Retraites et maternelles, même package électoral ?
Une polémique similaire a éclaté autour de l’augmentation de 15 à 20 % des salaires des employés des maternelles d’Erévan, qui sera effective à partir du mois de mai prochain. Le maire de la capitale, Tigrane Avinian, l’avait annoncé en février dernier, et la mesure a été officialisée le 12 mars.
Pour Arménak Danielyan, membre du groupe « Mère Arménie » au Conseil des anciens d’Erévan, la décision est de nature politique : “ Des élections approchent, et pour flatter ou attirer ces personnes, on vous a dicté cette mesure afin que l’augmentation entre en vigueur durant un mois très symbolique : ces personnes recevront leur salaire de mai entre le 3 et le 5 juin, et elles iront voter le 7 juin.
Cette augmentation aurait pu être effectuée dès le 1er janvier, sans lien avec les élections. ”
“ Je comprends où vous voulez en venir ”, lui a répliqué le maire d’Erévan, en soulignant que les salaires des employés des crèches avaient également été augmentés de 15 à 31 % en 2024, et que ceux des employés des écoles de musique et d’art, des centres culturels et des écoles de sport avaient été revalorisés en 2023. Il a ajouté que ces augmentations de salaires trouvent leur origine dans le triplement des recettes enregistrées par la municipalité ces dernières années. Mais la décision prise aujourd’hui s’explique également, selon Tigrane Avinian, par le fait que cette augmentation des salaires “ permettra de dépasser le seuil de 200 000 drams pour un très grand nombre d’employés des crèches et de les inclure dans le système d’assurance-maladie ”.
Guère convaincu par les justifications du maire, Arménak Danielyan lui a rappelé qu’il l’avait sollicité fin 2025 pour une augmentation des salaires des employés des crèches et des polycliniques. Une initiative qui s’était soldée par un refus signifié dans un courrier. D’où le lien établi par l’opposant, qui a rattaché ces augmentations de salaires à la revalorisation des pensions de retraite : “ C’est pourquoi je vous dis que cette décision vous a été dictée afin de vous attirer les faveurs de la population avant les élections. ”
Les hauts fonctionnaires gâtés par l’Etat
Autre décision controversée, celle annoncée le 12 mars par le gouvernement de débloquer une enveloppe de 4,6 milliards de drams (10,6 millions d’euros) pour le versement de nouvelles primes aux hauts fonctionnaires et autres employés de l’Etat avant les législatives du 7 juin. Prélevées sur le Fonds de réserve du gouvernement, ces nouvelles primes sont en hausse de 28 % par rapport aux 3,6 milliards de drams (8,3 millions d’euros) alloués l’an dernier à cette fin. Si le cabinet du Premier ministre a souligné que l’octroi de ces primes récompenserait les performances de leurs bénéficiaires et non leurs résultats électoraux, il n’a pas précisé pour autant les critères d’évaluation sur lesquels les choix seraient fondés.
En janvier dernier, les médias arméniens avaient révélé le détail des primes versées aux hauts fonctionnaires et autres employés de 16 agences gouvernementales : les ministres, leurs adjoints et les chefs de département avaient perçu des sommes équivalentes à leurs revenus annuels, tandis que les fonctionnaires ordinaires avaient reçu l’équivalent de moins d’un mois de salaire, déjà bien inférieur à celui des agents du gouvernement. Parmi les hauts fonctionnaires, la ministre de la Justice, Serbouhi Galian, a été à ce jour la seule à avoir divulgué le montant de sa prime nette d’impôt, qui s’est élévée à environ 7 millions de drams (16 000 euros). Le 15 janvier dernier, Nikol Pachinian avait défendu le principe de ces versements « généreux », affirmant qu’ils rendraient ces fonctionnaires moins sujets à la corruption. “ Malgré toutes les critiques, ce mécanisme représente une étape importante vers le développement de notre Etat ”, a-t-il déclaré pour justifier la décision prise le 12 mars d’augmenter significativement ces primes. Selon Hetq, le Premier ministre a perçu 12 millions de drams (27 400 euros) de primes fin 2025.
Varoujan Hoktanian, militant chevronné de la lutte anti-corruption en Arménie, ne cache pas ses réserves : “ Outre des salaires élevés, condition nécessaire pour réduire la corruption, il convient également d’examiner l’existence de mécanismes de transparence, de responsabilité et de contrôle. Je doute de leur existence. Mais s’ils existent, nous devrons au moins savoir, en toute transparence, à quoi correspondent ces primes. ”
En décembre dernier, la direction du Parlement arménien avait déjà suscité l’indignation de nombreux citoyens sur les réseaux sociaux, après avoir confirmé le versement d’au moins 545 millions de drams (1,22 million d’euros) de primes de fin d’année à ses membres et à son personnel. C’est ainsi que chacun des 107 députés a perçu 3 millions de drams (6 825 euros), alors que le salaire net d’un député de base est d’environ 600 000 drams (1 350 euros) par mois. Quant au salaire moyen mensuel, il s’élève à près de 309 000 drams (705 euros), sachant que la plupart des citoyens arméniens composant la population active touchent un salaire inférieur.










