L'hypocrisie de la Commission européenne
par Alexandre SARADJIAN - Ancien assistant parlementaire au Parlement européen
Dans un monde où la Commission européenne se drape volontiers du manteau de la moralisatrice des droits de l’Homme, son soutien effronté à la dictature d’Ilham Aliev en Azerbaïdjan révèle une hypocrisie aussi criante que lucrative.
Tandis que des centaines de milliers d’Arméniens ont fui le nettoyage ethnique de l’Artsakh orchestré par Bakou en 2023, Ursula von der Leyen et Kaja Kallas, duo infernal de la diplomatie bruxelloise, continuent de signer des chèques en milliards pour du gaz et des visas facilités. Derrière les discours lénifiants sur la “ transition écologique ” et la “ sécurité énergétique ”, l’Union européenne (UE) finance allègrement un régime sanguinaire qui emprisonne des journalistes, des dissidents et opposants du régime, et qui a effacé une présence arménienne millénaire en Artsakh. Pire : le Parlement européen, seul bastion démocratique de cette machinerie bureaucratique, tonne en vain contre ces dérives, soulignant une dissonance institutionnelle qui mine toute la crédibilité de l’UE.
Une aide économique absurde
L’UE se vante d’être le “ principal investisseur étranger ” en Azerbaïdjan, injectant des fonds massifs via l’Instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI). En 2024, l’Union représente 41,2 % du commerce azerbaïdjanais, avec 63,3 % des exportations de Bakou, majoritairement du gaz, se dirigeant vers l’Europe. Ursula von der Leyen, en visite à Bakou en juillet 2022, a scellé un Mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique énergétique, visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais d’ici 2027. “ L’Azerbaïdjan est un partenaire fiable ”, a-t-elle alors déclaré, ignorant les prisons remplies de prisonniers politiques et le calvaire des Arméniens d’Artsakh.
Ce deal, justifié par la quête d’indépendance vis-à-vis du gaz russe, masque une réalité sordide : l’UE finance une dictature qui, en septembre 2023, a lancé une offensive militaire éclair contre l’Artsakh, forçant 120 000 Arméniens à l’exode en 48 heures. Des rapports accablants, comme celui de Freedom House en 2024, qualifient cela d’“ ethnic cleansing ” : meurtres de civils, tortures, et effacement culturel systématique des sites arméniens.
Von der Leyen et Kallas portent une lourde responsabilité. En avril 2024, Kallas visite Bakou et vante un “ grand potentiel ” pour les relations UE-Azerbaïdjan, au moment même où 21 journalistes sont détenus pour avoir osé critiquer le régime. Ces investissements, ports, PME, déminage, ne sont pas neutres : ils renforcent un État qui sabote les jugements de la Cour européenne des droits de l’Homme (plus de 320 non exécutés, record absolu au Conseil de l’Europe) et qui pratique la « diplomatie du caviar » pour corrompre des politiciens. L’aide économique de l’UE n’a aucun sens : elle récompense un dictateur héréditaire qui a transformé l’Azerbaïdjan en dictature à part entière, comme l’écrivent des défenseurs des droits humains en 2025.
La facilitation des visas : une tartufferie de plus
L’accord de facilitation des visas UE-Azerbaïdjan, en vigueur depuis 2014, est une farce hypocrite. Il simplifie les procédures pour les séjours courts (jusqu’à 90 jours), réduit les frais et délivre des visas multiples pour les “ voyageurs fréquents ”, souvent des élites liées au régime. En 2024, des milliers d’Azéris en profitent pour visiter l’Europe sans entraves, tandis que les dissidents fuient ou croupissent en prison. Von der Leyen et Kallas, qui poussent pour une “ mobilité accrue ” dans le cadre du Partenariat oriental, ignorent que cet accord facilite l’exil forcé des opposants et permet au régime de surveiller ses expatriés via des agents infiltrés. C’est de la tartufferie : l’UE prône les « droits humains » en public, mais ouvre grand ses portes aux sbires d’Aliev, qui rentrent enrichis pour réprimer plus encore. Le Parlement européen, dans une résolution de 2023, appelait déjà à suspendre cet accord en cas d’agressions contre l’Arménie, appel évidemment ignoré par la Commission.
Seul le Parlement, élu au suffrage universel, ose la vérité. En octobre 2023, il adopte une résolution condamnant l’agression militaire azerbaïdjanaise comme “ violation grossière du droit international ”, appelant à des sanctions, à la suspension de l’accord gazier avec l’Azerbaïdjan et à soutenir l’aide humanitaire pour les réfugiés arméniens. En octobre 2024, nouvelle salve : “ Répudiation de la répression domestique et extraterritoriale ” du régime, avec gel des exportations d’armes et libération des prisonniers politiques. Les députés européens, comme François-Xavier Bellamy, Jordan Bardella ou encore Raphaël Glucksmann, hurlent au Parlement. Mais von der Leyen et Kallas, soutenues par le Conseil de l’Union européenne (où dominent les États “ gas-addicts ” comme l’Allemagne), balaient ces motions d’un revers de main. Cette dissonance est fatale : le Parlement incarne la voix démocratique, mais l’exécutif bruxellois la noie dans le cynisme énergétique. Comme l’écrivait le journal Politico : “ Les sanctions du Parlement ? Ignorées par les États qui préfèrent le gaz azerbaïdjanais. ”
Le temps du choix : principes ou pétrole ?
Ursula von der Leyen et Kaja Kallas, paradant à la COP29 à Bakou en novembre 2024, sont face à un Aliev qui efface l’héritage arménien tout en se parant de vertueux climatiques. Il est temps que le duo infernal de la Commission européenne assume pleinement sa position : l’hypocrisie sur les principes moraux défendus par l’UE et le choix cynique de la raison économique et énergétique. L’UE, derrière ses postures de phare des droits humains, soutient une dictature sanguinaire pour un baril de gaz. Pourtant, le Parlement européen sauve l’honneur. Cela veut dire que l’UE peut encore choisir la cohérence, mais le temps presse : la moraline ne chauffera pas les foyers cet hiver.

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Des souvenirs familiaux aux tapis rouges des Oscars, il trace un parcours singulier entre héritage, identité et création. À travers ses films, il explore l’intime pour mieux toucher à l’universel et porter une voix encore trop rare à Hollywood. Le film qu’il a coproduit Sinners (Les Pécheurs) avec le réalisateur Ryan Coogler et son épouse Zinzi Coogler a été nommé dans 16 catégories aux Oscars. Sinners a remporté quatre statuettes.

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