Lévon Ter Pétrossian choisit Samvel Karapétian
Dans ce contexte de pré-campagne électorale, Samvel Karapétian a reçu le soutien de Lévon Ter Pétrossian, le premier président de l’Arménie indépendante (1991-1998), aujourd’hui à la tête du Congrès national arménien (CNA, opposition). “ Samvel Karapétian est capable de rassembler autour de lui un gouvernement solide composé d’économistes et de technocrates professionnels, dont la mission principale sera de renforcer le pays et d’améliorer le sort de la population, a-t-il posté le 2 mars sur Facebook. On peut affirmer avec certitude qu’en cas de victoire, il ne reniera pas les accords signés entre l’Arménie et d’autres Etats mais renforcera les engagements de l’Arménie à leur égard. ”
Lévon Ter Pétrossian a égratigné au passage “ les maîtres occidentaux de Pachinian ”, qui “ verront dans la victoire de Samvel Karapétian un rétablissement de l’influence russe en Arménie, ce qui ne fait absolument pas partie de leurs plans à long terme ”. Et de conclure : “ Par conséquent, ils feront tout pour contrecarrer de tels développements, ignorant le fait que le droit exclusif de choisir un gouvernement appartient au peuple. ”
Le leader du CNA a affirmé enfin que la victoire d’AF le 7 juin prochain mettrait un terme à la campagne “ anticonstitutionnelle ” menée par Nikol Pachinian contre l’Eglise apostolique arménienne. Lévon Ter Pétrossian a dénoncé à plusieurs reprises les tentatives de Nikol Pachinian de destituer le catholicos Karékine II.
Ce soutien affiché par l’ancien chef de l’Etat à Samvel Karapétian pose en toile de fond la question des alliances électorales. Estimant que le fondateur de Mer Dzevov est “ le seul à pouvoir unifier l’opposition fragmentée ”, le leader du CNA a souligné que “ l’unification de l’opposition n’est pas une question politique, mais simplement une question de survie pour la nation ”.
Lévon Zourabian, le vice-président du CNA, avait fait part fin décembre 2025 de la volonté de son parti de nouer une alliance avec Samvel Karapétian. Mais Narek Karapétian avait déclaré en retour qu’aucun ancien président ne devrait gouverner à nouveau le pays. Lévon Zourabian avait alors rétorqué que cette déclaration “ ne [concernait] pas le CNA ”, car Lévon Ter Pétrossian ne serait pas sa tête de liste aux élections. Le 14 mars, lors du congrès du CNA, Lévon Zourabian a déclaré que son parti était prêt à “ entamer un processus de consolidation avec Arménie forte et d’autres forces d’opposition ”.
Gaguik Tsaroukian visé par la justice
La troisième figure de l’opposition ciblée par le pouvoir est Gaguik Tsaroukian, le leader d’Arménie prospère (AP). Le 19 février, les forces de l’ordre ont perquisitionné sa propriété d’Arindj, non loin d’Erévan, dans le cadre d’une affaire pénale ouverte en 2020 à l’encontre d’un ancien responsable de la commune.
Le leader d’AP est déjà en procès pour des accusations d’achat de votes portées contre lui en 2020, après qu’il avait réclamé la démission de Nikol Pachinian, ce qui lui avait valu un mois de prison. AP, qui constituait le deuxième groupe le plus important du Parlement issu des élections de décembre 2018, avec 26 députés sur 132 (contre 88 pour l’alliance Mon Pas de Nikol Pachinian), s’était retrouvé sans aucun siège lors des législatives de juin 2021. S’ensuivit une traversée du désert, à laquelle Gaguik Tsaroukian mit fin en octobre 2025, en annonçant sa candidature aux élections de juin 2026.
En décembre dernier, de surcroît, le parquet a déposé une nouvelle plainte pénale contre Gaguik Tsaroukian, qui se voit reprocher d’avoir vendu pour 27 millions de dollars (23,5 millions d’euros) son usine d’embouteillage en Bulgarie, en violation d’une décision de justice ordonnant le gel de ses avoirs, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars.
Ce regain d’intérêt de la justice à son endroit n’a pas perturbé outre mesure le leader d’AP. Au lendemain de la perquisition menée dans sa villa d’Arindj, il a souligné que de nombreux citoyens réservaient un accueil favorable à son programme préélectoral intitulé « Proposition à l’Arménie ». “ Je vais effectuer une tournée dans nos villes et villages. Je me rendrai dans toutes les localités où les gens souhaitent me rencontrer pour que nous discutions de questions complexes, en nous regardant droit dans les yeux ”, avait-il déclaré.
Le 11 mars, Gaguik Tsaroukian a été acquitté des accusations d’achats de votes portées en 2020. L’un de ses avocats, Yerem Sargsian, s’est dit “ agréablement surpris ” par cette décision de justice (3), tout en soulignant l’incapacité du parquet à fournir la moindre preuve à l’appui des accusations.
“ Unir l’opposition, une tâche difficile ”
Si le trio Kotcharian-Karapétian-Tsaroukian occupe l’espace politique au sein de l’opposition, rien n’indique pour autant, à ce stade, qu’une alliance susceptible de regrouper les trois serait en gestation. Or chacun sait qu’une fragmentation de l’opposition profitera inévitablement au parti au pouvoir. C’est cette préoccupation que l’ancien président Serge Sarkissian (2008-2018) a exprimée, le 3 février, dans un constat d’impuissance : “ Les événements montrent qu’unir l’opposition est une tâche difficile, et il n’est pas question de participer aux élections sur une seule liste. ”
Si cette prise de position traduit l’indécision de Serge Sarkissian quant à la participation aux législatives de son Parti républicain, qui ne compte plus parmi les formations les plus en vue sur la scène politique arménienne, elle reflète également les difficultés de l’opposition à rapprocher différents leaders et courants de pensée au sein d’une alliance électorale capable de rassembler les électeurs.
Un défi majeur à relever, dans les semaines à venir, pour l’opposition, afin de donner corps à une perspective crédible d’alternance, alors qu’aucune équipe dirigeante, en 35 ans d’histoire de l’Arménie indépendante, n’a perdu le pouvoir par les urnes.
(1) Lors des élections de juin 2021, le bloc Hayastan était arrivé en deuxième position, derrière le Contrat civil de Nikol Pachinian, avec 21 % des suffrages.
(2) Lequel revendique aujourd’hui 30 000 membres.
(3) Sédrak Aroustamian, un des collaborateurs de longue date de Gaguik Tsaroukian, a néanmoins été reconnu coupable d’achat de votes.










