La directrice du Musée du Génocide poussée à la démission par Pachinian

Par Harout MARDIROSSIAN

 Pour avoir offert à JD Vance un livre sur l’Artsakh et lui avoir parlé des pogroms anti-arméniens, la directrice du Musée du Génocide d’Erévan, Edita Gzoyan, a été poussée à la démission le 7 mars. Le président du Conseil d’administration du musée, l’historien Raymond Kévorkian, a aussi démissionné et a été immédiatement remplacé. Retour sur un scandale d’État qui en dit long sur les concessions que Nikol Pachinian est prêt à faire pour ne pas déplaire à l’Azerbaïdjan et à la Turquie.

C’est une démission qui n’est en fait qu’un renvoi à la demande directe de Nikol Pachinian. Et c’est bien une démission qui est liée à la visite effectuée par le vice-président américain JD Vance et sa femme Usha au Mémorial et au Musée du Génocide le 10 février dernier.
Premièrement, il est reproché à la directrice d’avoir rendu publique cette visite provoquant la fureur de la Turquie en publiant un post sur Facebook. Un post et des photos repris ensuite sur la page du Vice-Président avant que la Maison Blanche ne l’efface et le remplace par un message où ni le mot « Génocide » ni le mot « Turquie » n’apparaît. La porte-parole de la Maison Blanche, Caroline Leavitt, indiquant qu’il s’agissait là de l’erreur d’un communicant qui ne faisait pas partie du voyage. Nikol Pachinian reproche au Musée et à sa directrice de ne pas avoir attendu qu’elle ait reçu le feu vert du gouvernement pour communiquer sur cette visite prestigieuse. Car pour Nikol Pachinian, cette séquence a mis mal à l’aise les États-Unis et la Turquie à l’égard de l’Arménie et il ne souhaite faire aucune vague à leur égard dans son repositionnement géopolitique pro occidental, quitte à mettre sous le tapis la reconnaissance et la réparation du Génocide des Arméniens. Chacun appréciera ! 

Deuxième reproche. Après avoir déposé des fleurs près de la flamme éternelle dédiée aux victimes du Génocide de 1915, la directrice Edita Gzoyan, a accompagné JD Vance et sa femme, à leur demande, vers d’autres parties du musée, notamment vers les khatchkars, les pierres à croix érigées à la mémoire des Arméniens tués lors des pogroms en Azerbaïdjan qui ont suivi le déclenchement du conflit du Haut-Karabagh. On sait Vance et sa femme très chrétiens et leur intérêt pour ces khatchkars pouvait être naturel. Dans le post publié par le Musée du Génocide à l’issue de la visite, Gzoyan a souligné “ le lien entre les événements de l’Artsakh et le Génocide arménien ”. Elle a, en outre, offert à JD Vance et à sa femme “ des livres sur le Génocide arménien et la question de l’Artsakh ”.

Le Premier ministre Nikol Pachinian, qui ne veut plus entendre parler de la question de l’Artsakh sous quelque forme que ce soit, a, en février, fait part de son fort mécontentement quant à l’organisation de la visite de Vance au Mémorial lorsqu’il s’est exprimé lors d’une séance de questions-réponses au Parlement arménien. On pensait que cela en resterait là. Voilà où en est ce gouvernement prêt à nier lui-même l’histoire de l’Artsakh pour ne pas déranger l’Azerbaïdjan et son complice turc dans ce nettoyage ethnique qui n’est que la suite du Génocide arménien de 1915.

De fait, la coupe était pleine et le gouvernement arménien a ordonné à Edita Gzoyan de démissionner ou sinon elle serait renvoyée en raison des informations qu’elle aurait communiquées à JD Vance qui vont à l’encontre de la politique du gouvernement. Un point qu’a assumé Nikol Pachinian lors d’une conférence de presse le 12 mars. “ Lorsque le Premier ministre affirme qu’il n’existe aucun mouvement Karabagh, offrir un livre sur cette question à un invité étranger est incompréhensible et provocateur. J’ai considéré cela comme un acte de provocation, contraire à la politique du gouvernement, et je lui ai demandé de présenter sa démission. La politique étrangère relève exclusivement du gouvernement, et tout responsable public contredisant cette ligne sera démis de ses fonctions ” a conclu le Premier ministre arménien. 

Une déclaration qui fait fi de la recherche historique et de l’éducation, rôle du Musée du Génocide. Parler de l’Artsakh comme continuation du Génocide de 1915, ainsi que l’affirme par exemple l’historien Vincent Duclert, n’est pas lié à la politique étrangère de l’Arménie. Le nettoyage ethnique de l’Artsakh n’est pas lié à la politique étrangère de l’Arménie. C’est un fait historique et démettre un agent de l’Etat pour cette raison, ce n’est que le démettre pour avoir refusé de pratiquer un négationnisme d’Etat qui est donc devenu avec Nikol Pachinian la doctrine de son gouvernement. La suppression de la déclaration d’indépendance du projet de réforme de la constitution annoncé le 12 mars vient prolonger cette politique négationniste en alignant l’Arménie sur les exigences du tandem panturc. 

Depuis sa démission, Edita Gzoyan se refuse à tout commentaire. Le président du Conseil d’administration du Musée, l’historien Raymond Kévorkian, et plusieurs autres membres du Conseil ont présenté leur démission par solidarité, démissions immédiatement acceptées par Pachinian qui a procédé dans la foulée à leurs remplacements en moins de 24h. Contacté, Raymond Kévorkian nous a indiqué que “ sa démission était un message clair qui ne mérite pas de commentaire ” confirmant toutes les informations parues dans la presse.
De même, les 74 employés du Musée ont tous signé une lettre commune de protestation auprès de Nikol Pachinian pour s’opposer à son départ. “ C’est la première fois dans l’histoire de notre musée que tous les employés, sans exception, ont fait appel à une autorité supérieure pour protester contre le renvoi de leur directrice ”, a déclaré Mihran Minasian, conseiller du directeur de l’AGMI (Armenian Genocide Museum Institute). “ Nous nous attendions au contraire à ce que notre directrice soit récompensée pour son excellent travail ”, a déclaré Suren Manukian, qui dirige l’une des divisions d’AGMI.

Officiellement, Gzoyan a reçu l’ordre de démissionner par la ministre de l’Éducation Janna Andréassian, pour avoir omis d’assurer un suivi adéquat de la rénovation controversée du Mémorial du Génocide, entamée l’été dernier, et qui aurait dû s’achever avant le 24 Avril prochain mais qui prend un retard colossal. On craint d’ailleurs que les travaux qui ont débuté juste après le 24 Avril 2025 ne soient pas achevés comme prévu dans un mois pour ce 24 Avril 2026. Pire ! Pour le syndicat des architectes d’Arménie, les travaux réalisés ont été faits en dépit du bon sens par des ouvriers non qualifiés et ont fragilisé la structure. A se demander si, comme le pense l’opposition parlementaire, tout cela n’est pas un prétexte pour annoncer le démontage du Mémorial et sa fermeture pour des raisons fallacieuses de sécurité alors qu’il s’agit plus prosaïquement de ne plus organiser de visites sur ce site pour des invités étrangers : soit autant de reconnaissances du Génocide et autant de pierres lancées à l’adresse de la Turquie. Quant à l’argument justifiant le renvoi d’Edita Gzoyan avancé par la ministre, il est devenu caduc du fait des déclarations du Premier ministre Pachinian démontrant à quel point le pouvoir est capable de mentir sur un point comme celui-ci. 
Scandaleux, vraiment scandaleux, mais tellement à l’image de ce qu’accomplit ce gouvernement contre tout ce qui constitue la Cause arménienne, socle de la nation arménienne.  

Officiellement, Gzoyan a reçu l’ordre de démissionner par la ministre de l’Éducation Janna Andréassian, pour avoir omis d’assurer un suivi adéquat de la rénovation controversée du Mémorial du Génocide, entamée l’été dernier, et qui aurait dû s’achever avant le 24 Avril prochain mais qui prend un retard colossal. On craint d’ailleurs que les travaux qui ont débuté juste après le 24 Avril 2025 ne soient pas achevés comme prévu dans un mois pour ce 24 Avril 2026. Pire ! Pour le syndicat des architectes d’Arménie, les travaux réalisés ont été faits en dépit du bon sens par des ouvriers non qualifiés et ont fragilisé la structure. A se demander si, comme le pense l’opposition parlementaire, tout cela n’est pas un prétexte pour annoncer le démontage du Mémorial et sa fermeture pour des raisons fallacieuses de sécurité alors qu’il s’agit plus prosaïquement de ne plus organiser de visites sur ce site pour des invités étrangers : soit autant de reconnaissances du Génocide et autant de pierres lancées à l’adresse de la Turquie. Quant à l’argument justifiant le renvoi d’Edita Gzoyan avancé par la ministre, il est devenu caduc du fait des déclarations du Premier ministre Pachinian démontrant à quel point le pouvoir est capable de mentir sur un point comme celui-ci. 

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