les négociations aux seules dimensions territoriales et sécuritaires, en marginalisant les besoins concrets des communautés : droits, culture, gouvernance, retour, sécurité humaine.


L’un des apports de Balian est de clarifier le piège conceptuel : ce n’est pas que statut et sécurité devraient être « dissociés », c’est que la médiation a demandé à la partie arménienne de compromettre la sécurité avant d’obtenir un statut, en restituant les sept régions servant de zone tampon. C’est un dilemme de séquençage. Sans garanties crédibles, dit-il, aucun statut — intérimaire ou final — ne peut tenir. Il regrette que les médiateurs et les Arméniens n’aient pas davantage poussé l’idée d’une administration intérimaire sous le Conseil de sécurité, à la manière du Kosovo, pour transformer l’indépendance de facto en statut internationalisé et sécurisé. Pour lui, l’échec tient aussi à l’incapacité de “ balancer ” les principes : intégrité territoriale d’un côté, autodétermination de l’autre, sans garanties de sécurité pour une population vulnérable.


Sur la proposition d’“ autonomie au sein de l’Azerbaïdjan ”, Balian est tranchant : elle n’a jamais été pensée comme un modèle concret. L’histoire politique du Caucase, où “ autonomie ” évoque la domination stalinienne plus qu’un fédéralisme européen, pousse la partie arménienne à s’en détourner et à choisir l’indépendance. Mais surtout, souligne-t-il, en trente ans, Bakou n’a produit aucun projet constitutionnel détaillé définissant droits et statut d’un Nagorno-Karabagh autonome. La raison serait politique : un véritable débat constitutionnel “ droits, responsabilités, justice ” exigerait une démocratisation mettant en danger l’hégémonie du régime Aliev. Dès lors, l’“ autonomie ” sert à protéger l’intégrité territoriale, pas à offrir une solution vivable.


Balian replace enfin le dossier dans une hiérarchie occidentale : après 1991, priorité au nucléaire post-soviétique ; puis à la transition russe ; ensuite au gaz et au pétrole azerbaïdjanais, aux pipelines BTC et Corridor gazier méridional, d’autant que les routes sont pensées pour contourner l’Arménie et la RHK. Il rappelle le lobbying pro-azerbaïdjanais à Washington au milieu des années 1990, et le rôle central de BP à Bakou. Cette tension, ajoute-t-il, a produit une politique américaine prudente, parfois équilibrée, mais peu incitatrice à une résolution énergique.

La rupture de 2020–2023, avec l’usage de la force et le nettoyage ethnique de 120 000 Arméniens, marque pour lui un défi frontal à l’“ ordre international fondé sur des règles ”. Il souligne l’ironie historique : la notion même de “ crime contre l’humanité ” prend racine dans la déclaration de 1915 sur le Génocide des Arméniens. Mais aujourd’hui, constate-t-il, la logique “ la force fait le droit ” semble l’emporter ; les mécanismes multilatéraux échouent ; l’équilibrage négocié des principes cède sous la pression des intérêts et du fait accompli.


 Conclusion : neuf causes, une leçon sévère


Plutôt que de s’en tenir à une morale générale, Balian énumère neuf causes principales de l’échec : l’alternative militaire azerbaïdjanaise patiemment renforcée ; l’illusion arménienne du « gain de temps » ; le maximalisme des deux camps ; les erreurs et la rhétorique provocatrice de 2018–2020 ; l’incapacité à préparer les opinions ; l’exclusion de la RHK ; l’échec à traiter la sécurité comme cause profonde ; l’absence d’outils coercitifs (incitations, sanctions, échéances) ; et enfin la géopolitique des coprésidents, aggravée par une dépendance énergétique européenne croissante.

Le fil rouge n’est pas la fatalité, mais la responsabilité. Pour Balian, l’issue catastrophique était évitable. C’est ce qui donne à son livre sa tonalité singulière : un travail froid, précis, presque clinique — et pourtant hanté par une question brûlante, celle d’une paix qui aurait pu exister, si la lucidité stratégique avait prévalu sur le confort du statu quo, si les sociétés avaient été préparées au compromis, et si la médiation internationale avait voulu — et pu — dépasser la simple administration de l’impasse. 


(1) Anatomy of Peacemaking: Nagorno-Karabakh Conflict & Missed Opportunities (Palgrave Macmillan, 2026, 176,57 euros sur le site Amazon)


par La Rédaction 4 avril 2026
Le sommaire de notre numéro 539 d'avril 2026
par Harout MARDIROSSIAN 4 avril 2026
En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ? Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne.
4 avril 2026
Le 24 avril 2026, la France commémorera le 111e anniversaire du génocide des Arméniens, reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. À cette occasion, le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF) appelle solennellement à une mobilisation massive de l’ensemble de la communauté arménienne, de ses amis et de tous les défenseurs des droits de l'Homme. Cent onze ans après l’extermination planifiée de plus d’un million et demi d’Arméniens par l’Empire ottoman, ce crime imprescriptible demeure, aujourd’hui encore, nié par son État héritier, la Turquie. Ce négationnisme d’État, persistant et organisé, constitue une violence supplémentaire faite à la mémoire des victimes et à leurs descendants. Il demeure un obstacle majeur à toute perspective de réconciliation fondée sur la vérité, la justice et la paix. Aucune réconciliation, ni stabilité durable ne saurait faire l’économie d’une reconnaissance pleine et entière de ce génocide, ainsi que de celui, concomitants des Assyro-Chaldéens et des Grecs qui ont fait des centaines de milliers de victimes. L’impunité fait le lit de la récidive : Ainsi plus d’un siècle après 1915, les menaces qui pèsent sur le peuple arménien n’ont pas disparu. Au contraire, elles se sont réactivées sous d’autres formes. Après le nettoyage ethnique de l’Artsakh, vidé de sa population arménienne dans des conditions qui ont bouleversé la conscience internationale en 2023, la République d’Arménie elle-même demeure confrontée à des pressions existentielles. Ces développements s’inscrivent dans une continuité idéologique inquiétante, nourrie par des logiques panturquistes et totalitaires qui prolongent, sous des formes contemporaines, les ambitions qui avaient conduit à l’anéantissement de 1915. La collusion manifeste entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, dans leurs politiques à l’égard des Arméniens, témoignent de cette continuité. Face à cette réalité, la commémoration du 24 avril ne saurait se réduire à un simple devoir de mémoire. Elle constitue aussi un acte de vigilance, un engagement pour l’avenir, un refus de l’oubli et de l’indifférence, un moment pour réaffirmer les droits imprescriptible des victimes à la vérité et à des réparations. Elle est un moment de rassemblement pour affirmer, avec force, que les crimes contre l’humanité ne peuvent rester impunis, ni se répéter dans le silence du monde. En France, cette commémoration revêt une dimension particulière. Instituée comme journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, elle engage la République et ses valeurs. Elle rappelle que la lutte contre le négationnisme, le racisme et les violences de masse est au cœur de notre pacte démocratique. En ce 111e anniversaire, le CCAF appelle : à honorer la mémoire des victimes du génocide ; à exiger la reconnaissance officielle et sans ambiguïté de ce crime par la Turquie ; à défendre le droit à la sécurité et à l’existence de la République d’Arménie ; à soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres ; à obtenir la libération immédiate des prisonniers et otages arméniens détenus en Azerbaïdjan ; à faire vivre, partout en France, les valeurs de justice, de dignité et de vérité. Le CCAF appelle l’ensemble des citoyens, les élus, les institutions, les associations et les forces vives de la Nation à se joindre massivement aux commémorations organisées sur tout le territoire le 24 avril 2026 . Le 24 avril, soyons unis, nombreux et déterminés.
par Harout MARDIROSSIAN 3 avril 2026
C’est un sujet que l’on évoque peu, mais transmettre son patrimoine dans de bonnes conditions et à une faible fiscalité est une préoccupation pour de nombreuses familles. Dans ce cadre avec son statut « reconnue d’utilité publique », la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) offre un cadre avantageux dans le respect complet des volontés des légataires. Rencontre avec Maître Nicolas Djolakian, car le notaire est le conseil indispensable en la matière. France Arménie : Pourquoi est-il important d’organiser sa succession auprès d’un notaire ? Maître Nicolas Djolakian : L’organisation de sa succession consiste à anticiper le règlement civil et fiscal de son patrimoine personnel et professionnel. Cette démarche est propre à chaque personne. Selon son environnement familial et/ou professionnel, la dévolution légale de la succession peut ne pas être pertinente ni refléter la volonté réelle. Il est donc judicieux de se renseigner auprès d’un notaire afin de connaître les règles applicables à sa situation actuelle et, le cas échéant, la modifier pour transmettre ses biens aux héritiers de son choix, dans un cadre fiscal optimisé. En quoi consiste un legs et quels avantages présente-t-il ? Un legs est l’attribution d’un ou plusieurs biens, au moment du décès, au profit d’une ou plusieurs personnes, physiques ou morales. Le legs présente plusieurs avantages. Il permet notamment d’attribuer un bien à toute personne de son choix, même en l’absence de lien de parenté. Toutefois, le montant des droits de succession dus par le bénéficiaire dépend de ce lien de parenté. Le legs doit être prévu par testament. Il existe plusieurs formes de testaments permettant à chacun de le rédiger ou de le faire rédiger. Il est toutefois conseillé de faire établir ce testament par un notaire afin d’éviter toute erreur de rédaction ou difficulté d’interprétation lors de l’ouverture de la succession. Il est également recommandé, lors de la rédaction du testament, de désigner un exécuteur testamentaire. Il s’agit d’une personne chargée de veiller à l’exécution des dernières volontés du testateur, qu’elles soient patrimoniales ou extrapatrimoniales. Cette mission est généralement exercée à titre gratuit. Il est tout à fait possible de désigner une association en qualité d’exécuteur testamentaire. Celle-ci agira de manière neutre et indépendante et veillera au respect des volontés exprimées. Est-ce qu’un legs peut se faire au détriment des héritiers ? Il existe plusieurs situations. Certains héritiers ne peuvent pas être totalement déshérités : ils disposent d’une réserve héréditaire (quote-part incompressible). Il s’agit, selon les cas, du conjoint survivant et des enfants. Il est toutefois possible de léguer une partie de son patrimoine à d’autres personnes, dans la limite de la quotité disponible. En l’absence de conjoint et d’enfants, il est possible de léguer l’ensemble de ses biens à toute personne de son choix. En quoi une association reconnue d’utilité publique comme la Croix Bleue des Arméniens de France, est-elle intéressante pour recevoir un legs ? Tout héritier ou légataire doit en principe s’acquitter de droits de succession. Le montant de ces droits dépend du lien de parenté avec le défunt. En l’absence de lien de parenté, ces droits peuvent atteindre 60 % des biens légués. En revanche, si le légataire est une association reconnue d’utilité publique, comme la Croix Bleue des Arméniens de France, celle-ci est exonérée de droits de succession. Cela constitue donc un avantage particulièrement important. Par ailleurs, certaines associations, comme la CBAF, disposent d’un service juridique spécialisé dans les successions, ce qui facilite les démarches. Peut-on orienter la destination de son legs et à qui peut-il profiter ? Chaque legs doit être fait au profit d’une personne précisément désignée. Il peut s’agir d’un legs universel (totalité de son patrimoine), à titre universel (une quote-part de son patrimoine), ou particulier (un bien désigné). Il est possible de léguer un bien avec une charge, c’est-à-dire d’imposer au légataire d’utiliser ce legs pour la réalisation d’une opération ou d’une œuvre déterminée. Il est également possible de prévoir un legs avec la charge de remettre un second legs net de frais et de droits. Il s’agit d’un dispositif permettant de soutenir une cause tout en gratifiant un proche, sans que celui-ci ne soit pénalisé fiscalement. Par exemple, la CBAF n’est pas soumise aux droits de succession. Lorsqu’un legs est consenti à un proche, celui-ci est en principe soumis aux droits de succession, généralement à sa charge. Avec le mécanisme du legs net de frais et de droits, ces droits peuvent être pris en charge par l’association. Les avantages du dispositif : ◗ L’assiette taxable revenant au bénéficiaire est réduite, ce qui limite la fiscalité globale. ◗ Le bénéficiaire reçoit son legs plus rapidement, tout en étant déchargé de formalités administratives complexes. ◗ Le bénéficiaire et son notaire disposent d’un interlocuteur unique : l’association, facilitant le suivi des démarches. Dans ce cas, l’association, exonérée de droits de succession, reçoit l’ensemble du patrimoine puis exécute les volontés du testateur. Ainsi, le legs net de frais et de droits permet de transmettre la même somme à un proche tout en soutenant significativement une cause d’intérêt général. Peut-on aussi faire un don de son vivant en faveur d’une association et quel avantage cela peut-il représenter dans une succession ? Le don permet également d’organiser la transmission de son patrimoine, sous réserve du respect de la réserve héréditaire. Il est possible de réaliser un don à une association de son vivant. Le principe est le même : une association reconnue d’utilité publique ne paie aucun droit. Le don présente également un avantage fiscal : son montant est déductible selon la qualité du donateur. Don des entreprises – Réduction de l’impôt sur les sociétés Réduction de 60 % du montant du don pour la fraction inférieure ou égale à 2 millions d’euros et 40 % pour la fraction supérieure à 2 millions d’euros, dans la limite de 20 000 € ou 5% du chiffre d’affaires annuel hors taxes. Don des particuliers – Réduction d’impôt sur le revenu 66 % du total des versements, dans la limite de 20 % du revenu imposable du foyer. Don des particuliers – Réduction d’IFI : 75 % de la valeur des dons, dans la limite de 50 000 € Il convient également de préciser que la transmission peut s’effectuer par d’autres biais, tels que l’assurance-vie, au moyen de la rédaction de la clause bénéficiaire. Chaque situation étant particulière, il est conseillé de prendre attache avec son notaire afin de faire un point sur sa situation, anticiper le règlement de la succession tant au niveau civil que dans une optique d’optimisation fiscale.
par Varoujan MARDIKIAN 3 avril 2026
Arman Tatoyan, ancien médiateur des droits de l’homme, leader du nouveau mouvement d’opposition baptisé « Ailes de l’Unité » et candidat aux législatives, a affirmé le 4 mars en conférence de presse que l’armée azerbaïdjanaise, qui continue d’occuper plus de 200 km2 du territoire arménien, a renforcé ses positions l’été dernier, près des villes frontalières de Vardénis et Djermouk, en prévision du sommet Trump-Aliev-Pachinian organisé le 8 août à Washington. “ Le gouvernement azerbaïdjanais continue de prendre le contrôle de notre pays, de nos territoires souverains, puis il les envahit pour les morceler à nouveau. Voilà le prix que ce gouvernement a fixé pour la paix ”, a-t-il déclaré, images satellites à l’appui. Le ministre de la Défense, Souren Papikian, a traité Arman Tatoyan de “ menteur ”. Sissak Gabrielian, député du Contrat civil (CC), a lui aussi apporté son démenti. “ Si tel était le cas, vous en auriez entendu parler avant Tatoyan ”, a-t-il souligné, soutenant que les habitants des localités concernées auraient été les premiers à signaler de tels faits. Il n’empêche qu’au terme de leurs investigations, les journalistes de Civilnet et Factor TV ont constaté que les forces azerbaïdjanaises avaient établi une nouvelle position dans le secteur de Sotk, “ dont une partie se trouve sur le territoire souverain de l’Arménie ”. En outre, Civilnet a vérifié que Bakou avait amélioré les routes menant à ses positions en territoire arménien, mais aussi que des travaux de renforcement avaient été menés sur deux autres positions situées dans le secteur de Djermouk, en territoire occupé. Dès lors, les accusations de mensonge proférées par le pouvoir, qui assure que la question des territoires occupés sera résolue par la démarcation de la frontière arméno-azerbaïdjanaise, perdent de leur crédibilité. Et ce, d’autant plus que l’appel lancé aux autorités, par l’équipe d’Arman Tatoyan, à réfuter ses affirmations “ par des faits concrets ”, n’a reçu comme seul écho que la proposition d’une députée du CC, Lilit Minassian, d’adopter une loi visant à interdire aux journalistes d’aborder le sujet ! Un point sur lequel le ministre de la Défense s’est dit “ prêt à collaborer ”.
par Varoujan MARDIKIAN 3 avril 2026
Le Premier ministre Nikol Pachinian et son épouse, Anna Hakobian, ont annoncé le 27 février leur séparation, après 30 années de vie commune. “ Durant toutes les épreuves de ces 30 dernières années, elle a été à mes côtés, mon refuge et mon soutien, a écrit Nikol Pachinian. Je ne suis pas certain d’avoir été à la hauteur pour elle. Peut-être lui ai-je causé plus d’amertume que de joie, et je m’en excuse. ” Leur divorce a été officialisé quelques jours seulement après que le chef du Comité anti-corruption (CAC) d’Arménie a signalé l’ouverture d’une enquête, suite aux accusations de l’opposition qui reproche à Anna Hakobian d’avoir enfreint la loi interdisant aux responsables politiques et à leurs proches de se livrer à des activités caritatives en période électorale. Le CAC a néanmoins fait savoir qu’aucune procédure pénale n’était engagée contre Anna Hakobian. Au sein de l’opposition, certains ont saisi l’annonce de cette séparation pour affirmer que le Premier ministre cherchait à marquer des points auprès des électeurs, en prenant ses distances avec les activités et les déclarations controversées de son épouse. En mai dernier, dans une série de publications sur les réseaux sociaux, celle-ci avait insulté des militants de l’opposition, des personnalités publiques et d’autres citoyens critiques à son égard. Mise en cause pour ces dérapages, Anna Hakobian avait déclaré avoir répondu aux calomnies qui la visaient ainsi que sa famille. Elle avait précisé que l’utilisation des mots “ âne ”, “ idiot ” et “ pou ” s’inscrivait dans le cadre de la campagne financée par le gouvernement pour promouvoir l’éducation en Arménie. En 2025, elle avait effectué une tournée dans les villes et les villages du pays, pour animer l’initiative baptisée « S’instruire, c’est tendance », lancée fin 2024. Nikol Pachinian avait pris la parole durant certaines de ces rencontres, auxquelles avaient assisté de nombreux élus locaux et fonctionnaires. Anna Hakobian mise sur la sellette pour propos discourtois tenus sur la place publique ? En matière d’entorse aux règles de la politesse, on n’oubliera pas de relever que Nikol Pachinian a souvent la gâchette facile. On ne compte plus, en effet, ses nombreux coups de sang ponctués de dérapages verbaux face à certains opposants qui le titillent un peu trop, à ses yeux, sur des sujets sensibles. L’insulte, c’est tendance ?
par Varoujan MARDIKIAN 5 avril 2026
La question des alliances au sein de l’opposition va peser lourd dans le processus électoral. Notre objectif pour les prochaines élections législatives est d’atteindre la barre des 65 % ” : en visite le 7 mars à Gumri, Nikol Pachinian a fixé le cap pour son parti, le Contrat civil (CC). “ Nous avons accompli une révolution politique intérieure avec les élections de 2018 ; lors des élections de 2021, le peuple nous a conduits vers une révolution socio-psychologique et de la pensée ; et lors des élections du 7 juin 2026, nous réaliserons une révolution historico-politique qui sortira le peuple arménien du cycle de la politique de survie et l’engagera sur la voie du développement ”, a-t-il ajouté dans un survol de ses huit années de pouvoir. Dans un pays confronté à des enjeux qui le placent à la croisée des chemins, les autorités ont clairement défini leurs cibles prioritaires. Le 13 février, Nikol Pachinian a martelé que les élections du 7 juin “ [chasseraient] définitivement de la scène politique tous les anciens dirigeants et oligarques ”. Le 24 février, Rouben Roubinian, vice-président de l’Assemblée nationale et émissaire d’Erévan pour la normalisation des relations arméno-turques, a appelé le peuple à ne donner “ aucune voix à Robert Kotcharian et aux deux oligarques [Samvel Karapétian et Gaguik Tsaroukian] ”, qui menacent de “ piétiner [les] acquis ” obtenus au prix “ d’innombrables sacrifices consentis pour instaurer la justice et la paix dans [le] pays ”. Ces propos systématiquement orientés dans la même direction ont alimenté les craintes de l’opposition, qui se demande si le pouvoir ne va pas recourir à un coup « tordu » pour empêcher certaines forces de se présenter aux élections. Iveta Tonoyan, porte-parole de Gaguik Tsaroukian, a bien résumé cet état d’esprit à travers un trait d’ironie : “ Je conseille au Contrat civil de publier dès maintenant une liste de ceux qu’il n’autorisera pas à participer aux législatives. ” Robert Kotcharian, l’atout de l’expérience L’opposition, quant à elle, fourbit ses armes dans ce climat délétère. L’ancien président Robert Kotcharian (1998-2008) a été officiellement désigné le 16 mars tête de liste de l’alliance Hayastan aux législatives et candidat au poste de Premier ministre. “ Notre objectif est la victoire ”, a-t-il déclaré (1), convaincu que “ le gouvernement actuel, qui incarne le mal, sera vaincu ”. L’équipe de Robert Kotcharian a opté pour le slogan de campagne « Ensemble, nous pouvons ». Dans un podcast YouTube diffusé le 7 mars, il avait clairement affiché ses intentions, en envoyant aux électeurs un message centré sur la notion d’expérience : “ Nous devons désormais nous positionner comme une force politique dirigée par quelqu’un qui a déjà fait ses preuves à deux reprises, qui a obtenu des succès significatifs en situation de crise et qui peut le refaire une troisième fois. ” Robert Kotcharian devra néanmoins composer avec la montée en puissance de Samvel Karapétian. Les sondages indiquent que le parti Arménie forte (AF) a détrôné Hayastan comme force politique d’opposition la plus populaire du pays. Robert Kotcharian a d’ailleurs reconnu que son alliance avait perdu une partie de ses soutiens depuis 2021, tout en affirmant que le Premier ministre avait vu lui aussi sa cote de popularité s’éroder dans le même temps, ouvrant la voie à l’émergence de nouvelles figures de proue au sein de l’opposition. L’allusion à Samvel Karapétian est claire ; cependant, l’ancien chef de l’Etat se dit plus qualifié pour diriger le pays que “ ceux qui ont cette ambition mais pas encore l’expérience nécessaire et qui n’ont pas encore fait leurs preuves sur le terrain ”. Du côté de Samvel Karapétian, on ne l’entend pas de cette oreille. Narek Karapétian, qui est le neveu du magnat russo-arménien et le coordonnateur des activités d’AF, émanation du mouvement Mer Dzevov (A notre manière) créé en août dernier (2), a rappelé le 24 février qu’AF visait une victoire écrasante aux législatives. “ Je pense que la priorité pour l’Arménie est de changer le dirigeant actuel du pays, et nos actions sont entièrement tournées vers l’objectif d’obtenir le soutien de la société. ” Selon la Constitution arménienne, Samvel Karapétian ne pourrait toutefois pas devenir Premier ministre, en cas de victoire de son parti aux élections, en raison de sa double nationalité russe et arménienne. Néanmoins, AF avait indiqué début février qu’il tenterait de lever cet obstacle constitutionnel s’il remportait les législatives.
par Varoujan MARDIKIAN 3 avril 2026
Un certain nombre de revalorisations de diverses natures, décidées dans un climat préélectoral tendu, soulèvent la question de leur timing. A trois mois et demi des élections législatives, le Premier ministre Nikol Pachinian a annoncé le 25 février une hausse des pensions de retraite, qui entrera en vigueur le 1er avril. “ Les pensions relativement faibles augmenteront de 10 000 drams (22 euros) et les pensions relativement élevées augmenteront d’un montant inférieur ”, a-t-il indiqué. Le ministre du Travail et des Affaires sociales, Arsen Torossian, a précisé que la hausse de 10 000 drams s’appliquera aux pensions “ de base ”, d’un montant de 24 000 drams (54 euros) par mois à ce jour. La pension moyenne s’élève actuellement à 49 000 drams (110 euros) mensuels. Le gouvernement avait déjà augmenté les pensions de retraite en 2022, mais avait rejeté les demandes de l’opposition d’accorder une nouvelle revalorisation les années suivantes. “ Si nous augmentons les pensions de 11 000 drams par mois, que feront les retraités de cet argent ? ”, s’était même interrogé Nikol Pachinian le 5 décembre dernier, provoquant l’indignation de nombreux retraités qui peinent à joindre les deux bouts. Un sentiment d’injustice exacerbé par le deux poids, deux mesures qui leur était infligé, car dans le même temps, les ministres, leurs adjoints et d’autres hauts fonctionnaires continuaient de recevoir des primes exorbitantes accordées par le gouvernement. Nikol Pachinian a attribué cette hausse des pensions de retraite à une croissance économique plus forte que prévu en 2025. L’opposition s’est élevée contre ce lien de cause à effet, estimant que le Premier ministre s’est lancé dans une opération séduction des 600 000 retraités du pays, à trois mois et demi des élections législatives. Kegham Manoukian, député FRA de l’alliance Hayastan, a qualifié cette augmentation de “ pot-de-vin électoral ”. Quant à Narek Karapétian, le neveu de Samvel Karapétian et coordonnateur des activités de son nouveau parti, Arménie forte, il s’est fendu d’un trait d’ironie : “ Si Samvel Karapétian les a forcés à augmenter les pensions avant les élections, imaginez ce qu’il fera s’il devient Premier ministre ! ”, a-t-il déclaré en réaction à l’annonce de Nikol Pachinian. Il a souligné en outre que le gouvernement s’était engagé à porter la pension moyenne à 60 000 drams (135 euros), alors qu’elle est aujourd’hui de 49 000 drams (110 euros). L’opposition, dans son ensemble, voit dans cette augmentation surprise des pensions de retraite un signe supplémentaire que le chef du gouvernement craint de perdre les élections. Tel n’est pas le cas pour le ministre de l’Economie, Guévorg Papoyan, qui s’est aligné sur la position de Nikol Pachinian en affirmant que cette augmentation des pensions a été rendue possible par une croissance de 7,2 % en 2025. Et ces pensions seront de nouveau revalorisées, a-t-il promis, dans le cas d’une croissance forte en 2026. Comment cette mesure sera-t-elle financée ? Cette augmentation, non prévue par le budget de l’Etat pour 2026, nécessitera environ 75 milliards de drams (170 millions d’euros) de dépenses publiques supplémentaires, lesquels seront prélevés sur le Fonds de réserve du gouvernement.
par Harout Mardirossian 3 avril 2026
Bienvenue sur le nouveau site Internet de France Arménie. Nous espérons qu'il vous plaira et que vous retrouverez ainsi toutes les informations de notre journal. Progressivement en tenant compte des remarques, nous allons l'améliorer et publié plus régulièrement des articles. Notre rubrique Archives qui renvoie vers les numéros gratuits et pour nos abonnés vers les anciens numéro sera complété prochainement par l'ensemble des numéros depuis la création de France Arménie en Avril 1982 dans le cadre du projet de numérisation que nous avons engagé et qui est en bonne voie. Vous pouvez aussi vous abonner en ligne ou faire un don pour aider France Arménie à continuer à se développer. Bonne lecture et encore merci de votre soutien !
par La Rédaction 2 avril 2026
C’est un universitaire et expert en économie internationale qui s’en est allé le 5 mars dernier. Né le 4 octobre 1939 au Liban, Gérard Achdjian a travaillé à Beyrouth comme sous-directeur à la Banque du Liban et a enseigné l’économie à l’université Saint-Joseph. Il quitte le pays meurtri par la guerre, en 1990, pour s’installer en France où il donnera des cours d’économie à l’université d’Angers et sera professeur invité à La Sorbonne. Président du G2IA en France (1999-2003), il a coordonné les programmes du Centre de formation CEMA en Arménie. En 2010, il fonde avec des partenaires le groupe Apricot (commerce interentreprise). Il collaborait depuis une bonne dizaine d’années à France Arménie, où il tenait la rubrique « Economie ». C’était un bourreau de travail, qui mettait tout le soin nécessaire à peaufiner sa chronique en glanant jour après jour un maximum d’informations. Il avait à cœur de promouvoir l’Arménie et le monde arménien, et était animé par le souci de rapprocher des données politiques, géopolitiques et économiques, afin d’élargir le champ de réflexion du lecteur. Il s’intéressait également au monde artistique et littéraire. Ses articles pour L’Eglise arménienne, le bulletin mensuel de l’Eparchie Sainte-Croix des Arméniens catholiques, traitaient de peintres, de poétesses. Ses obsèques ont été célébrées le 13 mars en la cathédrale Sainte-Croix. Il repose au cimetière de Boulogne-Billancourt. France Arménie présente ses condoléances émues à sa veuve Chaké, à ses trois enfants, Aline, Chahé et Houri, et à ses sept petits-enfants. Nous avons eu l’immense chance de connaître Gérard ! C’était un homme affable, respectueux, discret, d’une grande gentillesse, pondéré dans ses propos, tout en sachant affirmer ses idées et ses valeurs. Discuter avec lui était un vrai régal. Cette chance, Gérard, elle n’aura d’égale que le vide que tu vas laisser. Repose en paix !