Le talentueux Monsieur Mennillo
par Dikran ZEKIAN
Pianiste improvisateur, autodidacte quoique issu d’une lignée de musiciens fameux, Thibaud Mennillo trace un sillage tout personnel qui croise la tradition musicale arménienne. Rencontre avec un jeune homme décidé dont le caractère passionné met en lumière les multiples talents.
Faut-il croire Thibaud Mennillo quand il affirme un rien bravache : “ Je suis devenu pianiste malgré moi ”, tant la symbiose entre le musicien et son instrument paraît idéale ? On dit de l’artisan que son outil est un prolongement de lui-même ; pour notre pianiste, le clavier s’inscrit comme le prolongement naturel de son être. Il permet d’exprimer les sonorités intimes nées dans son esprit, comme autant de façons de faire résonner les émotions et ressentis que l’observation du monde qui l’entoure fait vibrer en lui.
Un nouvel indice nous met sur la piste. Né Thibaud Leportois en 1989, c’est sous le patronyme de sa famille maternelle qu’il se fait connaître comme artiste : Mennillo. Ce qui pourrait passer pour une coquetterie ou une façon de se distinguer ne l’est pas : les mélomanes se rappelleront Roger Mennillo, son grand-père, qui fut non seulement pianiste réputé de jazz, actif en particulier dans la région de Marseille, mais aussi incomparable enseignant pour une pléiade de pianistes et qui reste dans les mémoires comme créateur du festival de jazz de Saint-Cannat. Pour certains, l’hérédité aurait paru lourde à porter et d’aucuns se seraient limités à vénérer le « grand homme de la famille » et son parcours riche d’émigré italien fuyant la montée du fascisme de Mussolini.
Le choix de Thibaud de se produire sous le patronyme Mennillo en dit long sur l’état d’esprit qui préside au projet du jeune homme, tant il est vrai qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années. Au-delà du geste d’amour au grand-père disparu, il y a une affirmation de transmission et d’exigence pour être à la hauteur de l’aïeul dans son engagement pianistique. L’exigence semble être un maître-mot pour cet homme de 37 ans qui n’entreprend rien à la légère et cache, derrière une belle énergie et un sourire franc et généreux, un esprit de compétiteur au sens le plus noble du terme de dépassement de soi ou, plus justement, d’intime connaissance de ses capacités pour leur faire délivrer ce qu’elles ont de meilleur.
Un article peine à relater la déjà riche existence de Thibaud Mennillo : pianiste certes, on y reviendra, mais aussi entrepreneur et athlète de très haut niveau. Par où commencer ? Le sport, tant il cristallise de nombreuses qualités requises pour jouer d’un instrument ou développer une entreprise dans un monde de plus en plus complexe. Thibaud Leportois – c’est sous ce patronyme que ses performances en matière sportive sont connues – a pratiqué le décathlon au sein de l’équipe de France. Cette pratique l’a été en parallèle de ses études pour devenir acousticien, études qui l’ont conduit à étudier en Suède. Entrepreneur dans l’âme, il crée SLAM Acoustique, son propre bureau d’études acoustiques, basé à Paris et Marseille dont il assure le développement. Parallèlement, il accompagne son épouse, Armine Ohanyan, à l’origine de la maison de couture éponyme, dans ses projets d’entreprise. C’est donc l’amour qui a mis la culture et la musique arménienne sur son chemin.
Désormais dévolu à la gestion de ses sociétés, Thibaud Mennillo ressent le besoin de créer et de laisser exprimer sa fibre artistique ; c’est la raison pour laquelle il décide sur un coup de tête l’acquisition d’un piano, quelques mois avant le décès de son grand-père en 2021, alors même qu’il ne connaît pas le solfège et ne sait pas jouer de l’instrument. Il reconnaît en toute humilité que ses débuts sont chaotiques avec rien moins qu’un manque de sensibilité, d’émotion, de structure et de rythme ! Loin de se décourager, Thibaud voit dans la maîtrise de l’instrument un domaine où puiser à l’infini sans se faire mal, contrairement au sport.
À la mort de son grand-père, deux mois à peine après qu’il s’est mis au piano, Thibaud Mennillo joue un hommage avec cet instrument lors de ses obsèques. Le moment est saisissant, vertigineux et révélateur : pendant les dix minutes de jeu, le jeune artiste voit dans la posture de ses mains celle de son grand-père. Pour ce passage de témoin, l’émotion est indicible et les personnes présentes à l’enterrement assistent à l’éclosion de la relève Mennillo. C’est à ce moment que le déclic se produit et qu’il comprend que la scène ne peut plus le quitter. Comment la musique arménienne a-t-elle pénétré son jeu musical ? Thibaud Mennillo fend l’armure et reconnaît qu’une écoute de la messe arménienne et du « Dele yaman » le bouleversent comme peu de chants en ont le pouvoir : la spiritualité de la musique arménienne est phénoménale et rare, ajoute-t-il ému. Il précise qu’ayant grandi au milieu d’une discothèque familiale de plus de 4 000 CD, il a été inoculé par la musique sans même s’en être rendu compte et qu’il entend dans des improvisations de Keith Jarrett, une de ses références musicales absolues avec John Coltrane ou Bill Evans, des réminiscences de musique arménienne, sans doute inspirées par les sons de Gurdjieff (mystique et compositeur arménien du début du XXe siècle).
Quand Thibaud Mennillo se produit en concert, salle Cortot à Paris, au Cafesjian center ou encore à la Philharmonie à Erevan, il improvise : “ Quand j’arrive sur scène ou au piano je ne sais pas ce qui va se passer : une fois que je pose les doigts, c’est une trame que je tisse, matérialise, texture et développe. J’y mets une sensibilité, une mélodie et la salle réagit. La salle est un orchestre « elle sonne » (c’est l’acousticien qui s’exprime). Ce n’est pas le piano qui est l’instrument mais bel et bien la scène. Comme pianiste, je suis un pantin qui appuie sur les touches, le cœur de l’instrument est tout ce qui se passe autour ”. Deux prestations l’ont durablement marqué : son concert dans la très prestigieuse salle Cortot de Paris où son interprétation de Komitas devant plus de trois cents personnes a fait pleurer la salle. Cette soirée constitue à l’en croire son meilleur concert, tant pour lui que pour le public présent, public très éclectique qui rassemblait des Arméniens mais aussi des amateurs de classique, des jazzmen, des électro-acousticiens de l’IRCAM, etc. Mais aussi la confiance accordée par les équipes du la Philharmonie d’Etat d’Arménie – salle de concert Arno Babajanyan, qui lui ont laissé les clés pendant une semaine pour les répétitions de son album Live in Armenia. Il est à parier que ces fragments d’humanité volés à la brutalité du monde contemporain sauront nourrir de nouvelles improvisations.
Pour paraphraser un slogan ancien de la SNCF, un Mennillo peut en cacher un autre ; gageons que ce ne sera plus pour très longtemps !
CD Live in Armenia, Thibaud Mennillo, Jazz family 2025 – 20 euros


Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։

Notre numéro de juillet-aout 2026 est parti chez nos abonnés avec en couverture Simon Abkarian pour son rôle majeur dans le film De Gaulle. L'occasion de se poser la question si ce refus de la capitulation et ce choix de la résistance chez De Gaulle n'est pas l'exemple à suivre pour les Arméniens. Nous revenons aussi sur les élections législatives en Arménie et la victoire contestée de Nikol Pachinian, mais nous aurons aussi une large page culture et 2 reportages photos sur le Siunik à emmener aec vous sur les plages, la montagnes ou en Arménie cet été.

« Les Journées Adamov en Arménie » constituent un projet porté par la Cie Saté-Âtre afin de promouvoir le théâtre contemporain français en Arménie tout en valorisant la culture arménienne en France et à l’international. Redécouvrir l’œuvre d’Arthur Adamov s’inscrit pleinement dans cette démarche : dramaturge majeur du XX e siècle, il représente un véritable pont culturel entre les deux pays.





